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Contributeur(s)Prison Insider, Bureau des droits humains en Haïti

Le quotidien

Les cellules accueillent un nombre largement disproportionné de prisonniers, ne leur permettant pas de disposer de suffisamment d’espace et d’air. La Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) indique, au 2 juillet 2015, que l’espace moyen disponible par personne est de 0.55 m².

Les prisonniers du pénitencier national ne disposent, en janvier 2017, en moyenne que de 0.245 m² chacun, explique un rapport du Réseau national de défense des droits humains en Haïti (RNDDH). Le Monde décrit, en mars 2017, une cellule de 60 lits contenant 182 hommes. Des matelas sont disposés au sol et des hamacs suspendus sur toute la hauteur de la pièce. Les prisonniers s’y couchent à tour de rôle, par manque de place.

La Cour interaméricaine des droits humains condamne, le 6 mai 2008, l’Etat haïtien, dans une affaire Yvon Neptune. Elle pointe les conditions inhumaines de détention. Les cellules sont décrites comme insalubres, sous-dimensionnées, infestées de cafards et de rats, équipées de matelas minces et sales. Les installations sanitaires et les conditions d’hygiène sont dénoncées comme précaires. La situation n’a pas beaucoup évolué depuis cette décision.

Les cellules sont mal ventilées. La lumière du soleil n’y pénètre parfois pas. L’électricité est insuffisante et l’éclairage est parfois manquant. Les literies sont sales et certains prisonniers vivent en guenilles.

Beaucoup de cellules ne disposent pas de toilettes, ni de douches. Aucune intimité n’est assurée aux personnes détenues. Les prisonniers du pénitencier national ne pouvent pas sortir de leurs cellules : ils satisfont à leurs besoins dans des sacs plastiques qu’ils jettent par la fenêtre. Le Réseau national de défense des droits humains en Haïti (RNDDH) écrit : “Les prisons sont nauséeuses et dégagent des odeurs nauséabondes.

Le Réseau national de défense des droits humains en Haïti (RNDDH) présente, le 27 janvier 2017, un rapport intitulé “Prison civile de Port-au-Prince : Des conditions de détention inhumaines et une explosion du nombre de décès alarmante”. Il y est particulièrement question des graves problèmes d’approvisionnement en nourriture touchant le pénitencier national, mais aussi les autres établissements pénitentiaires.

L’administration pénitentiaire ne dispose pas de son budget propre. L’Etat ne fournit plus suffisamment d’argent pour assurer l’achat de nourriture pour les personnes détenues. La nourriture, mais également le gaz propane permettant de cuisiner, ne sont plus régulièrement approvisionnés et manquent sévèrement. Un système de rationnement est mis en place. Les portions sont extrêmement réduites et sont de qualité médiocre. Elles ne permettent pas de couvrir les besoins vitaux des prisonniers. Le nombre de repas passe, à la prison de Jacmel, de trois par jour, à deux, puis à un en janvier.

Certains prisonniers bénéficient de l’aide de leurs proches qui leur apportent des repas. Il s’agit cependant d’une minorité. Ils sont 3 000 au pénitencier national à ne pas recevoir de visites.

Cette pénurie génère un climat tendu, déjà alimenté par l’extrême surpopulation. Chaque rumeur peut entrainer des violences. Une émeute éclate, le 21 janvier 2017, au pénitencier national, en raison des problèmes d’approvisionnements en gaz.

La situation sanitaire et humanitaire est critique. Les décès s’accumulent. Les prisonniers souffrent d’anémies sévères qui facilitent la propagation de maladies infectieuses graves. Le Bureau des droits humains en Haïti (BDHH) dénombre 64 morts au pénitencier national (voir Décès en prison).

L’eau est également manquante et de mauvaise qualité. Le RNDDH explique, en 2014, que la prison de Hinche est fournie en eau par la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). La prison d’Anse-à-Veau se fournit en eau auprès d’un particulier. La prison de Cabaret, ouverte en janvier 2016, ne dispose pas d’eau potable.

