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France: mon Noël en prison, au temps de la Covid-19

Bloquée entre mes quatre murs pour Noël, j’écris une nouvelle fois pour témoigner, et vous raconter une réalité bien peu décrite, les fêtes en détention.

Ce Noël en prison encore plus qu’un autre, du fait de la crise sanitaire, isole les détenus du reste du monde. Un Noël en prison, à quoi cela peut-il bien ressembler ? Je dirais que cette période s’apparente pour beaucoup à n’importe quelle autre en détention. Avec raison, comme le pensent certains, pourquoi aurais-je droit à un peu d’humanité ? Peut-être pour rester moi-même, un tant soit peu humaine…

En prison, Noël se fait sans guirlandes et sapins le plus souvent, à tel point que dans certains établissements, lorsque la prison investit et dispose dans les espaces communs un seul sapin, aussi petit soit-il, un sentiment de normalité, de chaleur, vous envahit, l’espace de quelques instants. II est vrai que les années derrière les barreaux finissent par engloutir les souvenirs du passé, à tel point qu’ils semblent appartenir à une autre vie. Ainsi des détails aussi insignifiants qu’une décoration de fête, peuvent apporter un réconfort bienvenu dans cet univers où chaque jour ressemble au précédent.

Cette période festive, souvent marquée à l’extérieur par les rencontres familiales, peut être en prison d’une violence inouïe.Je pense pouvoir dire que nous nous rappelons tous de notre premier Noël en détention.

Moi je m’en souviens, j’étais à peine sortie de l’adolescence, et la solitude, la tristesse infinie qui m’ont envahie ce soir-là, seule, devant ma télévision, m’ont amenée, plus que jamais à me demander si, un jour je me relèverais de cette épreuve, si un jour je retrouverais les miens, du moins ceux qui seraient encore à mes cotés. II est bien connu en prison que la fin de l’année est un moment de fragilité extrême, où a parfois lieu l’ultime rencontre entre le désespoir et le détenu, l’amenant à commettre un geste irréparable.

Dans les faits, le plus gros changement apporté par la périodes des fêtes, c’est la nourriture. Une seule et unique fois par an, nos proches sont autorisés à nous apporter le fameux colis de Noël qui contient des vivres et ne doit pas dépasser cinq kilos. Son contenu varie au gré des établissements pénitentiaires. Dans certaines prisons, il est possible de faire entrer des épices, du café ou des fruits frais, dans d’autres, non, ne cherchez pas de raison ou de logique à cela, j’ai moi-même cessé de m’interroger ! Tout doit être déballé et remballé, papillotes ou rochers aux chocolat placés dans des sachets ou boites transparents, on cherche à ne pas perdre le moindre gramme. Cinq kilos une fois par an, pas question de se manquer !

Un réconfort alimentaire, mais pas pour tous, pas pour ceux n’ayant aucun proche bénéficiant d’un droit de visite. Là, encore le gouffre déshumanisant s’accentue entre ceux qui comme comme moi, sont entourés et aimés, et ceux qui sont seuls et n’ont personne pour préparer ce colis annuel qui, plus que de nourriture, est en réalité emplie des pensées et de l’amour de ceux que l’on a laissés derrière nous.

Heureusement, parfois l’âme humaine est bonne, bénévoles ou aumôniers distribuent un petit réconfort. La détention, elle, essaie de faire un effort avec une “cantine” spécifique : liste d’articles que l’on peut acheter, des produits sans extravagance mais un peu différents de l’ordinaire, c’est le moyen d’acheter quelques aliments un peu festifs, mais comme toujours, le fossé se creuse entre ceux ayant de l’argent et les autres, les laissés-pour-compte, souvent les mêmes que vous croiserez à l’entrée du métro ou sur le banc du parc de votre quartier. Au moment des fêtes, la “gamelle”, c’est-à-dire le repas distribué par la détention, est amélioré, du moins dans les intitulés car après tout dépend du cuisinier, et pour le repas de fête, c’est au petit bonheur la chance. Souvent, je remarque que d’une année sur l’autre, les menus ne varient pas d’un pouce ; encore un éternel recommencement.

II faut dire que le fait de manger seule face à mon assiette, à ce moment de l’année, a tendance à me couper l’appétit. D’ailleurs, dans les centres de détention où en temps normal, les portes de cellule sont ouvertes durant la journée, nous n’avons pas les soirs de fêtes, de permission de 20h, c’est 19h tapantes comme tous les autres jours de l’année !

Mais, je vous le concède, je ne suis pas très positive, il y a pourtant quelques moments “réconfortants”, comme les parloirs, les Unités de vie familiale (UVF) qui nous permettent (dans un espace aménagé) de passer du temps avec nos proches, de 6h à 72h, et pour ceux qui peuvent en bénéficier, dans des conditions strictes, il peut y avoir des permissions de sortie. Tout cela permet de maintenir le lien social, humain, et de trouver une raison de continuer à affronter les jours, les uns après les autres.

Ceci dit, nous sommes en temps de Covid et je vous demande de balayer quasi intégralement les informations que je viens de vous donner ! Cette année, notre Noël s’est fait avec un colis sans aucun produit frais, aucune denrée périssable car les paquets ont dû être stockés 48 heures avant de nous être remis.

Je vous ferai grâce de l’indigestion provoquée par les 2 kilos de chocolats contenus dans mon colis.

En temps de Covid, et bien que nous soyons les plus confinées, pas question de partager quoi que ce soit avec d’autres détenues, ni un café, ni un morceau de bûche, alors que nous sommes toujours à une distance de 5 mètres les unes des autres. Avec nos règles, vous n’auriez même pas de réveillon !

Néanmoins, le point le plus sensible en temps de Covid, reste l’annulation pure et simple de toutes les “Unités de vie familiale” (lieux de rencontre) et ce jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire disparition de la Covid. Toutefois, les permissions de sortir sont, elles, de nouveaux autorisées, avec bien entendu quarantaine au retour. Dans ces conditions, l’annulation des UVF pose doublement question. Les parloirs, quant à eux, sont autorisés et se déroulent, comme aux USA, séparés intégralement par une vitre. Et oui n’ayant pas de foyer, je dois tout de même respecter les gestes barrières avec chacun de mes proches.

S’il y a bien une chose que l’on apprend ici, c’est à rester sans réponse ni explication, il est vrai que, en tant que détenue, je suis obligatoirement soumise aux décisions et directives de l’Administration pénitentiaire, sans aucune possibilité de négociation, c’est là ma place.

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