— Publié le 10 octobre 2018.

La Coalition mondiale contre la peine de mort et les abolitionnistes du monde entier célèbrent, le 10 octobre 2018, la 16ème Journée mondiale contre la peine de mort.
Celle-ci est dédiée aux conditions de détention dans les couloirs de la mort.

Jessica Corredor représente la Coalition au sein des organisations intergouvernementales et coordonne les campagnes menées tout au long de l’année. Prison Insider lui pose trois questions.

Le terrorisme est un vrai revers pour l’abolition de la peine de mort

Prison Insider. Quelles sont les grandes tendances de l'usage de la peine de mort dans le monde ?

Jessica Corredor. La grande tendance est celle du chemin vers l'abolition. En 1977, Amnesty International lance une campagne pour l’abolition de la peine de mort. Seuls 16 pays l’avaient alors totalement abolie. Aujourd’hui, ils sont 142 à l’avoir fait, en droit ou en pratique. C’est une vraie avancée.
Une autre tendance est celle que l’on remarque sur le continent africain. Nous disons souvent qu’il s’agit du prochain continent abolitionniste. Des bonnes nouvelles nous arrivent tous les ans depuis quelques années. Soient ils abolissent en droit, soient ils ratifient le protocole pour l’abolition de la peine de mort. Nous connaissons également des revers.

Certains pays qui étaient en moratoires depuis plusieurs années, et n’exécutaient plus depuis longtemps, se sont remis à le faire.

Le cas le plus dramatique que nous observons est celui du Pakistan. Non seulement le pays a repris les exécutions, mais à une cadence très élevée : c’est l’un des pays qui exécute le plus, aux côtés de l’Iran, la Chine, l’Arabie Saoudite et l’Irak. Le terrorisme est un vrai revers pour l’abolition de la peine de mort. Nombreux sont les pays qui se servent de lois anti-terroristes pour réinstaurer la peine de mort ou reprendre les exécutions.

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PI. Que deviennent les condamnés à mort dans les pays qui abolissent la peine capitale ?

JC.Je vais prendre l’exemple le plus récent que je connaisse, à savoir le Bénin. Le pays a adhéré, en 2012, au protocole facultatif visant à abolir la peine de mort. Il lui a fallu ensuite quelques années pour l’abolir officiellement, c’est-à-dire l’inscrire dans sa Constitution. Il restait 14 condamnés à mort. Des membres d’Amnesty International se sont mobilisés, en 2017, sur leur sort. Il s’agissait que leurs peines soient commuées en peines de prison à temps.

Il arrive aussi, comme les condamnations à mort ont été commuées et que les personnes ont déjà purgé une grande partie de leur peine, que celles-ci soient libérées assez rapidement. Mais le processus aura été extrêmement long.

La commutation peut devenir une peine à perpétuité. Je pense surtout à des pays qui ont une peine de mort obligatoire pour certains crimes et qui l’abolissent. Lorsqu’une personne est condamnée à la peine de mort obligatoire, en Ouganda par exemple, un procès commue sa peine en prison à vie. C'est aussi le cas au Malawi. À la suite de l’abolition de la peine de mort, la situation des personnes condamnées est révisée. Cela aboutit à de nombreuses libérations : la commutation ne transforme pas nécessairement la condamnation à mort en prison à vie.

Rares sont les pays qui ont des "couloirs de la mort" en tant que tels

PI. En quoi les conditions de détention diffèrent-elles pour les prisonniers condamnés à mort ?

JC. Cela dépend des pays. Si on pense aux États-Unis ou au Japon, des quartiers sont réservés aux condamnés à mort, au régime de détention vraiment à part. Les condamnés sont maintenus à l’isolement quasi complet, jusqu’à 22 heures par jour. Ils ont peu d'accès aux visites et aux activités.
Cela dit, dans de nombreux pays, comme en Afrique subsaharienne par exemple, les condamnés à mort vivent dans les mêmes conditions que la population générale. Rares sont les pays qui ont des "couloirs de la mort" en tant que tels. L’objectif de la Journée mondiale est de montrer que les conditions de détention sont inhumaines et très variables.

Les personnes condamnées à mort au Japon sont détenues dans des cellules dont la lumière reste allumée toute la nuit. Elles doivent demander l’autorisation de s’asseoir.

Celles emprisonnées en RDC vivent dans des établissements surpeuplés et disposent d’un seul médecin pour des centaines de prisonniers. La vraie souffrance est non seulement dans les conditions de détention, dans la surpopulation, mais aussi de "porter la peine". Il faut savoir qu’au Japon, au Pakistan ou en Biélorussie, le condamné n’est pas prévenu de son exécution. On vient vous chercher un matin. En Biélorussie, la famille n'est pas même informée. C’est cette souffrance que portent les personnes condamnées à mort. L'incertitude du moment de sa mort ou la connaissance de sa planification est tout aussi dur.


Pour aller plus loin

• Le site internet de la Coalition mondiale
• Le site internet d’Amnesty International
• La fiche détaillée proposée par la Coalition mondiale


Propos recueillis par Clara Grisot