Année2016
Contributeur(s)Prison Insider à partir des documents de la LICADHO

Le quotidien

La LICADHO a mesuré, en janvier 2013, un bloc constitué de 12 cellules de tailles identiques. Le nombre de leurs occupants variait de un à douze. Ce ne sont pas des raison de sécurité qui valaient au détenu d’occuper seul sa cellule mais ses moyens financiers. La plupart des douze cellules de ce bloc comprenaient en moyenne sept détenus.

D’une taille de 5,46 m2, une cellule offre seulement 0,78 m2 par personne.

Seuls deux ou trois détenus dorment réellement dans ces cellules la nuit. Les autres dorment dans les couloirs des blocs. L’administration pénitentiaire explique que seuls les détenus classés en basse sécurité sont autorisés à dormir dans les couloirs. Certains détenus payent pour y dormir : ils disposent de plus de lumière naturelle et l’air y circule mieux.

Certaines prisons abritent des « cellules VIP » pour les détenus disposant de relations ou capables de payer l’accès à une cellule individuelle. Des témoignages font état de détenus ayant payé jusqu’à 2 000 $ pour être transférés dans une cellule ou une prison différente.

Les détenus signalent devoir payer l’accès à l’électricité dans leur cellule dans de nombreux établissements. Les occupants de chaque cellule de la prison CC1 de Phnom Penh payent jusqu’à 200 $ par mois aux autorités pour disposer de la lumière et de ventilateur de plafond. Ce prix aurait augmenté de 150 $ après l’installation de ventilateurs de plafond plus larges.

“Je partageais une cellule avec 70 autres femmes. En tant que nouvelle venue sans argent, je devais dormir sur le sol en béton avec 20 autres femmes. Nous avions chacune environ 0,5 m de largeur pour dormir, donc nous devions toujours dormir sur le côté. Il n’y avait pas la place de bouger, et si on bougeait, on se cognait à la voisine. J’étais piétinée la nuit par les personnes qui se dirigeaient vers les toilettes. Celles qui dormaient sur la plateforme surélevée avaient payé 20 à 30$ pour ça.”

“Sok et Socheat ont été détenus sans procès pendant 15 mois, accusés d’avoir fait usage de la violence ; ils dormaient à même le sol dans des cellules mesurant 4 x 5 mètres, avec plus de 20 autres personnes.”

Seuls les prisonniers les plus pauvres dépendent uniquement de la nourriture et de l’approvisionnement en eau de la prison pour survivre. Ceux qui le peuvent achètent de la nourriture pour compléter leurs repas. Les autres dépendent des proches qui les visitent. Ces derniers sont souvent obligés de donner, au passage, de l’argent aux surveillants.

“En avril 2015, alors que les températures s’envolent, la prison Prey Sar de Phnom Penh continue de subir une coupure d’eau, longue de plusieurs mois. Un détenu a affirmé au [Phnom Penh] Post que Prey Sar était désormais privée d’eau depuis à peu près neuf mois, mais que le personnel et les condamnés ayant des relations continuaient de profiter de cette coupure en augmentant les prix des bouteilles d’eau amenées par camion à la prison. Alors que les prisonniers devaient déjà payer pour de l’eau propre, l’augmentation des prix depuis qu’une explosion de la tuyauterie a coupé la principale source l’année dernière, a laissé certains détenus désormais sans moyens de payer ne serait-ce que leurs besoins primaires.”   

“La chaleur extrême à laquelle nous faisons face pose un sérieux risque de santé, en particulier pour les détenus âgés et pauvres qui sont dans l’incapacité de se payer l’eau suffisante au quotidien.”[^1] 

[^1]:Phnom Pen Post

Les repas ne tiennent pas compte des pratiques religieuses ou des besoins médicaux. Les détenus sont autorisés à cuisiner leur propre nourriture. Les repas sont généralement servis chaque jour à 10h30 et à 16h30.

Les structures de santé sont largement inadéquates et manquent de ressources. L’insuffisance d’équipements rejoint celle de médicaments. Certaines prisons ne disposent d’aucun personnel de santé. La formation médicale fait parfois défaut. La confidentialité des consultations n’est pas assurée.

Tous les nouveaux détenus doivent, en principe, bénéficier d’un examen médical dès leur entrée et recevoir gratuitement les soins et traitements médicaux nécessaires. De nombreux détenus sont laissés pour compte. Le dépistage des maladies transmissibles telles que la tuberculose n’est pas systématiquement mis en place. Les maladies les plus communément identifiées sont le rhume, le béribéri, l’asthénie, la dyspepsie, la gastrite et l’hypertension.

Les détenus se plaignent régulièrement de ne pas bénéficier des examens auxquels ils peuvent prétendre. Les antidouleurs sont distribués sans considération de leurs pathologies. La LICADHO reçoit des informations signalant que les soins et les médicaments ne sont apportés qu’à ceux qui disposent d’argent. De nombreux détenus dépendent de leurs proches pour se soigner.

Les femmes enceintes, celles qui ont récemment accouché et leurs bébés ne reçoivent pas systématiquement de soins spécialisés ni des conseils en gynécologie.

La LICADHO constate que le refus, délibéré ou non, de soins appropriés conduit à des décès. Les détenus ayant de sérieux problèmes de santé sont souvent transférés à l’hôpital tardivement. Leur état était ignoré, mal diagnostiqué ou traité de mauvaise façon. La LICADHO est particulièrement inquiète du taux élevé de décès parmi les jeunes détenus qui ne souffraient d’aucune pathologie apparente avant d’entrer en prison.

