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États-Unis : 44 ans isolés en prison, Donald Trump en sortant

Robert King et Albert Woodfox, deux militants du Black Panther Party qui ont passé plusieurs dizaines d’années en cellule d’isolement en prison, sont de passage à Paris. Ils parlent des conditions carcérales, du racisme persistant aux États-Unis et de l’élection de Trump.

Robert King et Albert Woodfox représentent les deux tiers des “trois d’Angola”. Le dernier compagnon de leur trio, Herman Wallace, n’est plus. Il est décédé en 2013, trois jours après sa libération de prison. Sa mémoire reste présente, surtout le sens de son combat. Les “trois d’Angola”, comme ils sont connus dans le monde, étaient trois prisonniers politiques. Incarcérés pendant plusieurs dizaines d’années dans un pénitencier d’Angola, en Louisiane, ils ont refusé de plier et sont parvenus à susciter autour d’eux un mouvement international de solidarité pour lutter non seulement contre les incarcérations injustes, mais surtout contre l’isolement carcéral.

Robert King a passé 29 ans à l’isolement, Albert Woodfox 44 ans ; c’est-à-dire dans une cellule de deux mètres sur trois, 23 heures par jour. Même si King explique posément que l’isolement à Angola n’est pas aussi caricatural que sa version hollywoodienne, notamment dans la possibilité qu’il avait d’échanger avec d’autres prisonniers au travers de ses barreaux ou lors de ses “promenades”, il n’en demeure pas moins que des milliers de prisonniers sont devenus fous pour avoir eu à supporter de telles conditions pendant plusieurs mois, sans même parler de décennies.

D’autant que, comme beaucoup de condamnations dans les États du sud des États-Unis, les leurs ne répondaient pas aux canons d’une justice digne de ce nom. Tous trois emprisonnés en 1971 pour de petits cambriolages (qu’ils ne nient pas), King, Wallace et Woodfox, militants au sein du Black Panther Party, ont vite été accusés d’autres crimes : le meurtre d’un détenu pour le premier, l’assassinat d’un gardien de prison pour les deux autres. Ils ont toujours clamé leur innocence, mais la mécanique classique (du moins dans le sud du pays) des avocats incompétents, des preuves égarées, des témoignages contraints et de l’acharnement des autorités les a maintenus embastillés jusqu’en 2001 pour King, 2013 pour Wallace et février 2016 pour Woodfox.

Pour eux, pour leur entourage et pour tous les défenseurs des droits humains, il n’y a jamais vraiment eu de doute : les « trois d’Angola » ont été condamnés puis envoyés en cellule d’isolement pour leurs convictions politiques. Parce qu’ils sont noirs, bien entendu, mais surtout parce qu’ils étaient des militants : de l’égalité raciale, de la contestation sociale, de l’amélioration des conditions de vie des prisonniers. Comme le dit Albert Woodfox, “on ne peut pas séparer notre condition de personnes noires de nos convictions politiques. C’est comme la différence entre une tomate et du jus de tomate : ce n’est pas la même chose, et pourtant, c’est le même ingrédient. Nous sommes des activistes politiques qui se trouvent aussi être noirs”.

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