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Auteur(s)Prison Insider

Le système pénitentiaire

Le parc immobilier a une capacité de 6 742 places1 ; il est composé de 22 établissements pénitentiaires : cinq maisons centrales, deux de haute sécurité. Les autres sont mixtes. Deux établissements sont réservés exclusivement aux femmes et sept hébergent des hommes et des femmes en détention préventive.

Les établissements pénitentiaires sont vétustes et l’infrastructure est en très mauvais état. Les derniers établissements construits datent de 2003, 2007 et 2010.

Les autorités pénitentiaires n’ont pas utilisé, en 2013 et 2014, la dotation budgétaire de 300 700 000 quetzales (40 671 USD) destinée à la construction, l’équipement et l’agrandissement de centres de détention. Les 20 000 quetzales (2 705 USD) affectés à l’amélioration d’infrastructures déjà existantes n’ont pas été employés non plus2.

La Granja Penal de Pavón, qui abrite 2 275 détenus en juillet 2016, est un complexe pénitentiaire semblable à un “campus universitaire”3. Elle comporte une avenue principale, connue sous le nom de “Sixième Avenue”, avec des commerces, restaurants, ateliers, un auditorium, une église et des terrains de sport4.

Des commissariats de police et des casernes militaires sont utilisés comme centres de détention.

En janvier 2015, 1 678 personnes sont détenues dans treize commissariats de la Police nationale civile (PNC) ; 184 d’entre elles sont déjà condamnées. Les commissariats de police disposent de 845 places, soit un taux de surpopulation de 200%5.

Le Gouvernement aménageait, en 2010, plusieurs centres de détention en casernes militaires pour loger des ex-fonctionnaires de l’Etat sur lesquels enquête la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIC)6.

En juin 2016, la caserne militaire Mariscal Zaval abrite 195 fonctionnaires détenus pour des délits de corruption. En raison de la surpopulation, vingt détenus doivent dormir sous des tentes installées dans la zone 17 et l’accès à l’eau potable et à d’autres services de base est difficile.

Pour répondre à ce problème de surpopulation, les autorités aménagent la caserne militaire “Matamoros” pour recevoir 32 détenus. L’établissement est connu pour avoir abrité de hauts fonctionnaires du gouvernement comme l’ex-président guatémaltèque Alfonso Portillo et l’ancienne vice-présidente Roxana Baldetti.


  1. Selon les chiffres de World Prison Brief correspondant au 2 décembre 2015

  2. Procuraduría de Derechos Humanos, “Rapport de la PDH pour la 54° session du Comité contre la torture ”, février 2015, p. 31 (en espagnol)

  3. Así es la granja de rehabilitación Pavón” dans Prensa Libre, 18 juillet 2016 (en espagnol)

  4. Insight Crime, “El imperio del Kaibil: las prisiones de Guatemala bajo el yugo de Byron Lima”, 26 janvier 2017 (en espagnol)

  5. Policía: 13 cárceles públicas en ocho departamentos albergan a 1,678 detenidos” dans La Prensa, 4 janvier 2015 (en espagnol)

  6. Bases militares: ¿cárceles de resguardo o centros de privilegios?” dans La Hora, 13 octobre 2014 (en espagnol)

Le système pénitentiaire guatémaltèque est administré officiellement par la Direction générale du système pénitentiaire (DGSP) et dépend du ministère de l’Intérieur. Dans la pratique, deux systèmes de contrôle pénitentiaire parallèles coexistent : celui de la DGSP et celui exercé par la police nationale civile dans treize commissariats qui abritent pour une longue durée des personnes privées de liberté. La DGSP héberge un pourcentage de détenus plus élevé que la PNC.

Les équipes multidisciplinaires sont chargées de suivre les personnes détenues dans chacune des étapes du régime de liberté progressive (psychologues, travailleurs sociaux, médecins spécialistes). La loi prescrit que chaque centre pénitentiaire (pour prévenus ou condamnés) doit disposer d’une équipe multidisciplinaire. Dans la pratique, la plupart des équipes doivent effectuer une rotation entre plusieurs centres.

La DGSP emploie, en août 2016, 3469 surveillants pénitentiaires1. Dans le centre de détention préventive pour hommes de la Zone 18, les détenus sont au nombre de 4900 pour 80 surveillants, soit un ratio de 61.1. Les déplacements (audiences, hôpitaux et autres) diminuent encore les effectifs présents dans l’établissement. Selon Gerardo Villamar, expert de la Procuraduría de Derechos Humanos, “dans la pratique, le détenu doit faire en sorte de cohabiter avec tous les autres, car l’Etat est absent des centres pénitentiaires2.

Dans son rapport 2016, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) signale que des fonctionnaires de l’Etat sont responsables d’actes de corruption et de violence. Certains acceptent, par exemple, des “pots de vin” de la part de détenus pour leur permettre d’introduire des armes à feu ou des drogues à l’intérieur des centres pénitentiaires.

Le ministère de l’Intérieur et la Commission internationale contre l’impunité au Guatémala (CICIG), procèdent, le 3 septembre 2014, dans le cadre d’une opération menée par le ministère public, à 15 perquisitions et à l’arrestation de sept personnes impliquées dans un réseau de corruption dans les prisons guatémaltèques, parmi lesquelles Edgar Camargo, alors directeur de l’addministration pénitentiaire3.

L’ex-capitaine de l’armée Byron Lima, détenu depuis 2000 pour l’assassinat de l’archevêque Juan Gerardi était à la tête de ce réseau criminel. Lima était la principale autorité de la prison Pavoncito. Il offrait des privilèges à des détenus en échange de grosses sommes d’argent (permis de visite, transferts dans d’autres prisons, téléphones portables, drogues et autres).

Le gouvernement présente le projet relatif à la Politique nationale en matière de réforme pénitentiaire (PNRP) 2014-2024. Le texte reconnaît la perte de contrôle de l’Etat dans les établissements pénitentiaires, et affirme que ceux-ci sont devenus “des écoles du crime et des symboles de corruption, danger, surpopulation, impunité, délinquance, mutineries, évasions et violations des droits de l’homme”. Cette situation, prévient-il, pourrait déboucher sur “une véritable crise humanitaire et même menacer la sécurité publique.4

La PNRP 2014-2024 a pour objectif le respect des finalités de réinsertion de la prison. Le projet précise que la PNRP 2014-2024 ne disposera pas de budget avant la quatrième année de sa mise en oeuvre, ce qui limite considérablement la réalisation de ses objectifs. Il est prévu, en outre, de procéder à une évaluation des résultats au cours de la troisième année afin de décider s’il est ou non pertinent de lui assigner un budget.

La PNRP souligne aussi le travail du personnel pénitentiaire qu’elle qualifie comme “l’un des plus dangereux du Guatemala, étant donné que, depuis 2008, plusieurs attaques à main armée se sont soldées par le décès de 47 agents5.


  1. Una jungla tras las rejas de Guatemala” dans El Mundo, 21 août 2016 (en espagnol)

  2. Insight Crime, “Intento de levantamiento indica falta de control en cárceles de Guatemala”, 10 octobre 2016 (en espagnol)

  3. Comisión Internacional contra la Impunidad en Guatemala, “Desarticulan red que involucra a Edgar Camargo y Byron Lima Oliva” (en espagnol)

  4. Procurador de los Derechos Humanos, Informe Anual Circunstanciado 2015, p. 202 (en espagnol)

  5. Ibid., p. 98