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Inde : Covid et prison, la vie carcérale pour ces femmes oubliées de la pandémie

Safoora Zargar a été choquée lorsqu'elle a vu son lieu de vie en prison, mais le Covid allait rendre les choses encore pires.

Nous sommes en avril 2020, et cette étudiante indienne de 28 ans a été arrêtée par la police pour avoir participé à une manifestation. Un confinement national a été mis en place pour combattre la pandémie, et Safoora est sur le point de découvrir comment cela rendra son séjour dans la prison de Tihar à Delhi, le plus grand complexe pénitentiaire d’Asie du Sud, encore plus infernal.

Il n’y avait qu’une seule bouteille de désinfectant dilué pour tout un service. Il y avait aussi des distributeurs, mais ils n’étaient jamais remplis”, dit-elle à la BBC. Elle a utilisé son propre stock de désinfectant pour nettoyer son environnement.“Ils m’ont donné la moitié d’un morceau de savon lorsque je suis entrée dans la prison et des masques khadi (couvre-chef rudimentaire en coton filé à la main) ont été remis à chaque prisonnière.“

Les conditions dans la prison - comme tant d’autres dans le monde - étaient épouvantables. Avant le début de la pandémie, le taux d’occupation des prisons en Inde était de 118% ; celui de Tihar était de 175%.

“La cellule puait. On m’a donné une natte usagée. Je dormais sur une natte qui avait été utilisée par tant de personnes”

Mais pour aggraver les choses, Safoora était enceinte de trois mois au moment de son arrestation. “J’ai dû passer une échographie. C’était une expérience horrible - le médecin ne voulait même pas me regarder, le personnel de l’hôpital ne voulait pas me parler”, raconte-t-elle. Safoora pense qu’on l’évitait parce qu’elle était prisonnière, mais ce n’était que le début de son calvaire. “Après être revenue de l’échographie, j’ai été envoyée en quarantaine pendant 15 jours”, ajoute-t-elle. “Quarantaine” est un mot redouté dans la prison de Tihar. La mise à l’isolement est généralement utilisée comme une punition pour un mauvais comportement. “La nourriture est servie par une petite ouverture. Personne ne vous parle. Il n’y a aucune interaction humaine”, dit-elle.“Les toilettes sont juste un trou sur le sol.“

Safoora a ensuite été déplacée dans une cellule avec deux autres détenues.
La cellule avait suffisamment d’espace pour que nous puissions dormir, mais pas assez pour maintenir une distance sociale”. Lorsqu’elle a eu la possibilité de se déplacer un peu, elle a commencé à s’inquiéter de la possibilité d’attraper le virus par les gardes qui entraient et sortaient de la prison.“J’avais vraiment peur d’attraper le Covid, car si je l’attrapais, je devrais supporter l’isolement pendant une période beaucoup plus longue“, explique Safoora.
Un seul point d’eau desservait plus de cent prisonnières et elle a vu de nombreuses prisonnières s’entasser dans la cuisine et les salles à manger.

Un autre effet secondaire de Covid est que l’ensemble du processus de justice pénale prend beaucoup plus de temps. Les détenus n’étaient pas autorisés à recevoir des visites régulières, ce qui retardait l’accès à l’aide juridique. Safoora a donc dû attendre 20 jours avant de rencontrer son avocat pour la première fois, et 15 jours avant de pouvoir voir un membre de sa famille. Pendant tout ce temps, l’horloge tournait, et Safoora était horrifiée à l’idée d’accoucher en prison.

Des problèmes tels que la surpopulation et le manque d’installations de base - nourriture, toilettes, salles de bains et soins médicaux adéquats - affligent les prisons de nombreux pays en temps normal, mais le Covid a présenté des défis supplémentaires.

Dans de nombreux pays, les femmes se retrouvent sans produits sanitaires et autres articles essentiels”, a confié Olivia Rope, directrice exécutive de Penal Reform International, à la BBC. Elle explique que de nombreuses femmes comptent sur les membres de leur famille pour leur fournir ces produits et que l’interdiction des visites les prive de ce lien vital. Cela signifie également qu’elles ne peuvent pas voir leurs enfants, avec des ramifications psychologiques évidentes pour la mère et l’enfant

Un récent rapport d’Amnesty International a examiné les effets de la pandémie sur les populations carcérales. Il a révélé que la plupart des pays n’ont mis en place aucune stratégie pour prévenir les épidémies de Covid dans les prisons, et que les prisonniers sont rarement mentionnés dans les plans de vaccination nationaux. Le rapport calcule qu’il y a environ 11 millions de prisonniers dans le monde, dont environ 741 000 sont des femmes ou des filles (ce qui représente de deux à neuf pour cent de la population carcérale totale dans la plupart des pays). Mais beaucoup de ces détenus ne sont pas des criminels : on compte parmi eux des suspects emprisonnés avant ou pendant leur procès, des détenus préventifs, des militants politiques et de nombreux journalistes.

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