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RDC : à Kinshasa, onze morts dans l’enfer de la prison de Makala

C’est un responsable de la prison centrale de Makala à Kinshasa (République Démocratique du Congo) qui a anonymement alerté l’Agence France-Presse: au moins 11 détenus y sont morts depuis le début de l’année, à cause d’une rupture de stock en nourriture et en médicaments. “Les trois derniers sont décédés hier (lundi), parce qu’il n’y avait pas de médicaments pour les soigner et leurs familles n’avaient pas de moyens”.

Il semblerait que depuis octobre, l’État congolais n’ait pas payé les fournisseurs de médicaments et de nourriture de la prison, aggravant encore les conditions de détention de la prison de Kinshasa. Le ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, s’est justifié, tant bien que mal lundi, déclarant qu’“il y a eu du retard dans le paiement des fournisseurs, ce qui justifie ces ruptures de stocks à la prison centrale de Makala. Mais, la situation a été régularisée depuis (…) Il y a près de 9000 prisonniers. Le nombre d’une dizaine de morts peut se comprendre. Mais, il faut aussi que des médecins nous disent si ces morts ont pour cause ces ruptures de stocks en médicaments et en nourriture”.

Le centre de détention est tristement réputé pour son état de délabrement et sa surpopulation, qui en font un véritable “enfer sanitaire”. La prison centrale de Makala est le plus grand centre pénitentiaire de Kinshasa. Construite en 1958, alors que la capitale ne dénombrait que 500 000 habitants contre 13 millions aujourd’hui, elle compte près de 9000 prisonniers dépassant très largement la capacité d’accueil de 1500 places .

150 personnes dans une salle de moins de 30m²

Le 10 décembre 2019, l’avocat Bruno Langhendues, membre de l’ONG Avocats sans frontières avait déjà alerté sur l’état des prisons en RDC. Dans une interview au magazine belge La Libre Afrique, il avait alors déclaré que “la situation dans les prisons de la République Démocratique du Congo est catastrophique”. Amnesty International a dressé un constat identique, déplorant des conditions de détention très mauvaises dues à un manque d’eau potable, de nourriture et de soins médicaux.

Le chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a pourtant lancé dans le cadre de son Programme d’urgence de 100 jours, la modernisation de la prison de Makala pour la mettre aux normes internationales. Cependant, alors que les travaux de réhabilitation ont commencé, les détenus sont contraints de vivre dans une plus grande promiscuité.

Dans un article paru le 7 octobre, Jeune Afrique avait mené l’enquête en se rendant sur place. Le témoignage des gardiens confirmait déjà l’arrêt de distribution de la nourriture. “Cela fait trois semaines que nous attendons notre ration”, rapportait l’hebdomadaire.

La vie en détention y apparaît anarchique, sans policiers, directement encadrée par les prisonniers les plus âgés. Sans réelle surveillance ni contrôle, les évasions sont courantes. Les conditions sanitaires y sont catastrophiques: 150 personnes dans une salle de moins de 30m² par une chaleur étouffante. Le gouvernement a mis l’accent sur le désengorgement de ses prisons, mais c’est toute l’organisation pénitentiaire du pays qui est à revoir.

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