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Suisse : Champ-Dollon, prison impossible à réformer

Depuis plusieurs mois, un projet de réforme suscite la révolte des haut gradés de l’établissement. Face à cette insurrection et alors qu’un audit relève une forte résistance au changement, le conseiller d’Etat Mauro Poggia éteint les incendies les uns après les autres. Récit d’une prison transformée en terrain miné.

On les appelle les “irréductibles de Puplinge”. Ce sont les gradés de la prison de Champ-Dollon qui résistent aux réformes, fomentent la révolte, poussent à la démission leur directeur et boycotent un groupe de travail dans l’espoir d’obtenir aussi la tête du patron de l’Office cantonal de la détention. Intrigues, rumeurs, pressions, la série Dallas fait pâle figure à côté du feuilleton qui se joue sur le terrain carcéral genevois. Aux prises avec ces tensions, le conseiller d’Etat Mauro Poggia monte au front, improvise, éteint les incendies les uns après les autres et bricole des solutions sans véritable vision stratégique. Un semblant de calme est revenu en ce début d’année après la nomination surprise d’un nouveau tandem aux commandes de cet établissement bondé et délabré, mais le feu couve toujours.

Pour comprendre les ressorts de la discorde, il faut remonter dans le temps et constater que les interminables conflits de personnes font désormais partie de l’histoire de ce!e prison pas comme les autres. L’ancien conseiller d’Etat Laurent Moutinot faisait d’ailleurs remarquer qu’en arrivant à la tête du département concerné, il pensait que le plus difficile serait de s’occuper de la police, avant de réaliser l’étendue du magma pénitentiaire. Et pour cause. Il a dû gérer une crise au sommet dont certains ingrédients rappellent furieusement ce qui se passe aujourd’hui.

Le premier conflit éclate au grand jour en 2006. Celui-ci oppose Laurent Beausoleil, alors directeur de Champ-Dollon, et Constantin Franziskakis, patron de ce qui s’appelle encore l’O“ce pénitentiaire.

Pendant ce temps, le département décide de faire passer provisoirement Champ-Dollon sous la coupe du secrétariat général du département pour calmer les esprits (une idée qu’on a vue ressurgir ces derniers mois). L’apaisement sera de courte durée. Fin 2007, Laurent Beausoleil donne plutôt que de retourner sous la tutelle de l’office. De retour aux affaires et prêt à revenir à un poste plus proche du terrain (il avait déjà dirigé ad interim la prison), Constantin Franziskakis prend la place de celui qui vient de le fuir. “Je n’ai aucun souci par rapport à ma subordination future au directeur de l’office”, déclare à l’époque le nouveau boss de Champ-Dollon. La réalité se révélera autrement plus compliquée. Durant plusieurs années, l’explosion des chiffres de la criminalité, la surpopulation galopante, la sanglante récidive d’un détenu du centre de sociothérapie, les émeutes, les tensions syndicales et les grèves mobilisent l’essentiel de l’énergie politique et médiatique, laissant les querelles personnelles dans l’ombre.

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