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Yémen : Le Drian interpelé sur une ex-usine de Total utilisée comme prison

Le site d’une ancienne usine du pétrolier français au Yémen est utilisé par les Emirats arabes unis comme centre de détention et d’interrogation. 51 parlementaires écrivent ce vendredi à Jean-Yves Le Drian pour demander à la France d’agir.

Il n’y a rien là-bas, si ce n’est une immense usine qui servait autrefois de liquéfaction de gaz. Depuis 2015, le long de la côte yéménite, face au golfe d’Aden et, plus loin, la Somalie, le site de Balhaf a été réquisitionné par les Emirats arabes unis. D’ordinaire, il est exploité par Yémen LNG, dont Total est actionnaire à 39,6%. Mais Total est parti quand la guerre est arrivée. L’entreprise ne sait pas quand elle pourra revenir. En attendant, les Emiratis utilisent les structures comme centre de détention.

L’an dernier, trois ONG ont publié un rapport démontrant comment le site gazier est devenu un erstaz de Guantánamo, pour reprendre la descirption qu’en faisait la députée Clémentine Autain l’an dernier à l’Assemblée. “Selon des sources ouvertes et des témoignages, il héberge depuis 2016 une milice - les forces d’élite de Shabwa - sous contrôle des Émirats Arabes Uni”, écrivaient l’Observatoire des armements, SumOfUs et les Amis de la Terre.

“Ces témoignages relatent des traitements inhumains et dégradants (privation de soins, tortures) commis par des soldats émiratis. (…) Les personnes qui s’y font enfermer sont généralement accusées d’appartenir à Al-Qaida sur la péninsule arabique (AQPA) (sur la base( souvent de soupçons sans fondement ou d’une vengeance personnelle”, pouvait-on lire sous la plume des ONG.

“La France n’a rien fait depuis un an. Il est temps qu’elle demande des comptes aux Emirats”, indique le député Hubert Julien-Lafferière à Libération. L’élu ex-LREM du Rhône est à l’origine d’un courrier envoyé ce vendredi à Jean-Yves Le Drian. Le texte a été cosigné par 50 autres parlementaires. Dans leur missive, ces élus - parmi lesquels on retrouve les députés Cédric Villani, Matthieu Orphelin, Delphine Batho, les insoumis Eric Coquerel, Alexis Corbière, Mathilde Panot, Bastien Lachaud, les communistes Fabien Roussel, André Chassaigne… - interpellent directement le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. “Il nous semble préoccupant de constater que l’usine de Balhaf, dont l’actionnaire principal est un fleuron de notre industrie, est instrumentalisée d’une façon contraire au droit international et aux conventions qui régissent le droit de la guerre. Notre inquiétude est d’autant plus vive que l’Etat a soutenu ce projet gazier depuis son lancement en 2009 par une garantie de crédit à hauteur de 216 millions d’euros. Par conséquent, il ne peut être toléré que l’argent public puisse contribuer, même indirectement, à participer à l’effort de guerre d’une puissance étrangère - les Emirats arabes unis - dont la responsabilité dans des crimes de guerre au Yémen est de plus en plus documentée”, écrivent-ils.

Le sujet avait été évoqué en novembre 2019 en commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Après la publication d’une enquête du Monde sur le sujet - enquête qu’évoque également le député Julien-Lafferière aujourd’hui -, la députée insoumise Clémentine Autain avait interpellé la ministre des Armées Florence Parly.

“La France vend des armes aux Emirats arabes unis. Mais si en plus ses entreprises privées prêtent main-forte pour des tortures et des exécutions sommaires telles qu’elles semblent avoir lieu depuis 2016 dans cette prison, je me demande vraiment où on va”, avait tonné l’élue de Seine-Saint-Denis.

“Il faut que la responsabilité française soit clairement engagée et qu’une entreprise comme totale puisse être interrogée sur sa responsabilité”, avait-elle ajouté. A l’époque, Florence Parly avait assuré ne pas avoir “d’information particulière sur Total et son rôle” dans l’organisation de ce centre. La ministre des armées notait également que l’usine n’était pas entièrement détenue par la société pétrolière. “Ce n’est donc pas une question exclusivement française”, ajoutait Parly, saluant par l’occasion le retrait annoncé des Emiratis du conflit yéménite.

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