Les prisonniers sont tous soumis au même régime alimentaire. Leurs pratiques culturelles ou religieuses ne sont pas prises en compte dans l’élaboration des menus.

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) publie, le 25 octobre 2014, un plaidoyer pour les droits des détenus à l’hygiène, au sport, à l’accès au plein air et à un environnement sain. Il visite 16 des 17 prisons.

Ce document décrit les lieux d’aisance comme « nauséabonds, mal entretenus et repoussants ». Les toilettes et les douches sont installées en extérieur dans 14 prisons. L’intimité et la dignité des personnes détenues ne sont pas respectées. Le temps accordé pour se laver est souvent très court. Les prisonniers se lavent devant tous, dans la cour.

Les prisonniers utilisent, dans les cellules, des récipients en guise de toilettes durant la nuit, ou même durant la journée quand ils ne sont pas autorisés à sortir. Certains se contentent de sacs plastiques qu’ils jettent par les fenêtres, notamment dans les prisons de Carrefour, de Cap Haïtien et au pénitencier national.

Les prisonniers lavent eux-mêmes leurs vêtements. Ils peuvent recevoir le linge que leur famille leur apporte.

La fréquence du nettoyage des cellules et des parties communes diffère selon les prisons. Les responsables d’établissement la fixe eux-mêmes. Elle peut être d’une fois par jour, d’une fois par semaine ou d’une fois tous les 15 jours.

La gestion des déchets est également déterminée par chaque responsable d’établissement. Les déchets sont évacués mais les prisons sont néanmoins infectées par des cafards et des rats.

Les conditions sanitaires sont très précaires. Les prisons sont pour beaucoup insalubres. Les prisonniers souffrent de nombreuses maladies dues aux conditions d’hygiène défaillantes.

L’eau est rarement potable. Elle est porteuse de maladies. La tuberculose est fortement présente. Elle touche, en mars 2017, 10 % des prisonniers du pénitencier national1. Les infections orales sont courantes. Le Réseau national de défense des droits humains en Haïti (RNDDH) pointe, en 2014, les problèmes médicaux les plus répandus dans les 16 prisons qu’il visite. Les prisonniers souffrent d’hypertension artérielle, d’infections urinaires, de fièvre, de grippe, de diarrhées et de gale. Ils développent des mycoses au Centre de réinsertion pour mineurs en conflits avec la loi (CERMICOL) et le chinkungunya et des hernies à la prison de Croix des Bouquets. Le pénitencier national et la prison de Cap haïtien connaissent, en 2015, des épidémies de choléra. Les prisonniers souffrent pour beaucoup d’anémies dues à la sous-alimentation (voir Nourriture). Le VIH-sida est également répandu.

L’administration est incapable de prendre en charge les prisonniers malades, faute de moyens financiers et matériels. L’implication des ONG et de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) est insuffisante pour stopper les maladies qui se transmettent avec facilité en raison de la surpopulation.

Le personnel médical est sous la tutelle du ministère de la Santé publique et de la Population. Il est en sous-nombre. Il ne peut pas assurer les soins, particulièrement pour les cas graves. Il regroupe, en 2014, 23 médecins et 52 infirmiers, soit un infirmier pour 192 prisonniers et un médecin pour 433 prisonniers selon le RNDDH. Sept prisons sur les 16 visitées par le RNDDH, ne possèdent pas de lits pour les malades. Cinq prisons n’ont pas de médecin. De manière générale, il n’y a pas d’infirmerie dans les établissements pénitentiaires. Les personnes souffrant de tuberculose sont placées dans des cellules spécifiques. Les prisonniers peuvent être transférés dans des hôpitaux, mais ces transferts n’interviennent pas toujours à temps.

La prison de Jacmel emploie, en mai 2016, trois infirmières pour 576 prisonniers. Le Nouvelliste rapporte que la prison connait, , en quelques mois, 11 cas de tuberculose et une trentaine de cas de gales, parmi d’autres maladies infectieuses. Dix prisonniers sont atteints du VIH-sida. Françoise Morailles, présidente du parquet de Jacmel, dénonce le comportement des hôpitaux. Ces derniers ne prennent pas toujours en charge les prisonniers et les humilient régulièrement2.

