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Belgique : les détenus et leurs proches sont en colère et se sentent oubliés

Aujourd’hui, des détenus et des proches de détenus ont fait parvenir une lettre à la Première ministre Sophie Wilmès, au ministre de la justice Koen Geens et aux bourgmestres des villes où sont installées les prisons. Le Collectif de Luttes Anti-Carcérales (CLAC) se fait le porte-voix de leurs revendications.

La lettre commence par présenter un état des lieux des prisons. Les situations diffèrent de l’une à l’autre, mais dans l’ensemble, le matériel de protection est complètement absent pour les détenus à l’exception de ceux qui distribuent la nourriture et le linge. Quant aux agents pénitentiaires, ils doivent porter masques et gants, mais les témoignages de détenus montrent que ce n’est pas toujours le cas.

Qu’en est-il de l’hygiène ?

Les détenus demandent à recevoir des gants et des masques, mais aussi du gel hydroalcoolique. Ils demandent aussi à pouvoir bénéficier d’une douche quotidienne.

Certains détenus présentent des symptômes du Coronavirus. Ceux-ci sont parfois mis à l’isolement. “Ils se sentent sanctionnés parce qu’ils sont isolés, mais en même temps, on ne veut pas les dépister. C’est problématique”, dénonce Lucie, membre du Collectif.

Les détenus et leurs proches demandent aussi à ce que toute nouvelle personne qui entre en prison soit dépistée.

Et les visites ?

Une autre difficulté pour les détenus, c’est l’absence de visite. Celles-ci sont interdites depuis plus d’un mois. Aucun système n’a été mis en place pour permettre des contacts, ne serait-ce que virtuellement.

Dans certaines prisons, du crédit d’appel supplémentaire a été offert aux détenus, mais selon le Collectif de Luttes Anti-Carcérales, c’est de la poudre aux yeux. “Tout est beaucoup plus cher en prison. 10€ de crédit, ça n’équivaut à strictement en rien en termes de minutes d’appel”, avance Lucie. Elle ajoute : “C’est une mesure pour l’extérieur, pour dire : “on a fait quelque chose pour les détenus”, parce que dans les faits, ça change très peu de choses”.

Le Collectif relaie donc la demande des détenus : permettre la visite d’un proche en respectant les mesures sanitaires. “Les personnes en maisons de retraite ont droit à des visites. On ne voit pas pourquoi il y a une différence de traitement entre certaines personnes confinées dans un endroit et d’autres”.

Détenus libérés, enfin pas vraiment

Ces dernières semaines, près de mille détenus ont pu quitter l’enceinte des prisons. Mais selon le Collectif, il s’agit surtout d’un cadeau empoisonné. En effet, la plupart des détenus libérés bénéficient d’une suspension de l’exécution de la peine. Lucie précise : “Les jours passés à l’extérieur, il faudra les purger à un moment donné. Autrement dit, la date de fin de peine, elle est prolongée d’autant de temps qu’ils sont en train de passer à l’extérieur”.

Pour le Collectif, laisser sortir les détenus aujourd’hui, c’est pourtant la base minimum pour protéger les gens qui sont en détention. “Ça devrait être simplement un aménagement de peine, que les gens qui sortent maintenant soient encore considérés comme étant en train de purger leur peine”.

En colère et oubliés

Les détenus et leurs proches se sentent oubliés et développent un gros sentiment d’injustice. Ils ont l’impression d’être invisibilisés par la société. La crise du Coronavirus ne fait que mettre en lumière une situation déjà préexistante, mais cette fois-ci avec une lumière d’autant plus crue.

Avec leurs revendications, les détenus, mais aussi les membres du Collectif, espèrent lancer une vraie réflexion pour l’avenir des prisons. Et que cela permette de repenser le système pénal et carcéral.

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