Les tourments d'une vie derrière les barreaux - Prose poétique (Colombie)

Publié le 7 Mars 2018.

Ricardo, pour exprimer l’indicible, a choisi l'écriture.

Incarcéré depuis neuf ans en Colombie, il témoigne pour Prison Insider, des tourments d'une vie recluse. À l'aide de sa plume, il parvient à extraire et mettre à jour les questions qui obsèdent l'homme privé de liberté. L'abandon des êtres chers, la peur de l'oubli, les remords avant, enfin, la résilience.

Ricardo nous parle aussi d’espoir. Celui qu'il nourrit dans l'attente du retour au foyer. Celui pour le renouveau qu'il souhaite voir naître pour sa patrie. Un poème en prose s'écoulant comme le temps perdu entre quatre murs.

"Ca vaut la peine de mourir pour des choses sans lesquelles ça ne vaudrait pas la peine de vivre." — Salvador Allende

De l'oubli, de mes souvenirs, de ce que j'espère

Il arrive parfois que la vie et le vécu posent leur empreinte sur l’âme. Il nous faut alors, et sans tarder, s’en libérer. Je le déplore autant que vous. Que dire, qu’en dire et avec quels mots; je pense et s’ensuit une main, noble complice – la mienne- qui empoigne le crayon et couche sur le papier un témoignage, ou plutôt une confession. Alors, de mon esprit s’échappent des idées folles, incohérentes, qui par la suite s’organisent comme par magie.

Sur ces années et ce que je vis. Cela fait neuf ans, dans cette maison qui n’est pas la mienne ; mais qui m’habite et que j’habite aussi. Formant une famille (la mienne) parmi des amis occasionnels qui surgissent dans l’infortune : vivre dans cette maison qui n’appartient à personne, dont nous ne sommes que des habitants de passage. Un demi-siècle de vie déjà, et je fais le bilan des batailles gagnées et de ce que j’ai perdu.

Sur l’oubli. Il nous surprendra peut être un jour, pour nous rappeler qu’il existe. Il nous accompagnera peut-être pour un instant, peut-être pour toujours. Il se peut qu’un jour l’oubli se présente sous la forme d’un pressentiment, d’un sentiment ou d’une mauvaise passe. Il s’installe tout à coup dans l’âme pour ouvrir des blessures ou pour les guérir.

Sur mes souvenirs. Après de nombreuses années, les souvenirs de ma mère, à jamais éloignée de moi, me submergent. Moi, tout petit, te voyant partir et sans pouvoir empêcher cet abrupt et cruel destin, que je ne rattrape que dans mes pensées. Et là encore celle de mon frère, qui est mort sans me prendre dans ses bras, et sans que je ne l’étreigne une dernière fois.

Sur ce que j’espère. Que ma famille et ceux qui m’aiment me serrent contre eux avec force et assurance. Que ma patrie retrouve l’espoir et qu’il fleurisse en chacun de nous. Je veux me réveiller chaque jour et être surpris. N’être prédestiné à rien d’autre que ce qui arrive, tel qu’il arrive.

À nouveau mes mots parlent du temps. Le temps qui attend et voyage. À nouveau ma voix est temps. Je laisserai au temps le vécu, les manques et mes silences.


Écrit par Ricardo Alvarez Pretelt

Traduit de l'espagnol par Estelle Leluthier.

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