Environ 7 000 prisonniers palestiniens – soumis au régime militaire - sont incarcérés dans les prisons israéliennes.
Des établissements situés en dehors des territoires occupés, en totale violation du droit international. Arrêtés pour des motifs politiques, ces détenus sont particulièrement exposés à la détention arbitraire, à la torture et aux mauvais traitements.

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Depuis son occupation en 1967, l’ensemble du TPO, Territoire palestinien occupé, est soumis au droit israélien et à ses régimes dérogatoires pour les Palestiniens dont la vie est régie par plus de 3 000 ordres militaires. La violation de ces ordres, de l’infraction routière aux attaques à mains armées en passant par le travail illégal jusqu’aux rassemblements non autorisés, est passible de poursuites devant la justice militaire, seule compétente pour juger les délits, crimes et infractions des Palestiniens d’Israël (hors Jérusalem-Est).
À l’encontre de toutes les recommandations internationales, cette population est soumise à une réglementation et à une justice particulière, différente de celle des autres ressortissants d’Israël. Des procédures jugées inéquitables pour des Palestiniens dont les droits à la défense sont rarement appliqués, et le recours à un avocat aléatoire. Sans compter que les juges et procureurs sont des militaires, que les procès se déroulent en hébreu avec une traduction limitée en arabe, que la détention administrative est généralisée pendant toute la durée de la procédure, et que les accusés sont poussés à plaider coupable pour éviter un procès interminable et donc une détention toute aussi longue et éprouvante…

Détention administrative arbitraire

Au motif qu’ils représentent une menace pour la sécurité d’Israël, à ce jour, 750 Palestiniens sont en détention administrative dont trois parlementaires. Bien que les organisations internationales aient condamné à plusieurs reprises le recours abusif à la détention administrative, les autorités militaires israéliennes continuent d’y recourir de manière massive.

Chaque année, des centaines de Palestiniens, y compris des enfants, viennent grossir les rangs de cette mesure d’incarcération arbitraire que le droit international n’interdit pas mais dont il précise les contours.

Selon les observateurs de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine les règles d’encadrement de la mesure sont bafouées : "parce qu’elle ne respecte pas ces limites, la détention administrative 1 mise en œuvre par Israël est considérée comme illégale au regard du droit international. L’armée israélienne l'utilise pour détenir une personne pour une période de six mois renouvelable indéfiniment. Le détenu est emprisonné sans inculpation ni jugement, le plus souvent sur la base de preuves qualifiées de secrètes par l’armée et qui ne sont donc accessibles ni au détenu ni à son avocat mais uniquement aux procureurs et juges militaires. Un ordre de détention peut être renouvelé le jour même de son expiration sans que le détenu n’en soit informé au préalable". En théorie les détenus peuvent faire appel de l’ordre de détention devant la justice militaire israélienne. En pratique, les conditions pour un procès juste et équitable ne sont jamais réunies et en l’absence d’accès aux preuves, il leur est impossible de contester efficacement leur placement en détention.

Tortures et mauvais traitements systématisés

Les témoignages recueillis par les ONG de la Plateforme pour la Palestine sont unanimes, la torture s’abat de façon quasi systématique sur les détenus palestiniens quel que soit leur âge ou leur sexe. Tous témoignent avec les mêmes mots des mêmes traitements, des mêmes exactions. "Lors de leur arrestation, les détenus sont ligotés avec des liens en plastique qui leur lacèrent la peau. Pendant le transfert du lieu de l’arrestation au centre d’interrogatoire, le détenu est le plus souvent battu par la police ou les militaires de l’Agence de sécurité d’Israël."

Coups, matraquage, ligotage, privation de sommeil, d’eau, de nourriture, de toilettes et de douche, isolement cellulaire ou exposition permanente à des sons angoissants, yeux bandés, menaces de torture, de mort ou d’agression sexuelle, la liste est longue et non exhaustive.

Les mesures punitives sont aussi multiples et peuvent prendre la forme de coupures d’eau et d’électricité pendant des heures. La nuit ne laisse pas non plus de répit. De violents raids sont organisés dans les cellules avec utilisation de gaz lacrymogènes et d’armes létales, fouilles à corps, coups, confinement…
Le témoignage sidérant de Mahmoud al Weesi que Prison Insider a rencontré confirme hélas la violence et l’iniquité des geôles israéliennes pour les Palestiniens des Territoires Occupés.

750

Nombre de Palestiniens en détention administrative à ce jour.

"A 18 ans, j’ai été arrêté et accusé d’être membre d’une organisation terroriste"

Mahmoud al Weesi : témoignage (Israël et territoires palestiniens occupés)

Mahmoud al Weesi, palestinien d'Israël, journaliste et aujourd’hui coordinateur de la communication du comité des libertés "Lajnat al horiya" à Nazareth, a été arrêté à l’âge de 18 ans et a passé 7 années en prison. Il dénonce les conditions d’arrestation et de détention des Palestiniens incarcérés dans les prisons israéliennes.

