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Syrie : le “piano” de la mort de la prison de Palmyre

Sauvé de la peine capitale en raison de son jeune âge et rescapé miraculeusement des pires geôles du régime syrien, l’écrivain Mohammed Berro a vu mourir sous ses yeux des centaines de détenus politiques. Il a finalement réussi à raconter ce qu’il croyait être l’indicible.

Attention cet article traite de faits violents.


Dans la prison de Tadmor, près de Palmyre, Mohammed Berro est arrivé un mois tout juste après le massacre de près d’un millier de détenus politiques, perpétré le 26 juin 1980 à l’initiative de Rifaat al-Assad, frère cadet du chef de l’État syrien. Avec ses codétenus, il a dû laver longuement les murs couverts de chair humaine et de cheveux –les tueurs, tous membres des «Saraya al-Difaa al-Thaoura» («Brigades de défense de la révolution»), avaient tiré et lancé des grenades par les trappes situées au-dessus des immenses cellules.

“Je n’ai pas pu commencer de nettoyer tout de suite car j’étais trop abîmé par les précédentes tortures. Comme ils m’avaient arraché les ongles des pieds dans la prison précédente, je ne pouvais plus marcher”, raconte-t-il d’une voix égale, sans aucune trace de colère ni d’amertume, comme s’il était parvenu à atteindre une certaine neutralité, à l’occasion d’un voyage à Paris.

Selon les chiffres de Human Rights Watch, cette tueriemassive, qui durera une grande partie de la journée, a fait entre 600 et 1000 morts. Elle annonce l’actuelle guerre civile en Syrie.

Dans cette prison située aux portes du désert, Mohammed Berro verra, chaque jour, la mort et la folie à l’œuvre depuis la cellule qu’il partage avec des dizaines d’autres détenus : celle-ci est située en face de la salle d’exécution. Les prisonniers sont parvenus à percer des trous dans la porte et ne peuvent s’empêcher de regarder en direct les pendaisons qui, pendant son incarcération, ont d’abord lieu deux fois par semaine, les samedis et les mercredis, puis une seule fois.

À Tadmor, on décède aussi beaucoup sous la torture. Les séances ont lieu trois fois par jour, comme s’il s’agissait d’un repas, sans compter les coups donnés par les gardiens pendant l’appel. Deux fois par semaine, c’est la douche. “Les prisonniers doivent alors courir complètement nus en file indienne pendant un kilomètre et demi entre une haie de gardes-chiourme qui les frappent” raconte Mohammed Berro.

Tadmor-Palmyre est regardée comme la plus effroyable des prisons syriennes. Le poète Faraj Bereqdar, qui y fut détenu, l’appelle “le royaume de la mort et de la folie”.

Pour en savoir plus sur les condamnations à mort dans le monde, découvrez notre dossier Au pays des morts vivants.

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