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Auteur(s)Prison Insider

Le système pénitentiaire

L'organisation du système pénitentiaire

La "Direction Générale des Prisons et de la Réhabilitation" relève, depuis 2001, du ministère de la Justice. Elle était auparavant rattachée au ministère de l’Intérieur.

La Tunisie est un Etat centralisé. Tous les établissements pénitentiaires sont administrés par la direction centrale.

Les établissements pénitentiaires sont au nombre de 27, plus 7 centres de rééducation pour mineurs.

La loi pénitentiaire classe les établissements pénitentiaires en trois catégories1 :

  • les prisons de détention, pour les prévenus
  • les prisons d’exécution, pour les condamnés
  • les prisons semi-ouvertes pour les condamnés délictuels habilités au travail agricole.2

Les "prisons de détention", avec un régime de portes fermées, sont au nombre de 19. Ces établissements accueillent en pratique indifféremment prévenus et condamnés. Il existe huit "prisons d’exécution", qui ont des régimes variables allant de l’isolement sécuritaire jusqu’au semi-ouvert pour les détenus de longue peine en fin de peine.

Les sept centres de rééducation pour mineurs ont un régime de détention plus ouvert.

Les établissements sont administrés par le secteur public exclusivement.


  1. Loi n°2001-52 du 14 mai 2001, relative à l'organisation des prisons telle que modifiée par la loi n°2008-58 du 4 août 2008

  2. Quatre établissements ont une vocation agricole mais aucun régime semi-ouvert n’y est appliqué. Les prisonniers ne jouissent d’aucun espace de liberté particulier. 

Les prisons sont classées, en trois catégories, en fonction de leur capacité d’accueil des détenus :

  • Catégorie "A" : plus de 2000 détenus
  • Catégorie "B" : plus de 1000 détenus
  • Catégorie "C" : moins de 1000 détenus

Le parc immobilier tunisien compte, en 2016, une majorité d’établissements vétustes hérités de la période coloniale. Ce sont souvent d’anciennes fermes coloniales humides et insalubres qui ont subi de nombreux dégâts pendant les soulèvements révolutionnaires.

Il y a une inadéquation entre les bâtiments et l’usage qui en est fait. Les bâtiments n’ont pas été prévus pour accueillir des détenus. Les locaux de visites ou d’activités ne sont donc pas pensés pour un usage facilité1.

La prison de Mornaguia est un établissement plus récent, ouvert dans les années 2000.

Le gouvernement tunisien entreprend, depuis 2011, un programme de reconstruction et de modernisation des infrastructures avec l’appui d’une coopération internationale.

Nombre de places opérationnelles

18 000

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World Prison Brief - Novembre 2013

Les surveillants pénitentiaires sont sous les ordres de la Direction générale de prisons et de la rééducation (DGPR), rattachée au ministère de la Justice.

La DGPR recrute un nombre important de personnels de surveillance depuis 2011. Les surveillants sont formés à l’Ecole Nationale des Prisons et de la Réhabilitation. Leur formation se base principalement sur un entraînement de type militaire.

Le port d’armes par les personnels de surveillance est interdit. Certaines prisons sont cependant équipées de miradors avec des surveillants armés. Le port de ces armes fait l’objet de controverses depuis les incidents qui ont eu lieu au cours du soulèvement révolutionnaire et qui ont conduit à la mort de plusieurs dizaines de détenus.

Les personnels de surveillance sont fortement syndiqués. Ils se plaignent de leur faible rémunération et de leurs conditions de travail difficiles, notamment à cause d’un important sous-effectif. Le manque de personnel de surveillance est accentué par le fait que des promotions faites au cours de la période de transition politique ont davantage gonflé les rangs de l’encadrement.

Le personnel dit civil est composé de personnel administratif, de travailleurs sociaux, de psychologues et de formateurs. Le bureau social des prisons a une mission d’accueil, de suivi et d’accompagnement à la réinsertion. Leur travail se limite, en pratique, à remplir le dossier social du détenu en raison du sous-effectif et du manque de reconnaissance professionnelle, leur travail. Ces dossiers sont notamment utilisés pour les décisions de grâce. Le sous-effectif de surveillants conduit aussi à solliciter le personnel en civil pour des missions de sécurité telles que la fouille des couffins ou l’encadrement des parloirs.

Un détenu, désigné "chef de chambrée", est choisi par la direction de l’établissement. Il est chargé de maintenir l’ordre dans les cellules qui peuvent compter jusqu'à 100 prisonniers. Il s'occupe de la répartition des places de couchage, de l'organisation des tours de ménage, de la formulation des commandes au magasin et des rendez-vous médicaux, etc. Il est également un interlocuteur entre ses codétenus et les personnels pénitentiaires (rapport des incidents, recueil d’informations). Ce système confère à ces chefs de chambrée un pouvoir qui peut être source de nombreux abus.