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Brésil : attendre demain, collé aux barreaux

– Publié le 30 août 2018

// Série "un jour en prison" (2)

En prison aussi, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Les conditions de détention, le rythme des journées, la possibilité de recevoir des visites, un traitement médical, la nourriture, ou encore l'accès au droit à la défense, varient considérablement d'une prison à une autre, d'un pays à l'autre.
Prison Insider publie les témoignages de personnes qui vivent ou ont vécu en prison et peuvent partager leur expérience. Cette série de témoignages "Un jour en prison" met en mots les différentes réalités de l'enfermement dans le monde.

Samuel incarcéré au Brésil, raconte une journée en prison.

Rapidement, la lumière s’allume, les prisonniers se lèvent. Les mains dans le dos, ils baissent la tête.

Tout le monde debout !

Manifestement, il va faire chaud aujourd’hui à Rio de Janeiro. A la prison d’Evaristo de Moraes, il y a plus de trente cellules divisées en cinq galeries, ce qui représente plus de 1 800 détenus. Il y a 40 lits et un peu plus de 60 personnes par cellule. Tout le monde dort, à l’exception du prisonnier désigné pour surveiller la cellule pendant la nuit. Collé aux barreaux, il est attentif à tout ce qu’il se passe à l’extérieur. Il est appelé "ligação" ("liaison" en français).

Pendant que tout le monde dort, il fait le guet. Il est à peine 7 heures du matin lorsqu’il crie : "contrôle ! Levez-vous ! Le gardien est dans le couloir !"
Rapidement, la lumière s’allume, les prisonniers se lèvent. Ils enfilent leur chemise et leur pantalon (il arrive que le bermuda soit interdit). Les mains dans le dos, ils baissent la tête.

De l’autre côté des barreaux, dans le couloir, les surveillants s’apprêtent à ouvrir la porte. Seul l’un d’entre eux est autorisé à entrer pour effectuer le comptage. Sa vérification va des toilettes aux trous dans le sol, en passant par les objets cachés, un passage en revue d’éventuelles attaques et tentatives de évasion. Pendant que le surveillant est à l’intérieur de la cellule, une équipe l’attend à l’extérieur en observant ses occupants.

Le comptage est terminé. Le nombre correspond bien à celui indiqué sur le tableau. Tout est en règle, tout est OK. Le silence est obligatoire jusqu’à ce que l’équipe quitte le couloir. Un rideau de fer se ferme derrière elle, les prisonniers peuvent entamer leur journée.

Le gardien referme le cadenas, nous voici de nouveau verrouillés

Une journée comme les autres

L’alimentation d’eau est ouverte. L’administration pénitentiaire finit par se rappeler qu’on en a besoin, ça n’arrive que trois fois par jour ! Certains prisonniers retournent dormir. D’autres courent à la douche. Une petite file se forme. C’est la course ! La liste des prisonniers convoqués auprès du juge arrive. D’autres doivent se rendre chez le médecin. Les derniers se préparent pour aller en classe.

Il est tout juste 11 heures du matin. Des prisonniers rentrent de cours, après une matinée d’étude. Un petit charriot apparait dans le couloir et des dizaines de boites contenant les repas arrivent. Le nombre de boîtes distribuées correspond au nombre exact de détenus en cellule.

Après le déjeuner, aux alentours de 13 heures, l’accès à l’eau est de nouveau accordé pendant soixante minutes.

C’est au tour d’un autre groupe de détenus de se doucher puis d’aller en classe. Les toilettes et la cellule sont nettoyées avec l’eau restante. La cellule est propre.

En fin d’après-midi, vers 16 heures, le second groupe revient de l’école. Le diner arrive. Après que les prisonniers ont fini de distribuer le repas, une nouvelle équipe de surveillants arrive pour effectuer le dernier comptage de la journée. Les détenus convoqués par les juges sont comptés à part. Le gardien referme le cadenas, nous voici de nouveau verrouillés. La journée touche à sa fin, mais ni la prison, ni la cellule ne s’arrêtent.

Collé aux barreaux, un prisonnier lance un baluchon accroché à une ficelle : la liaison commence

L'heure des yo-yos

Les agents sortent du bâtiment, les détenus sont enfermés, l’eau fait une dernière apparition durant soixante minutes. Collé aux barreaux, un prisonnier lance un baluchon accroché à une ficelle : la liaison commence 1. Pour cette raison, le guetteur est surnommé "ligação". C’est grâce à ce système que sont commercialisés les drogues, les cigarettes, les snacks, et tout le reste.

La nuit tombe. Des prisonniers regardent le journal télévisé et des novelas. En prison, on adore les films et les novelas. ça passe le temps.
Il est 21h, les lumières s’éteignent. Certains vont dormir, d’autres lisent des livres ou quelques revues. Les convoqués rentrent. Il est bientôt minuit.
Collé aux barreaux, le ligação guette le lever du soleil pour annoncer le comptage des prisonniers. Une nouvelle journée commence.


  1. La "liaison" ressemble à ce qui désigné par "yo-yo" en français. Il s'agit de faire passer, par le biais d'un petit baluchon retenu à une ficelle ou à une cordelette de fortune, des objets d'une cellule à une autre. 


Samuel Lourenço Filho, pour Prison Insider.

Traduit par Joanna Gherardi Allan
Relu par Carolina Nascimento
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