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Nouvelle-Zélande: une prison entièrement détruite après six jours d’émeutes

Un groupe de prisonniers s’est violemment soulevé, dans le nord du pays, dénonçant ses conditions d’emprisonnement. L’émeute carcérale, la plus longue et la plus violente survenue en Nouvelle-Zélande depuis des dizaines d’années, a ravagé la prison.

Seize hommes se sont livrés pacifiquement, dimanche 3 janvier peu après midi, après six jours d’intenses émeutes sur le site pénitentiaire de Waikeria. Ils laissent derrière eux des bâtiments en ruines et un lot de revendications concernant leurs conditions d’incarcération que liste le New Zealand Herald : “l’eau qui coule des robinets est marron, le linge de lit est sale et leurs repas sont apportés dans des sacs en papier”.

Durant près d’une semaine, les détenus ont affronté le personnel pénitentiaire et allumé plusieurs incendies qui ont ravagé l’intégralité de leur prison, forçant à l’évacuation d’environ 200 camarades. Ils se sont finalement rendus après s’être entretenus avec le député de la zone, Rawiri Waititi. “Ils sont fatigués et affamés, mais restent déterminés à faire changer les choses”, a rapporté l’homme politique, coprésident du Parti maori.

“Rien ne peut excuser ce que ces hommes ont fait”, a réagi un haut responsable des services correctionnels néo-zélandais, Jeremy Lightfoot. Le ministre des Services pénitentiaires, Kelvin Davis, a contesté aussi les motifs avancés par les émeutiers et a souligné leur appartenance à des gangs de motards actifs en Nouvelle-Zélande, les Mongols et les Comancheros.

Lors d’une conférence de presse le 3 janvier, “il a affirmé que ces hommes n’avaient pas exprimé de doléances au sujet de leurs conditions de détention avant le mouvement de protestation, rapporte Stuff. Mais le whanau (mot maori désignant la famille élargie) des prisonniers a assuré que c’était faux”. Dans une déclaration, ils ont assuré que les prisonniers avaient tenté à plusieurs reprises de déposer des plaintes mais que celles-ci étaient “écartées à chaque fois”.

Comme le rapportent régulièrement les médias locaux, à l’instar de Stuff, les Maoris représentent au moins la moitié de la population carcérale en Nouvelle-Zélande, alors qu’ils ne sont que 15 % de la population générale. En outre, “pour un même crime, les Maoris sont plus souvent envoyés en prison que les Pakeha (Néo-Zélandais d’origine européenne)”.

“Quels que soient les événements qui ont déclenché ces émeutes, l’indignité des conditions de détention a joué un rôle crucial”, remarque Paul Hunt, le chef de la Commission des droits humains, qui a immédiatement ouvert une enquête. “Nous verrons ce que l’enquête conclura, mais il ne faudra pas oublier que les enquêteurs du défenseur des droits répètent depuis des années que, dans beaucoup de nos prisons, les conditions de détention sont déplorables et ne respectent pas les droits humains fondamentaux.”

La fermeture de la prison, décrite comme vétuste, était d’ailleurs imminente, note le New Zealand Herald. La construction d’un nouvel établissement devait être terminée l’année prochaine pour accueillir l’ensemble des détenus. “Même les surveillants pénitentiaires ont reconnu que cette prison était dans un état scandaleux”, abonde Rawiri Waititi.

“Lorsque l’injustice devient la norme, protester devient nécessaire. Ces hommes sont le produit d’injustices, et en protestant ils ont changé à jamais le visage de l’administration pénitentiaire.” L’émeute survenue à Waikeria, la plus longue et la plus destructrice que la Nouvelle-Zélande ait connue depuis plusieurs décennies, devrait effectivement laisser des traces sur le système carcéral du pays.

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