Une occasion manquée d’approuver la réforme. Lisez le rapport complet d’Antigone.

– Publié le 25 septembre 2018.

Cela fait longtemps maintenant qu’Antigone s’efforce de convaincre le gouvernement de réformer le système pénitentiaire. Une loi devait apporter des changements significatifs, tels que :

  • l’assimilation des maladies mentales aux maladies physiques, afin de les prendre en charge de manière adéquate, médicalement comme judiciairement,
  • l'amélioration et la modernisation de certains des aspects de la vie en prison des personnes incarcérées,
  • la mention des Règles pénitentiaires européennes dans le nouveau code pénitentiaire,
  • l’élargissement des mesures alternatives, bien moins coûteuses que la prison, et bien plus efficaces pour diminuer la récidive et garantir la sécurité de la société. Ces mesures auraient été synonymes de progrès pour le système pénitentiaire, mais des événements récents montrent qu’il n’en sera rien.

D'après Antigone, ces réformes, bien que nécessaires, ne répondaient qu’à quelques unes des problématiques à traiter. Les principaux faits mis en avant par l'association dans son rapport annuel sont repris ci-dessous.

Une augmentation de 600 personnes sur les trois derniers mois

Population carcérale

Surpopulation

En 2012, avant que soit rendu l'arrêt Torreggiani, 65 701 personnes étaient détenues. À fin 2015, le nombre de prisonniers avait été ramené à 52 164.
Les chiffres sont toutefois repartis à la hausse depuis. Les prisons comptent 58 223 prisonniers en mars 2018, avec une augmentation de 600 personnes sur les trois derniers mois. Le taux de surpeuplement est estimé à 115.2 %.
Dans les dix établissements pénitentiaires les plus surpeuplés du pays, le taux d'occupation est compris entre 202.8 % (prison de Larino) et 173.7 % (prison de Podernone).
Pour autant, davantage de personnes emprisonnées ne signifie pas davantage de crimes. Le taux de meurtres est en chute libre. Il s’élève à 1 personne pour 175 000 habitants en Italie, alors qu’il est d'1 pour 20 000 habitants aux États-unis. Il y a moins d’homicides en Italie qu’au Royaume-Uni, qu’en Allemagne et que dans pratiquement tous les pays européens, pourtant le nombre de condamnés à perpétuité a augmenté.

Les étrangers incarcérés

Le nombre de résidents étrangers progresse, tandis que la présence d’étrangers en prison diminue : ils sont2 000 de moins qu’il y a dix ans.
En 2003, 1.16 % des étrangers en Italie ont fini en prison. Ce même taux s’établit aujourd’hui à 0.39 %. Il s'agit là d'une donnée remarquable, qui montre combien les messages alarmistes véhiculés durant la récente campagne électorale sont injustifiés.

Personnes détenues et présumées innocentes

L’Italie arrive en cinquième position des pays de l’Union européenne dont le taux de personnes placées en détention provisoire est le plus élevé. En 2017, 34.4 % des prisonniers attendaient leur procès. La moyenne européenne était quant à elle de 22 %.

Régime de détention

Mesures alternatives et permissions

Les peines d’emprisonnement ne sont pas partout les mêmes. Ainsi, à titre d’exemple, les juges de surveillance de l’exécution des peines de la région du Latium accordent sept fois moins de permissions temporaires que ceux de Lombardie.

Depuis peu, le nombre de contrevenants s’étant vu ordonner des mesures de mise à l’épreuve grimpe en flèche : le nombre de personnes astreintes à une telle mesure s’élève à 12 278 personnes en mars 2018. Il conviendrait dorénavant que l'investissement consenti dans les ressources sociales et humaines permette aux projets individualisés de se concrétiser.

Article 41 bis et haute sécurité : les chiffres

Le nombre de personnes placées sous le régime de l’article 41 bis de la loi sur l'administration pénitentiaire s’élève à 724 prisonniers (1.2 % de la population incarcérée). De plus, 8 862 détenus font l’objet de mesures de haute sécurité (soit 15 % des prisonniers).

8 862

nombre de détenus soumis à des mesures de haute sécurité

123 personnes ont trouvé la mort dans les prisons italiennes en 2017.

Santé

Suicides

D'après les données de RistrettiOrizzonti, 123 personnes ont trouvé la mort dans les prisons italiennes en 2017. Il s'agissait de suicides dans 52 cas (48 selon l’administration pénitentiaire), soit sept de plus qu’en 2016. Sur les trois premiers mois de l’année 2018, 11 suicides ont été enregistrés.

Le taux de suicide est passé de 8.3 en 2008 (l’année d’entrée en application du système de santé pénitentiaire) à 9.1 en 2017. Le nombre de tentatives de suicides décomptées en 2017 s’élève à 1 135 ; 9 510 actes d'automutilation ont été dénombrés sur la même période.

Santé en prison

Parmi les 86 prisons auxquelles Antigone a rendu visite, 59 ne possédaient pas de système d’enregistrement informatisé des dossiers médicaux. Ainsi, dans 69 % des cas, les informations concernant le patient qu’est la personne détenue sont recueillies, transcrites et consignées sur papier.
Seules 30 % des prisons visitées disposent d’équipements adaptés aux personnes handicapées.

Résidences pour l’exécution des mesures de sécurité (REMS)

Le nombre de personnes hébergées dans les 30 REMS1 s’élève à 599, dont 54 femmes (9 % de l’ensemble des femmes incarcérées, soit presque le double du pourcentage de femmes parmi les détenus). Le nombre de personnes détenues correspond à la capacité officiellement affichée par les prisons. Cela témoigne de la remarquable "résistance" dont font preuve les services de santé pour éviter la surpopulation. Toutefois, les "listes d'attentes" pour intégrer une REMS sont assez longues.


