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Turquie : les mots s'effacent

— Publié le 10 avril 2018

Havre vient d’Iran. Accusé d’avoir aidé, en 2011, un "membre d’une organisation terroriste" à entrer dans le pays, il est arrêté. Il est prisonnier en Turquie depuis six ans ; il a été emprisonné dans quatre prisons différentes.

Désormais condamné à la "perpétuité aggravée" 1, son histoire est celle de privations accumulées : privation de liberté, de sa famille, de sa langue maternelle.


  1. La peine de prison à perpétuité aggravée (a ğırlaştırılmış müebbet hapis en turc, aggravated life imprisonment en anglais) soumet le prisonnier à un régime strict de sécurité. Pour en savoir plus sur le système pénitentiaire en Turquie et la perpétuité aggravée, consultez notre fiche pays

Je suis en train d’oublier ma langue maternelle

Au cours de mes six ans d’emprisonnement, ma famille est venue plusieurs fois en Turquie depuis l’Iran pour me voir. Mais le ministère de la Justice turc n’a jamais accepté d’autoriser ces visites, ruinant à chaque fois leurs espoirs.
En fait, ils ont eu, une seule fois, une autorisation de visite, alors que j’étais emprisonné à la prison de Diyarbakır. Mais, trois ou quatre mois après, j’ai appris que l’administration pénitentiaire avait refusé cette visite.

En 2015, lors de mon procès, à Van, ma mère, mon père et mon frère sont venus d’Iran pour assister à l’audience. Le greffier les a empêchés d’entrer. Les autorités ont rejeté, ou même tout simplement ignoré, leurs demandes répétées de me voir.

Lorsque j’étais à Diyarbakır, ma famille a rempli et envoyé tous les documents nécessaires pour obtenir un appel téléphonique. Ces documents ont été perdus par l’administration, qui a ignoré toutes leurs demandes d’entrer en contact avec moi.

— Perdre ses mots

Ma langue maternelle est le persan. Mais à mesure que le temps passe, je perds même ma capacité à l’écrire. Je suis en train d’oublier ma langue maternelle.
Après des années, j’ai pu obtenir l’autorisation de communiquer avec ma sœur aînée. Je suis incapable de lui parler : je ne sais presque m’exprimer. J’ai honte.
Au téléphone, ma nièce m’a dit qu’elle ne comprenait pas ce que je lui disais

J’ai le même problème avec la radio. Les radios qui captent les fréquences des stations en persan sont interdites à la vente. Il se passe des choses importantes en Iran et je ne sais rien à leur sujet. Ici, je suis contraint à lire et écrire en turc.


Havre, pour Prison Insider

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