caseprison.jpeg

Kwakya // 1 // En cours de route...

Publié le 18 décembre 2017

Premier récit de Kwakya1, réfugié ghanéen. Il y a quatre ans, il fuit son pays. Son parcours le fait passer par la Hongrie. Il y est arrêté pour la seule raison d'être sans papiers. Il fait six mois de prison dans des conditions qu'il qualifie d'inhumaines. Il souffre tout simplement de ne pas être considéré comme un homme. Pour Prison Insider, il revient sur son expérience.

Prison Insider met en place la publication d’une série de témoignages recueillis auprès de migrants, parvenus au terme d'un voyage qui les aura vu passer par la prison. Nous entendons témoigner du fait que l’enfermement résulte de plus en plus de parcours migratoires qui se heurtent à des murs, des barrières, des centres de rétention, voire la prison.

Photographie par Ben Art Core


  1. Le prénom a été changé. 

Les policiers, eux, rigolaient. Ils nous ont ordonné de nous asseoir par terre.

L'arrestation

On était un groupe de trente personnes. Il y avait des gens de nombreux pays : Afghanistan, Pakistan, Ghana, etc... On se trouvait dans un petit village en direction de la frontière serbe. Il était près de deux heures du matin. Soudain, la police arrive. Je pense que ce sont les voisins qui l'ont appelée : quand nous sommes arrivés dans ce village, des chiens ont commencé à aboyer. Donc la police arrive. L'un d'entre nous tente de fuir. Les chiens policiers le rattrapent. Je les ai vu le mordre. C'était horrible. On voyait la chair à vif sortir de son bras, de ses mollets. Les policiers, eux, rigolaient. Ils nous ont ordonné de nous asseoir par terre. Ils nous ont, à toutes et tous, sauf aux enfants, mis les menottes. Ils étaient très brutaux. Ils ne nous respectaient pas. Ils nous frappaient, nous donnaient des gifles. Après, ils nous ont conduit au poste de police.

Nous sommes restés deux jours dans une cellule sale et froide. Ils ne nous ont pas donné de couvertures et nous ont apporté en tout et pour tout un petit sandwich. Ils nous ont pris tous ce que nous avions de valeur. Ils m'ont pris mon téléphone portable et ne me l'ont pas rendu. Ils ont relevé nos empreintes digitales pour nous enregistrer selon le processus Dublin. A l'office de l'immigration, ils m'ont posé tout un tas de questions. Je leur ai tout dit.

Le but était de décider si je devais être expulsé ou aller en prison. Ils ont décidé que je devais aller en prison. Je n'ai pas eu d'explication. Je devais signer un papier que je ne comprenais pas car rien n'était traduit, même pas en anglais. J'ai signé.

Certaines nuits, je me réveillais avec du sang sur tout le corps.

La prison

Nous avons étés amenés à la prison de Debrecen. Quand nous sommes arrivés et que les policiers nous ont vus, ils ont rigolé. Ils nous ont demandé de nous déshabiller et de nous allonger par terre. Puis ils nous ont donné d'autres habits. Là aussi, ils nous ont volé. J'avais réussi à dissimuler cent euros sur moi. Ils les ont trouvés et me les ont pris. Ils m'ont dit qu'ils les gardaient pour eux. La cellule, prévue pour six personnes, disposait de six lits. En fait, nous étions dix. Certains, les plus récemment arrivés, devaient dormir par terre. Les anciens disposaient des lits. Ici, nous avions des couvertures. Ils ne les lavaient jamais et elles étaient remplies de puces. Certaines nuits, je me réveillais avec du sang sur tout le corps. Un jour, une puce est entrée dans mon oreille. J'ai demandé à plusieurs reprises à voir un médecin. Ils n'ont jamais accepté. Quand je suis arrivé en France, plus tard, je suis allé à l’hôpital et ils ont diagnostiqué une infection importante de l'oreille… En prison, ils n'avaient que faire de notre santé.

J'ai vu un homme qui avait de gros problèmes de peau. Il n'arrivait plus à tenir sur ses jambes. Il dormait tout le temps. Les surveillants ne se sont jamais inquiétés pour lui. Quelques jours après mon arrivée, il est mort.

Les policiers étaient vraiment violents. Ils nous battaient régulièrement. Une fois, ils ont battu un homme afghan. Ils le frappaient de partout et très fort. Toutes ses dents sont tombées. A chaque fois qu'ils voyaient une personne noire, les policiers crachaient par terre. Une fois, un policier m'a craché dessus. Tous les jours c'étaient comme ça. On les voyait parler en groupe. On ne comprenait pas les mots, mais on sentait la haine.

Dans la prison, nous étions séparés des prisonniers hongrois. On les croisait seulement lorsque nous nous sortions pour la promenade et qu'eux rentraient. Quand ils nous voyaient, ils se mettaient à crier et à rigoler. Il étaient aussi violents que les policiers.

La libération

Les policiers nous ont dit que pour être libérés, nous devions leur payer 1500 euros. Ce n'était pas officiel, ils se faisaient de l'argent comme ça. Ceux qui pouvaient payer étaient libérés. Je n'avais pas d'argent, je ne pouvais pas payer. Je suis resté six mois incarcéré. Un jour des agents des Nations unies ont découvert les conditions d'enfermement en Hongrie et notamment les nôtres. Ils ont fait pression sur le gouvernement hongrois. J'ai été libéré. Et dû aller dans un camp de réfugiés, à côté de la prison. J'y suis resté deux jours et je me suis enfui.


Propos recueillis par Mattéo Giouse

À nos côtés

Don mensuel

Agir
Contribuer
Diffuser
Développer
mockups_devices_fr.png