Interview

La prison peut-elle être au service de l'émancipation des femmes ?

La lutte contre les violences faites aux femmes doit-elle attendre quelque chose de la prison ? Pas forcément.

Les femmes sont, chaque année, 213 000 à subir des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Cent quarante-six1 sont tuées en 2019. La lutte contre les violences faites aux femmes doit-elle nécessairement s’accompagner d’un durcissement des sanctions pénales ? Gwenola Ricordeau défend une autre approche. Chercheuse française installée aux États-Unis, elle est actuellement professeure assistante en justice criminelle à la California State University, Chico (Californie). Ses premières recherches portent essentiellement sur les proches de prisonniers, le genre et la sexualité en prison.

Féministe et militante pour l’abolition du système pénal, Gwenola Ricordeau est l’auteure de Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux, 2019). Prison Insider lui pose trois questions.


  1. “En 2019, le nombre de féminicides a augmenté de 21 %”, Le Monde du 18 août 2020, consulté le 26 octobre 2020 

Je dis au contraire que la prison et, plus largement, le système pénal, ne peuvent pas être mis au service de l’émancipation des femmes

Le recours accru au système pénal n’est pas la seule option disponible

Je crois davantage à la puissance d’une autonomie qui se construit collectivement qu’à une protection qu’on devrait attendre de l’État – car ce qui est donné peut toujours être repris.

Pour elles toutes

Femmes contre la prison

Elles représentent 2 à 10 % de la population carcérale mondiale mais elles sont partout. Devant les portes, au parloir, sur les trottoirs, à l’autre bout des lettres et des mandats. Gwenola Ricordeau dit les écouter toutes, les comprendre toutes, les aimer toutes.

Elles sont aussi dans les commissariats, pour celles qui portent plainte. Que peuvent-elles espérer de la prison ? La prison détruit, ça n’est pas chose nouvelle. Mais peut-elle réparer ? Pour l’auteure, c’est non. Elle ne veut la prison pour personne et nous accompagne au plus près de ses réflexions. La ligne de crête est étroite, le voyage est riche. On croisera les abolitionnistes Willem de Haan et Thomas Mathiesen, la quaker Ruth Morris. Plus loin, les liens que font Michelle Alexander et Angela Davis entre la prison contemporaine et des logiques esclavagistes. Puis celles qui luttent pour promouvoir d’autres approches (justice restaurative, cercles de care). Et tant d’autres qui dessinent un nouveau chemin. Celles qui sont dehors et qui portent “souvent plus que la moitié du ciel”, toutes celles qui, par leur présence, résistent aux murs inhospitaliers des prisons qui isolent et repoussent la plupart… sauf elles.

CG.


Pour elles toutes, femmes contre la prison, Lux, 2019, 240 pp.

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