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Russie : "ils nous tuent !"

Prison Insider a été contacté par une source russe. Elle nous demande de faire connaître les mauvais traitements subis par les personnes détenues de la colonie pénitentiaire n°15 d'Angarsk, à la suite de la mutinerie du printemps 2020. Nous retraçons la chronologie des événements.

Le contexte. L’administration pénitentiaire russe utiliserait des lieux de détention comme des lieux de torture. Un millier de vidéos attesteraient de violences, de scènes d’humiliation et de viols. L’article du Monde, daté du 6 octobre 2021, jette une actualité crue sur des informations récemment rapportées à Prison Insider. Autres lieux, mêmes violences : prenez connaissance de nos informations.


Attention cet article traite de faits violents. Le texte, les liens et certaines images peuvent choquer la sensibilité.


ILS SONT TOUS incarcérés au sein de la colonie pénitentiaire n°15 (IK-15) d’Angarsk le jour de la mutinerie. Quel que soit leur degré d’implication, les témoignages de ces détenus, de leurs proches ou de leurs avocats attestent d’un recours systématique à la torture comme moyen de répression dans les prisons de la région d’Irkoutsk.

Les détenus sont passés à tabac, insultés et humiliés

Plus de 300 détenus suspectés d’avoir participé ou organisé la mutinerie auraient fait l’objet de transfert dans des établissements pénitentiaires de la région

Les détenus sont dans l’incapacité de demander de l’aide du fait des dangers qu’ils encourent au sein des établissements

Son avocat le dit défiguré

Passages à tabac, coups de bâtons, d’outils divers, électrocutions des parties génitales...

Ondar aurait été frappé et violé à l’aide de matraques.

Le système pénitentiaire russe

Une gestion informelle

Le système pénitentiaire russe hérite de pratiques d’organisation de pouvoir des Goulags. Cette gouvernance favorise les luttes d’influences au sein des prisons. Les établissements sont classés en deux catégories : les établissements rouges, sous le contrôle total de l’administration et les noirs, dans lesquels certains détenus exercent une influence considérable, disputant avec l’administration le contrôle de l’établissement. La culture carcérale présente également un système de caste informel aux codes précis. Ce système hiérarchise et attribue des rôles spécifiques aux différentes personnes détenues.

  • Les truands (Блатные), sortes de parrains de l’établissement, se trouvent au sommet de la hiérarchie. Ils n’ont pas le droit de travailler et sont chargés d’arbitrer les relations entre détenus.
  • Les détenus qui collaborent avec l’administration, les chèvres(Козлы), bénéficient d’un traitement de faveur en échange de leurs services (délégation des missions de surveillance, interrogatoires…). Leur sécurité dépend alors du degré de contrôle de l’administration sur l’établissement.
  • Les coqs (Петухи) sont les “déshonorés”. Ils sont chargés du nettoyage des latrines et de l’évacuation des déchets. Ils ne sont pas autorisés à se mélanger avec le reste de la population carcérale et sont soumis à des obligations strictes.

Ces castes jouent un rôle dans les luttes de pouvoir internes. Les viols sont utilisés comme des stratégies pour déshonorer des détenus influents. Le système de caste s’avère un moyen d’intimidation au sein des “Press Khata” (пресс-хата), les cellules informelles où les détenus sont interrogés et torturés.

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