Nous l’avons rencontré le 2 décembre 2016, à Paris, dans les locaux de l’association Plateforme pour la Palestine.


PRISON INSIDER. Vous êtes citoyen israélien – palestinien israélien – et avez passé 7 années en prison. Quels étaient les motifs de votre détention ?

MAHMOUD AL WEESI. À 18 ans, j’ai été arrêté et accusé d’être membre d’une organisation terroriste et de l’avoir fréquentée depuis l’âge de 14 ans. Or, je n’étais membre d’aucune organisation. J’étais juste un enfant qui voulait savoir ce qui se passait autour de lui. En 2005, je voulais étudier la médecine en Roumanie. Pendant six mois, je suis parti là-bas pour apprendre la langue et c’est à mon retour que j’ai été arrêté.

Pouvez-vous décrire les conditions de votre arrestation ?

J’étais en voiture quand soudain des gens, habillés en civil, ont bloqué mon véhicule et m’en ont sorti en me tirant par le cou et les oreilles. Ils m’ont tabassé. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une affaire de voyous… Mais c’était la police. Personne ne m’a informé des motifs de mon arrestation. Ces policiers m’ont embarqué dans leur véhicule puis conduit, en dehors de la ville, dans un lieu isolé, une sorte de hangar sans fenêtre. Ce n’était ni un commissariat ni un bureau de police. Pendant plus de douze heures, ils m’ont battu et questionné en me hurlant dessus. Après ce "kidnapping", j’ai été conduit dans un centre spécial où on m’a forcé, par les coups, à signer une déclaration affirmant que je n’avais pas été frappé ni brusqué pendant mon arrestation. Je suis resté dans ce centre d’interrogatoire environ trente jours. Durant les interrogatoires et cette soi-disant enquête, mes bourreaux ont pratiqué sur moi toutes sortes de tortures physiques et psychologiques.
Les interrogatoires pouvaient durer plus de 30 heures d’affilées.

J’étais assis sur une chaise avec les mains entravées dans le dos et reliées aux chevilles par une corde. Une position très douloureuse. Un énorme climatiseur diffusait de l’air très froid directement sur mon visage. On m’a aussi affamé. Quand l’interrogatoire était terminé, on m’enfermait dans une pièce totalement noire. Je suis resté dans cette pièce aveugle pratiquement 30 jours, on m’en sortait régulièrement pour d’autres interrogatoires musclés.

Certains sont restés enfermés dans cette pièce, où il est impossible de distinguer le jour et la nuit, durant plus de trois mois… Pour aller aux toilettes, je devais demander à un gardien qu’il m’y conduise. Je ne pouvais pas y rester plus de 60 secondes, pas une de plus, sinon le gardien ouvrait la porte pour m’en sortir.
A l’appui de ses propos, M. Mahmoud al Weesi  montre la vidéo diffusée sur Internet de l’interrogatoire de Ahmed Manassa, un jeune garçon de 13 ans.

Avez-vous demandé l’assistance d’un avocat ?

Selon la loi israélienne, les enquêteurs ont le droit de vous empêcher de voir un avocat pendant 21 jours. Pendant cette période, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. C’est seulement après ces 21 jours de mauvais traitements que j’ai pu rencontrer un avocat. Quant à ma famille, elle a été prévenue de mon arrestation une semaine après les faits. Je n’ai pu la voir que quelques minutes.

Quelle était la nature de votre détention, était-ce une détention administrative ?

Non, ce n’était pas une détention administrative, c’était une détention irrégulière. Ils m’accusaient et disaient qu’ils avaient des preuves de ma culpabilité, mais ils n’en avaient aucune. Mon avocat m’a dit qu’ils voulaient me condamner à 10 ans de prison. Il a négocié avec eux et ils m’ont proposé 7 ans… j’ai  accepté. Mais il y a des prisonniers qui ne passent pas par le tribunal, ils sont en détention administrative et rien n’atteste qu’ils sont détenus puisqu’il n’y a pas eu de procès. Dans le cadre de la détention administrative, l’avocat du détenu n’a pas accès aux pièces du dossier car ces informations sont prétendues secrètes et réservées aux enquêteurs.

Avez-vous eu accès à des soins de santé pendant votre détention ?*

En prison, il n’y a pas de soins de santé ! Izmir Chaddate était prisonnier depuis dix ans, il souffrait de maux d’estomac et demandait sans cesse à voir un docteur. En réponse, on lui donnait du paracétamol qui ne le soulageait pas. Au bout de deux ans, il a enfin pu passer des examens qui ont révélé qu’il avait un cancer. Pendant deux années, il a pris du paracétamol alors qu’il avait un cancer… Après le diagnostic, il n’a pas été soigné pour autant et son cancer s’est généralisé. Il est aujourd’hui dans une situation très critique.