L’accès à des activités dépend de l’établissement, de sa localisation et de sa taille. La prison CC4 offre des possibilités de travail, gérées par la prison. La prison de Siem Reap dépend d’ONG qui assurent la majorité des formations, des activités récréatives et des offres de travail. Les activités sont inexistantes dans la prison temporaire de Oddar Meanchey. La grande majorité des détenus n’ont pas la permission de quitter leur cellule, même pour de simples exercices en plein air.

Alors que certaines prisons mettent en avant les opportunités d’activités et de formations professionnelles, celles-ci ne sont souvent offertes qu’à quelques privilégiés, parfois en payant.

De nouvelles lois introduites en 2012 interdisent le recours au travail en prison pour la production de biens à l’exportation. Il demeure un certain nombre de problèmes autour de la possibilité pour des entreprises privées d’embaucher des prisonniers.   

Le journal Cambodia Daily révèle, le 26 aout 2014, qu’environ 15 détenus de la prison temporaire de Oddar Meanchey travaillent pour construire la nouvelle prison, sous les services contractuels d’une entreprise privée. “En plus de n’offrir aucune mesure de sécurité ou de santé sur le site de construction à Oddar Meanchey – certains détenus travaillaient sans chaussures et aucun ne portait d’équipement protecteur –, leur paie de moins d’1$ par jour est bien en-deçà des 5$ ou plus qu’un ouvrier en bâtiment gagne en dehors des murs de la prison.”[^1]

Le journal Phnom Penh Post a rapporté qu’une entreprise privée de menuiserie opère au sein de la prison de Battambang, employant des détenus dans des conditions d’exploitation. Les prisonniers qui refusent de travailler ou qui sont tombés malades se sont vus, comme sanction, refuser leurs droits de visite, ont été enfermés dans leurs cellules et menottés pendant de longues périodes. “Nous ne voulons pas être punis, donc nous devons travailler même si nous sommes malades.”. Un surveillant, s’exprimant anonymement, a décrit la situation dans des termes clairs : “Ils forcent les détenus à travailler pour eux [en faisant des meubles] pour la vente, et les prisonniers ne perçoivent aucun des bénéfices. Nous n’avons aucun pouvoir, donc nous ne pouvons pas dire ce que l’on pense.”[^2]   

Des projets gérés publiquement, notamment des programmes d’agriculture à grande échelle dans les prisons CC3 et CC4, ont également impliqué la participation forcée de détenus sans rémunération adéquate.

D’anciennes femmes détenues ont décrit à la LICADHO comment les occupants de cellules entières ont vu leur temps hors de cellule restreint après qu’un nombre insuffisant de femmes aient participé à l’atelier de couture pour faire des chiffons servant au lavage de voitures. L’atelier est une pièce extrêmement chaude, de plafond bas et mal ventilée. Certaines femmes ont été punies de droit de visite lorsqu’elles refusaient de travailler, même si elles étaient souffrantes. Certaines ont rapporté n’avoir reçu aucun paiement, mais qu’à la place, les profits issus de la vente des chiffons étaient partagés entre les surveillants et les leaders de cellules.

Dans les prisons plus petites, des détenus affirment qu’ils doivent payer pour se voir offrir l’opportunité de travailler en dehors de leur cellule, dans le jardin de la prison, la cuisine ou pour des petits projets d’artisanat ou de couture.

[^1]:The Cambodia Daily [^2]:LICADHO

L’accès des détenus à l’information, notamment aux livres, journaux, magazines, radio et télévision, n’est pas garanti.

L’accès à l’actualité dépend des circonstances politiques. A la suite des élections contestées de juillet 2013 à l’Assemblée nationale, certaines prisons, notamment à Phnom Penh, ont restreint l’accès aux bulletins d’information des stations de radio. De même, durant les rassemblements de l’opposition avant et après les élections, certains détenus ont affirmé que les radios personnelles étaient confisquées afin d’empêcher tout mouvement politique au sein des prisons.

Au cours des dernières années, l’accès de la LICADHO aux prisons a été progressivement restreint. L’organisation ne peut plus visiter de lieux de détention sans notification préalable. Les chercheurs travaillant sur la prison peuvent de moins en moins mener d’entretiens confidentiels.

D’anciens détenus rapportent avoir reçu notamment la menace, avant les visites de la LICADHO ou d’autres organisations, de voir réduite leur ration de nourriture s’ils se plaignaient des conditions de détention. Les autorités ou les chefs de cellules cherchent à connaître la teneur des conversations après les visites.

L’argent dicte les conditions de détention, le traitement, le droit de visite et l’accès aux besoins primaires tels que la nourriture, l’eau, la lumière du jour et l’air frais.

Les détenus les plus défavorisés, sans famille ou dont les proches ne peuvent venir, sont les moins bien lotis. Ils dorment à même le sol en béton, souvent près des toilettes et survivent avec le minimum de nourriture et d’eau fourni par la prison. Certains d’entre eux passent la majorité de leur journée à l’intérieur de cellules sans air, où il fait chaud et sombre.

Les personnes détenues, adultes ou mineures, ne disposent d’aucune protection ou mécanisme effectif de plainte contre la torture et les mauvais traitements, qu’ils soient infligés par des codétenus ou par le personnel.

La privation de visite est souvent utilisée comme punition pour les petites infractions au règlement. Les mineurs et les parents de jeunes enfants sont aussi concernés.

Ce refus a pour conséquence une restriction de nourriture, de médicaments et autres fournitures de base du fait de la dépendance des détenus à leur famille.