La Direction de l’adminitration pénitentiaire envisage de transformer l’ancienne prison pour femmes de Pétion-Ville en centre médical pour les prisonniers du pénitencier national. Le RNDDH soutient cette mesure mais émet, en janvier 2017, des réserves. La crise sanitaire appelle des solutions urgentes. Un tel réaménagement prend du temps. Il implique également la fourniture de médicaments, le recrutement de personnels et l’installation de matériel médical qui font déjà sévèrement défaut. Ce projet sous-entend des moyens financiers, alors même que l’Etat ne fournit pas le budget nécessaire à l’alimentation des personnes qu’il détient.

Les maladies mentales ne sont pas traitées. Il n’existe pas de service de soin psychiatrique ou psychologique.

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) publie, le 25 octobre 2014, un plaidoyer pour les droits des détenus à l’hygiène, au sport, à l’accès au plein air et à un environnement sain. Il visite 16 des 17 prisons.

Le règlement interne des établissements pénitentiaires prévoit six heures de plein air par jour au minimum pour les prisonniers (articles 42 et suivants). Ce temps peut être réduit à une heure en cas de circonstances exceptionnelles. Il impose également un accès à des équipements permettant une activité physique régulière.

La pratique est très différente. Seulement trois prisons permettent deux sorties par jour, et neuf permettent une sortie par jour. Seules les prisons d’Anse-à-Veau, Port-de-Paix et Grande Rivière du Nord laissent les prisonniers plus de deux heures en extérieur. Les autres établissements réduisent les sorties jusqu’à quelques minutes. Les prisonniers des établissements de Jacmel, de Hinche, de Cap Haïtien et de Jérémie ne sortent que pour se laver. Ils disposent de cinq minutes, insuffisantes. Ils font la lessive dans leurs cellules. L’ouragan Sandy fragilise, en 2012, un mur de la prison de Jacmel. Les prisonniers sont en conséquence privés de la cour, qui offre un accès au soleil et à l’air frais 1.

Les prisonniers ne sortent jamais à la prison d’Arcahaie, explique le RNDDH. Les prisonnières de Pétion-Ville ne disposaient pas non plus de promenade : la prison pour femmes de Cabaret la remplace depuis 2016. Elle offre seulement trois heures de sortie par semaine, indique, en octobre 2016, Gustavo Gallon, expert indépendant des Nations unies. Elle fait pourtant partie des prisons les plus récentes, annoncées comme plus humaines. Le temps de promenade à la prison de Croix des Bouquets est également de trois heures par semaine, dans une cour. Les conditions se sont durcies dans cet établissement suite à une évasion en date du 10 août 2014.

Ces restrictions sont principalement dues au personnel, en sous-effectif extrême.

L’accès des prisonniers aux sorties peut différer au sein d’un même établissement. Les femmes et les mineurs peuvent être autorisés à sortir en continu et les hommes maintenus enfermés. Les femmes sortent, à la prison de Jérémie, deux heures par jour tandis que les hommes n’ont aucun temps de promenade. Les prisonniers participant aux formations ou au nettoyage peuvent bénéficier d’un meilleur traitement.

La pratique d’une activité physique est rare. Les responsables d’établissements la permettent parfois. Les prisonniers jouent au football ou au basketball à la prison d’Anse-à-Veau, de Grande Rivière du Nord, d’Arcahaie, au Centre de réinsertion des mineurs en conflit avec la loi (CERMICOL) et au pénitencier national.


  1. Rapport adressé par les organisations de droits humains sur les conditions de détention et la détention provisoire en Haïti, en vue de l’examen périodique par le Comité des droits de l’homme des Nations unies, 2014 

Certains prisonniers développent des activités commerciales à leur compte.

D’autres peuvent participer à certaines tâches dans l’établissement, notamment en travaillant à la cuisine. Ils sont choisis en fonction de leurs aptitudes et de leur bonne conduite.

Certaines prisons proposent des ateliers et des formations professionnelles ou scolaires.

