Date du rapport
Auteur(s)Rolando Arbesún Rodríguez

Introduction

L'État uruguayen applique une politique pénale hautement punitive. Le taux d’incarcération de ce pays est le deuxième le plus élevé de la région : 297 prisonniers pour 100 000 habitants en 2016. La population carcérale passe de 4 117 personnes à 11 500 entre 1999 et 2017. Les principales causes de cette augmentation sont la création de nouveaux types de délits, l’application de peines privatives de liberté de plus en plus longues, la réduction des aménagements de peine et le recours excessif à la détention préventive (65 % de la population carcérale en 2016).

La politique punitive s’est accentuée au cours des dernières années et a entrainé une dégradation considérable des conditions de détention. Les homicides constituent actuellement la première cause de mortalité en prison –31 en 2016—. L'Institut national de réinsertion (INR) a ouvert récemment un quartier d’isolement permanent au sein de l’Unité 4 (Montevideo), basé sur le modèle des “supermax” américaines. La première prison construite et gérée par un partenariat public-privé sera inaugurée fin 2017. Avec une capacité d'accueil de 1 900 prisonniers, elle deviendra la deuxième la plus grande du pays.

Il convient néanmoins de souligner que les prisons uruguayennes comportent aussi des points positifs. L’Unité 6 de Punta Rieles est connue, tant au niveau régional qu’international, pour être une prison modèle, avec un régime ouvert dans lequel tous les détenus participent à des activités professionnelles et/ou éducatives, et sont encouragés à créer leur propre activité génératrice de revenus.

Le délégué parlementaire aux affaires pénitentiaires a présenté un recours d’amparo 1 devant la Justice, suite à la réception d’une plainte alertant sur l’état de malnutrition de six prisonniers de l’Unité 4. Après que le ministère de l’Intérieur ait fait appel d’une première décision, la Cour d'appel a rendu son jugement le 2 août 2017. Elle y invoque les Règles Mandela et oblige le ministère de l'Intérieur à appliquer, sous 30 jours, un traitement personnalisé aux six prisonniers en question. C’est la première fois dans l’histoire de la jurisprudence uruguayenne que l’on invoque les Règles Mandela, faisant naître de grands espoirs quant à l’impact positif que cela pourrait avoir sur les conditions de détention dans le pays.

Pour en savoir plus sur l'organisation du système pénitentiaire uruguayen et les réformes actuelles, vous pouvez lire l'entretien entre Prison Insider et son correspondant Rolando Arbesún (en espagnol).


  1. Le recours d'amparo est expliqué ici