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France : Fleury-Mérogis, dans le quotidien des familles de détenus, "captives à l’extérieur"

Source – Le Parisien

Elle accélère le pas. Stressée. Pressée. A chaque personne qu’elle croise devant la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, la même question : "Vous avez un sac zippé ?" Cette femme de détenu tourne en rond sur le parking des visiteurs avec, en main, un cabas non zippé contenant les vêtements prévus pour son conjoint. Le temps s’écoule. Sans sac réglementaire, elle va rater l’heure de son parloir. Dans le milieu carcéral, on appelle ça un "parloir fantôme".
"C’est la hantise des détenus, ils n’aiment vraiment pas ça. Pendant 45 minutes, ils attendent dans la cabine sans savoir pourquoi la personne n’est pas venue. Ça les rend fous", explique Sophia, une maman qui rend visite à son fils trois fois par semaine. Aussi souvent que possible, malgré les 500 km qui séparent son domicile de la plus grande prison d’Europe.
La femme au cabas trouve finalement le bon sac exigé par l’administration pénitentiaire dans une épicerie toute proche où les familles des nouveaux détenus défilent souvent dans l’urgence. "C’est une de nos sources de stress", poursuit Sophia.

Les suicides inquiètent

Fleury-Mérogis est la plus grande prison d’Europe, avec, au 1er janvier dernier, 4 504 personnes incarcérées pour 2 857 places. Avec une surpopulation de 165,18 % à la maison d’arrêt pour hommes. Ces dernières semaines, les agressions se sont multipliées dans la prison et les suicides de détenus sont en augmentation. Huit d’entre eux ont mis fin à leurs jours. Un contexte dans lequel les surveillants sont également mobilisés contre les agressions en série, les syndicats dénonçant le suicide de collègues. Début mai, un petit groupe de proches inquiets du climat a improvisé un mouvement de grogne devant la prison. En cause, notamment "l’attitude de surveillants". "Quotidiennement, il y a des brimades, des humiliations, tempête Nadia. Des fouilles à nu systématiques alors que normalement, ils n’ont pas le droit." Des propos formellement niés par les surveillants. Cette autre femme s’énerve : "C’est une honte !" Une autre lance : "Dès qu’on sort du parloir, on a le cœur gros."

Des proches obligés de s’endetter

Pour rendre visite à son fils, Sophia, salariée dans le milieu médical, a laissé son travail de côté. Car pour décrocher un parloir, il faut s’armer de patience et pouvoir passer chaque semaine plusieurs heures au téléphone. Cette mère a aussi passé son permis de conduire en quelques semaines, acheté une voiture et souscrit des prêts. "J’ai déjà dépensé au moins 20 000 €, confie-t-elle. Je vais encore devoir prendre des crédits. Durant trois semaines, elle s’est logée dans un Airbnb proche de la prison. Les autres fois, elle allait dans les hôtels du coin. "Je ne suis pas habituée à la prison. Quand je suis arrivée, je ne savais pas comment cela se passait. J’entendais des mots, on me parlait de baveux, de chtar… Je ne connais pas ce vocabulaire et ce n’est pas celui de mon fils."

«Dès qu’on sort du parloir, on a le cœur gros»

"Nous avons peur avec tout ce qui se passe dans la prison. Dès que le téléphone sonne, nous pensons au pire", lâche Samia. "Nous sommes aussi en prison, estime Annie, dont l’époux est en détention provisoire depuis trois ans et demi. Nous réglons notre vie par rapport à ça. Il ne faut pas compter son temps ni son argent." Sophia reprend : "C’est tellement horrible tout ce que me raconte mon fils, que c’est impossible pour moi de rentrer et de dormir sachant ce qu’il s’y passe. Il a déjà changé. C’est quelqu’un de doux. Un jour, en plein parloir, il s’est levé et s’est mis à taper dans les murs. Je ne l’avais jamais vu comme ça. On sait que la prison c’est dur, que ce n’est pas un club de vacances, mais il y a des limites."

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