Le RNDDH liste les formations proposées dans son rapport de 2014. Le Centre de réinsertion pour les mineurs en conflit avec la loi (CERMICOL) propose une formation scolaire et des ateliers de couture, de macramé ou de vannerie. Des prisonniers de Croix des Bouquets et de Carrefour peuvent apprendre l’informatique ou la plomberie. Un programme d’alphabétisation est mis en place à la prison de Grande Rivière du Nord. La prison d’Anse-à-Veau propose de l’artisanat, de la cordonnerie et de la couture. Le pénitencier national offre des formations en informatique, plomberie et couture. Des cours d’anglais sont aussi dispensés, mais ne sont pas accessibles à tous les prisonniers. Les femmes détenues de Cabaret peuvent participer à des ateliers de couture, de cuisine, de pâtisserie, de broderie, de crochet et d’informatique 1.

Les personnes détenues ne peuvent pas pratiquer librement leur religion. Il n’existe pas de lieux dédiés au culte.

Les pratiques cultuelles et religieuses ne sont pas prises en compte de façon égalitaire. Les protestants ont des possibilités de pratiquer leur culte, notamment en bénéficiant de la présence d’aumôniers. Des prêtres et des pasteurs se déplacent parfois au sein des prisons. Les personnes pratiquant le vaudou, quant à elle, sont stigmatisées.

L’administration pénitentiaire autorise des organisations extérieures à intervenir en prison. Les prisonniers reçoivent ainsi la visite de Health through walls, du Comité international de la Croix-Rouge ou de Terre des hommes.

Des organisations locales dédiées aux droits humains se mobilisent sur la question carcérale. Il s’agit notamment du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), du Bureau des droits humains en Haïti (BDHH) et des membres de la Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (POHDH).

Certains prisonniers reçoivent un soutien financier de leurs proches, D’autres sont laissés pour compte. Ils bénéficient parfois de l’aide d’associations caritatives qui fournissent des vêtements et de la nourriture.

L’argent liquide circule au sein de la prison. Certains prisonniers montent leur propre commerce.

Les prisons sont actuellement sous tension en raison de la pénurie de nourriture. Les mouvements collectifs peuvent éclater très rapidement. Une émeute est déclenchée, le 21 janvier 2017, au pénitencier national en raison de la pénurie de gaz. Elle est vite réprimée1.

La prison d’Arcahaie connait, le 22 octobre 2016, une évasion massive. Un gardien est tué et deux sont blessés. Une grande majorité des personnes détenues prennent la fuite : 174 sur les 266 hommes incarcérés dans l’établissement. Un gardien aurait laissé une porte ouverte, permettant aux prisonniers d’atteindre une zone réservée au personnel où ils se sont munis d’armes2.

Une évasion a lieu, en août 2014, à la prison de Croix des Bouquets. Elle permet à 329 personnes détenues de s’échapper. Une attaque aurait été menée par un commando, mais aucun usage de la force n’est rapporté. La complicité des gardiens est envisagée3.

Les évasions sont fréquentes. L’attaque d’un commando armé permet, en 2005, l’évasion de 494 prisonniers du pénitencier national. Deux évasions permettent, en 2006, à 38 personnes de s’échapper. La prison de Carrefour voit s’évader, en juin 2008, 16 prisonniers. Une tentative d’évasion cause, en octobre 2010, au pénitencier national, la mort de trois hommes4.


  1. Réseau national de défense des droits humains en Haïti (RNDDH), “Prison civile de Port-au-Prince : des conditions de détention inhumaines et une explosion du nombre de décès alarmante”, 27 janvier 2017 

  2. Une évasion d’ampleur avec 174 fugitifs” dans Ouest France, le 24 octobre 2016 et “Evasion massive à la prison civile d’Arcahaie” dans RFI, 24 octobre 2016 

  3. 329 détenus s’évadent d’une prison “canadienne”” dans LaPresse.ca, 12 août 2014 

  4. Les cas d’évasions de ces dix dernières années“ dans Le Nouvelliste, 11 août 2014