S. Les prisons sont surpeuplées à plus de 300 %. La majorité de la population carcérale est constituée de personnes en attente d’un jugement, beaucoup plus nombreuses que les condamnées. Certaines d’entre elles attendent un an ou deux ans avant de comparaître devant un tribunal, par exemple celles qui ne peuvent pas se permettre de payer un.e avocat.e qui demandera à la Cour de traiter leur affaire. Des personnes sont incarcérées pour des dettes relevant du droit civil qualifiées d’escroquerie ou des délits mineurs, pour lesquels elles ne devraient pas pouvoir être emprisonnées.
Chez les hommes, la surpopulation est terrible. Certains dorment dans la cour de la prison, à la belle étoile. Lorsqu’il pleut, ils n’ont pas de toit pour s’abriter et sont exposés aux intempéries. Dans la prison où j’ai été incarcérée, un grand mur sépare les femmes des hommes. Les dortoirs pour les femmes comptent environ 15 lits de 90 cm, chacun partagé par deux personnes. Nous dormions tête-bêche pour essayer de gagner un peu d’espace. Des matelas sont installés par terre dans les dortoirs, parfois jusqu’à une dizaine. Un dortoir peut être partagé par une quarantaine de femmes, avec un accès limité aux douches et aux toilettes, qui sont prévus pour 15 personnes détenues.
La surpopulation est encore plus difficile à supporter dans les couloirs des établissements. Certaines détenues y dorment à même le sol, sur des matelas durs ou sur leurs vêtements empilés. C’est dans les couloirs qu’il y a le plus de monde. Se déplacer est très difficile. Les personnes détenues qui doivent rester dans les couloirs se font piétiner.
Les enfants peuvent être incarcéré.es à partir de 15 ans, mais cela dépend de leur capacité à prouver leur âge. Le principe selon lequel les enfants doivent être détenu.es séparément des majeur.es n’est pas toujours respecté : les établissements pour mineur.es sont peu nombreux et situés dans trois provinces du pays, Ruyigi, Ngozi et Rumonge. Certaines familles préfèrent que leur enfant soit incarcéré.e dans un établissement plus proche de leur lieu de vie, même si cela signifie que l’enfant sera avec des adultes.
D’après la loi, les enfants doivent être assisté.es par un.e avocat.e, tout comme les personnes encourant une peine de plus de 20 ans. En pratique, seul un faible pourcentage de la population carcérale a accès à cette assistance, faute de moyens. Les avocat.es sont débordé.es et découragé.es par la situation. Les affaires pénales les intéressent de moins en moins car elles ne leur permettent pas de gagner leur vie. En l’absence d’avocat.e, les juges refusent parfois de traiter un dossier. Ils et elles affirment que la loi leur interdit de juger l’affaire, et de ce fait, retardent délibérément son traitement. Il faut souvent qu’un.e représentant.e de la personne prévenue paie pour que le jugement ait lieu. De nombreuses affaires restent donc en suspens et les dossiers sont mis de côté tant qu’il n’y a pas de représentation légale. Cette situation a créé une économie informelle dans les prisons : certaines personnes ayant été incarcérées proposent de suivre les dossiers de personnes privées de liberté, en échange d’une somme d’argent.