Quand j’étais détenu, une centaine de prisonniers a entamé une grève de la faim pour demander l’application de leurs droits : que leurs familles puissent les visiter, qu’ils aient une nourriture suffisante, qu’ils soient traités avec dignité…

L’unité spéciale Masada, chargée d’intervenir à l’intérieur des prisons pour punir les prisonniers, par la répression, est entrée en action. Un millier de membres harnachés de gilets et de masques de protection a investi la prison au milieu de la nuit. Par la petite fenêtre de ma cellule que je partageais avec 10 autres, ils ont envoyé une sorte de gaz, qui nous donnait l’impression de nous asphyxier, que nous allions mourir. Puis, ils ont jeté une bombe électronique pour nous paralyser totalement. Nous étions dans  l’impossibilité de bouger, même un doigt. Puis, ils sont entrés dans la cellule, nous en ont sorti, nous ont déshabillé et laissé en sous-vêtements par terre jusqu’au lendemain. Alors que nous étions au sol, nous avons été insulté et frappé, l’un de mes amis a eu les dents cassées.

Quelle est la fréquence des droits de visites ?

Toutes les deux semaines, mais les familles palestiniennes sont emmenées par le bus de la Croix Rouge, un service qui n’existe qu’une fois par mois.

Les palestiniens qui vivent en Israël ont-ils les mêmes conditions de détentions que les juifs d’Israël ?

La loi dit que les palestiniens qui vivent en Israël doivent être traités comme les juifs d’Israël. Mais ce n’est pas la réalité, les juifs en prison ne subissent pas les mêmes traitements. Les palestiniens qui ont la nationalité israélienne sont détenus avec les prisonniers palestiniens dans les mêmes conditions qu’eux. Les Israéliens vivent seuls, peuvent téléphoner à leur femme, recevoir la visite de leur famille et amis sans restriction. Les palestiniens ne peuvent recevoir que la famille en lien direct. Les juifs, après trois mois, peuvent demander une interruption de peine et sortir, disposition qui n’est pas accessible aux Palestiniens. C’est un fait, l’application des peines entre Palestiniens de nationalité israélienne et les juifs israéliens, est très différente. Yoham Sckolneck, un soldat juif, a été arrêté en 1993 pour avoir tué un Palestinien lors d’une interpellation alors qu’il était entravé. Le tribunal l’a condamné à perpétuité avant de commuer sa peine à 11 ans de prison. Par comparaison, Samir Tsatsahoui, un Palestinien de nationalité israélienne qui a été condamné à perpétuité en 1988 pour avoir jeté une petite bombe dans un marché qui n’a tué personne : il est toujours en prison. Les exemples sont nombreux.

7

Nombre d'années passées en détention par Mahmoud al Weesi

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Un état des lieux en chiffres

  • Au mois de juillet 2016, 7 000 prisonniers palestiniens dont 62 femmes sont incarcérés dans les prisons israéliennes.
  • 350 enfants de moins de 18 ans sont détenus dans les prisons militaires israéliennes, nombre qui a triplé en une année.
  • 458 prisonniers ont été condamnés à des peines de prison à vie, et 459 à des peines de plus de 20 ans de prison.
  • Selon le Club des Prisonniers Palestiniens, 1 700 prisonniers malades sont incarcérés dans les prisons israéliennes ; 25 d’entre eux seraient dans un état critique et ne recevraient pas les traitements appropriés.
  • Un prisonnier peut être détenu pendant 90 jours sans voir un avocat, période qui peut être étendue une fois, soit 180 jours au total.

7 000

prisonniers palestiniens dans les prisons israëliennes

Documentaire : Palestine, la case prison

Un film de Franck Salomé

Le documentaire Palestine : la case prison naît de rencontres avec des familles de prisonniers en lien avec des associations françaises, palestiniennes et israéliennes de défense des droits de l’Homme dont Plateforme Palestine.
En 2012 à Ramallah, Maïs, une jeune fille de 13 ans, raconte l’arrestation de son père, sa peur de la nuit et son angoisse de ne jamais le revoir. À travers son récit, ressort à la fois l’impact personnel et familial de l’emprisonnement d’un proche mais aussi les conséquences sur la société et sur l’avenir de la jeunesse palestinienne.
À travers des interviews d’anciens détenus et de leurs familles, ainsi que de juristes palestiniens, israéliens, internationaux et d’anciens soldats mobilisés, ce documentaire met en lumière les mécanismes d’un système d’oppression qui dépasse les murs de la prison et maintient toute une société sous la menace permanente d’un emprisonnement arbitraire.

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