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France : un téléphone fixe par cellule, une bonne idée ?

50.000 cellules de prison seront équipées de téléphones fixes d’ici à dans deux ans, a annoncé Nicole Belloubet, la ministre de la Justice ce lundi 28 octobre. Seuls quatre numéros, autorisés par l’administration, pourront être joints par les détenus. Alors, l’installation de ces téléphones fixes dans les cellules est-elle une bonne idée ? À vous de juger !

Les arguments du oui
1.Les conversations téléphoniques favorisent le maintien de liens familiaux et la réinsertion
C’est une question de sécurité, d’allègement des tâches pour les surveillants et cela permet de maintenir le lien familial”, défend la ministre de la Justice sur RTL ce lundi 28 octobre. Actuellement, pour dialoguer au téléphone avec leurs proches, les détenus doivent le faire via les cabines téléphoniques, communes, et accompagnés par un surveillant, et qui laissent donc peu de place à l’intimité. Or, pour les détenus, “le maintien du lien familial est essentiel à la réinsertion”, souligne Le Monde. Et ils n’ont souvent pas accès aux cabines téléphoniques installées dans les couloirs “faute de temps et de surveillants pour les accompagner”. La surpopulation est évidemment à l’origine de ce problème. Sans compter que ces cabines communes laissent très peu de place à l’intimité. Enfin, elles ne sont accessibles que quelques heures par jour, durant des plages horaires “où les enfants sont à l’école ou les conjoints au travail”. Pourtant, pour L’Observatoire International des Prisons (OIP).

2.L’introduction de téléphones permet de désamorcer une source majeure d’incidents
Cette mesure annoncée par la ministre de la Justice, va de pair avec la généralisation de brouilleurs pour les portables, dont l’introduction en prison est l’une des principales source de conflits, précise Nicole Belloubet. Dans la Meuse, au sein de la prison de Montmédy, les téléphones fixes dans les cellules sont testés depuis l’été 2016. Chaque détenu transmet une liste de numéros à la direction du centre pénitentiaire, vérifiés avant autorisation. Le détenu crédite un compte, compose son code d’identification personnel et a ensuite accès à sa liste de numéros. Il peut aussi être contacté, comme sur un bipper. Un an après l’essai de la prison de Montmédy, le cabinet de la garde des Sceaux faisait le point : les tensions seraient largement en baisse, relaye le HuffPost. Les saisies de téléphones portables ont en effet baissé de 31% au premier semestre 2017 par rapport aux six premiers mois de 2016, résume Libération, - 33.000 téléphones et accessoires ont été saisis en 2016 - . De plus, les surveillances téléphoniques seraient facilitées avec des lignes fixes, car les lignes mobiles changent régulièrement, explique RTL.

Les arguments du non
1.Les contrôles restent difficiles à mettre en place
D’après les syndicats pénitentiaires, seul un tiers des détenus utilise régulièrement ces téléphones fixes à la prison de Montmédy : les autres communiquent toujours via des portables. Maxime L., secrétaire local du Syndicat pénitentiaire des surveillants non gradés (SPS), explique ainsi dans Le Point que de nombreux téléphones installés pour le test ont déjà été cassés ou transformés en cachette,. “Ils s’en servent parfois aussi pour faire des chargeurs artisanaux” qui servent à recharger leur portable, ajoute-t-il. De plus, en détention, les moyens humains sont faibles et “rares sont les surveillants à juger crédible l’éventualité d’un contrôle des communications”, considère auprès de l’AFP David Calogine, secrétaire général adjoint de l’Ufap-Unsa, syndicat majoritaire. Les services de renseignements n’auraient simplement pas les moyens d’écouter toutes les conversations. “Certains détenus sont sur écoute en permanence et nous n’avons pas forcément le personnel pour écouter les appels émis durant la nuit”, souligne ainsi Davy Lucion, de l’Ufap-Unsa Justice Grand-Est auprès du Parisien.

2.Il y a d’autres priorités concernant les prisons
Surpopulation carcérale, détenus radicalisés de plus en plus nombreux, et “toujours aussi peu de moyens pour surveiller tout ce monde et essayer de faire de la réinsertion”. Pour Jean-François Forget de l’Ufap-Unsa, qui s’exprime dans Le Point, les priorités sont ailleurs. D’autant que, malgré l’installation de lignes fixes, les détenus de Montmédy ont en majorité continué à utiliser leurs portables illégaux. Il faudrait “tout mettre en œuvre pour endiguer les téléphones portables non contrôlés en prison”, insistait cet été Christophe Schmitt, de FO-Pénitentiaire, lorsqu’il était question d’autoriser des portables bridés en prison. Ces moyens de communication sont utilisés par les détenus, par exemple, pour continuer à gérer leur trafic de stupéfiants depuis la prison. Enfin, pour Jean-François Forget, les expérimentations menées à l’étranger n’ont pas donné “entière satisfaction”.

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