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Mauritanie : les prisons changent, les problèmes restent

Publié le 16 mai 2018.

Abass 1 circule en voiture, durant l’été 2016, dans le quartier de Tevragh Zeina à Nouakchott (Mauritanie). Il est arrêté par des agents habillés en civil de la Direction de la sûreté du territoire (DST). Placé dans leur véhicule banalisé, il est emmené les yeux bandés au commissariat de la police judiciaire. Il y reste quatre jours, avant plusieurs transferts. Planète Réfugiés récolte, en mars 2018, son témoignage.


ABASS DÉCRIT ce commissariat comme un enfer. Il y est maltraité et giflé à plusieurs reprises. On lui écrase à plusieurs reprises le visage contre le sol carrelé. Dès son arrivée, il est entravé, menotté et forcé à marcher. Abass est interrogé à plusieurs reprises. Des questions sur l’IRA-Mauritanie lui sont posées, ainsi que sur les sources de financement de ce mouvement. Lors de la première nuit, il est transféré dans un lieu secret.

Il y est torturé : on lui met un casque qui ressemble à un casque de moto, électrifié. Il reçoit des décharges. Il est également menotté et entravé, les mains placées derrière le dos, attachées à une corde accrochée au plafond.

Abass est remonté en hauteur, avant que la corde ne soit relâchée, puis sa descente arrêtée à quelques centimètres du sol. Il est frappé avec une matraque sur la plante des pieds.

Abass reste dans ce lieu secret de 1h à 4h du matin, avant d’être transféré à nouveau vers le commissariat de la police judiciaire de Tevragh Zeina. Durant son séjour, il n’a pas accès à un médecin. Il ne peut pas voir ses avocats avant le cinquième jour suivant son arrestation, dans le bureau du Procureur, à 4h du matin, avant d’être transféré à la prison de Dar Naïm.


  1. Le prénom a été changé. 

A Bir Moghrein, les problèmes médicaux sont traités avec des calmants.

De prison en prison : Dar Naïm, Zérouate, Bir Moghrein

Abass reste près de trois mois à la prison de Dar Naïm, avant d’être transféré dans des conditions particulièrement difficiles à la prison de Zouérate. Parti vers 4h du matin, les cinq voitures assurant le transfèrement de 20 personnes s’arrêtent vers 13h dans une école de la province du Choum, sur la route de Zouérate, pour manger.

Les détenus sont contraints d’uriner menottés et entravés, Les gardes nationaux en charge du transfèrement ne les laissent pas ouvrir leur braguette.

Les gardes refusent d’abord de laisser manger les détenus sans menottes. Après de vives négociations, ces derniers peuvent finalement faire leurs ablutions, prier, et manger les mains libres, avant de reprendre la route.
Les prisonniers arrivent à la prison de Zouérate vers 19h. Abass y reste près de 40 jours avant d’être transféré à la prison de Bir Moghrein, où il reste deux mois. Il obtient, deux semaines après son arrivée, un premier contact téléphonique avec sa famille. A Bir Moghrein, le problème majeur est l’accès aux soins. Il n’y a pas de médecins spécialistes à disposition. Les problèmes médicaux sont traités avec des calmants.

Abass ne voit pas de médecin à son admission à la prison de Zouérate, ni à celle de Bir Moghrein. Il est finalement libéré au début de l’année 2017, puis raccompagné au centre ville de Bir Moghrein, où il doit se débrouiller seul pour rentrer chez lui. Il débourse 20 000 Ouguiyas (soit l’équivalent de 60 euros) pour pouvoir se rendre à Nouakchott.
Depuis sa sortie de prison, Abass a perdu une partie de son audition à l’oreille droite. Il est de nouveau arrêté au début de l’année 2018, lors d’une manifestation à Nouakchott. Brutalisé, il doit passer une journée à l’hôpital pour des examens. Depuis son incarcération, il a des problèmes importants au niveau des testicules. Il ne peut pas se soigner, faute d’argent.

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