  1. une "Residenza per l'esecuzione delle misure di sicurezza" (REMS) est une structure sanitaire pour des prisonniers présentant des troubles psychiques et considérés comme socialement dangereux. Ces structures sont rattachées au département de la santé mentale(DSM) et leur gestion interne en dépend exclusivement. 

Education et emploi

Seules 23 % des personnes détenues sont scolarisées. Le taux d’emploi en prison est de 30 %. D'après les estimations d’Antigone, seuls 15.6 % des prisonniers travaillent pour quelqu’un d'autre que l'administration pénitentiaire. Parmi ceux-ci, certains sont en semi-liberté, tandis que d'autres sont employés à l’extérieur. Seuls 1.7 % travaillent pour le secteur privé.

Le nombre de prisonniers suivis en raison de leur radicalisation supposée s’est accru de 72% en un an

Religion

Le nombre de personnes détenues se déclarant catholiques s’élève à 32 219. Elles peuvent faire appel à 314 aumôniers pour répondre à leurs besoins spirituels.
Les musulmans représentent 7 194 prisonniers, mais seuls 17 ministres du culte sont à leur disposition. Parmi les personnes incarcérées originaires de pays musulmans, 42 % ne déclarent pas leur religion, probablement par peur de subir des discriminations.
Les orthodoxes sont au nombre de 2 481 détenus. 34 ministres du culte les accompagnent. Parmi les prisons visitées en 2017, 77 % ne disposaient pas d’un lieu de culte pour les cérémonies autres que catholiques.

Radicalisation

En 2017, le nombre de prisonniers suivis à cause de leur radicalisation s’est fortement accru par rapport à l'année précédente : 506 contre 365 en 2016 (72 % de plus). Il y a trois niveaux d'alerte : élevé, moyen et faible.

  • 242 prisonniers relèvent de la haute sécurité (32 % de plus qu’en 2016). Parmi eux, 180 sont incarcérés pour des infractions de droit commun (sans lien avec la radicalisation)
  • 150 prisonniers relèvent de la moyenne sécurité (100 % de plus qu’en 2016).
  • 114 prisonniers relèvent du niveau de sécurité bas (ils étaient 126 en 2016)

L'administration pénitentiaire a été à l'origine de plusieurs programmes de formation (européens pour la plupart) visant à combattre la radicalisation. En 2017, 758 des membres du personnel ont participé à ces projets.

Combien dépense-t-on ?

Le budget du département de l’administration pénitentiaire est estimé à 2 881 004 859 € en 2018, avec un coût journalier par personne détenue de 137€.
Il s’établit légèrement en baisse par rapport à 2017. Les dépenses correspondant au personnel civil ainsi qu'à la police pénitentiaire représentent 80 % du budget.

Les prisons italiennes comptent beaucoup de surveillants, peu d'acteurs sociaux et encore moins de médiateurs culturels. Les acteurs sociaux ont été particulièrement touchés par les coupes budgétaires. Le personnel a ainsi diminué de 27.3 %, passant de 1 377 à 999 membres.

Le rapport entre le nombre de personnes détenues et celui des gardiens s’établit à 1.8 pour 1. La moyenne est de 3.5 pour 1 dans les pays membres du Conseil de l’Europe.

Le théâtre est largement répandu sous ses différentes formes dans les prisons du pays. Il fait partie de l’histoire du système pénitentiaire

Trois bonnes pratiques du système pénitentiaire italien

1. Universités

Contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, l’administration pénitentiaire italienne entretient de bonnes relations avec les universités publiques. Dans certaines régions, les prisonniers suivent des cours et sont tutorés par les universités. Certaines d’entre elles ne font pas payer de frais d'inscription. Le nombre de détenus inscrits s’élève actuellement à 300 environ.

2. Informations en provenance des prisons

Grâce aux informations émanant des personnes détenues, ce qui se passe en prison est connu. RistrettiOrizzonti (horizons restreints), un magazine édité par les prisonniers, fait figure d’exception à l’échelle internationale dans le monde de l’information. Le monde extérieur est informé des événements à l’intérieur des prisons au travers des communiqués de presse publiés par RistrettiOrizzonti et des travaux dont les personnes détenues sont à l'origine.
De même, l'administration pénitentiaire ne censure pas les informations délivrées par les prisonniers à Jailhouse Rock, une émission diffusée sur un réseau de radios locales, une marque d’ouverture et de transparence. En Italie, plusieurs journaux sont disponibles dans les prisons.

3. Théâtre en prison

Le théâtre est largement répandu sous ses différentes formes dans les prisons du pays. Il fait partie de l’histoire du système pénitentiaire italien. La quatrième édition du Festival national de théâtre en prison s’est tenue grâce à la collaboration entre l’Université de Rome (Département de philosophie, de la communication et du spectacle de Rome), le département du patrimoine et des activités culturels et du tourisme, le département de l’administration pénitentiaire et le département de la justice juvénile et communautaire.

Consultez le rapport complet ci-dessous

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Antigone

ONG

Antigone est le correspondant de Prison Insider depuis novembre 2015.
L'organisation défend les droits humains au sein du système pénal et pénitentiaire italien. Elle organise des événements à caractère culturel, publie des enquêtes approfondies, propose ses conseils aux autorités chargées de rédiger les textes normatifs et visite les prisons.
Site internet de l'association
Rapport annuel, en italien.

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