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Ukraine : surveillants et prisonniers victimes d’un système dépassé

Source - Ukraine Without Torture

Le bureau du procureur informe, le 17 août, qu'un détenu a tué puis démembré une inspectrice du Service pénitentiaire d’État au centre de détention provisoire (SIZO) n°21 d'Odessa. Le meurtre s'est produit dans le bloc économique du SIZO où travaillait le prisonnier.

Les proches de plusieurs détenus manifestent, le 19, devant les SIZO. Ils déclarent qu’une "répression a commencé" contre les prisonniers après le meurtre de l’inspectrice.

Le lendemain, des personnes inconnues portant des masques entrent dans la prison et battent les prisonniers dans les colonies n°21 et 51, situées également à Odessa. Le prêtre de la chapelle du SIZO, Dmitry Krasnobayev, écrit sur sa page Facebook que "les forces spéciales battent les prisonniers". Les proches de plusieurs détenus manifestent, le 19, devant les SIZO. Ils déclarent qu’une "répression a commencé" contre les prisonniers après le meurtre de l’inspectrice. "Nous sommes inquiets pour la vie et la santé de nos proches. Nous demandons des explications à l'administration et au procureur", déclare Sergei, l'un des manifestants.

Cinq jours après le meurtre, le bureau du procureur d'Odessa déclare que les employés des deux SIZO font l'objet d'une enquête pour abus de pouvoir, négligence et actes de torture envers des prisonniers.

Le ministre adjoint de la Justice commente, le 23, les 20 incidents qui ont eu lieu dans les centres de détention au cours de cette année. Il dénonce les faibles salaires qui empêchent le recrutement du personnel nécessaire. L’ombudswoman Valery Lutkovsky documente les cas de passage à tabac. Le procureur de la région d'Odessa déclare, le 27, qu'il ouvre une enquête sur les mauvais traitements subis par les prisonniers.

Des personnes en tenue de sport pénètrent dans la colonie 21 et frappent les prisonniers.

Le rôle de gardien est largement assuré par des femmes, même dans les prisons pour hommes, car c’est un travail mal payé que seuls les hommes peuvent se permettre de refuser.

Ce qui pouvait apparaître au premier abord comme un fait divers, révèle, à travers ce cycle de violence, les dysfonctionnements du système pénitentiaire ukrainien.

Ukraine Without Torture, le correspondant de Prison Insider en Ukraine, explique que les conditions de détention sont extrêmement mauvaises.

Les prisonniers n’ont pas accès à l’eau dans les colonies 21 et 51. Ils doivent gérer seuls leur toxicomanie, qui est généralement à l’origine de leur détention, et pour laquelle ils ne bénéficient d’aucun accompagnement. Les surveillants des colonies 21 et 51 savent que les prisonniers dissimulent de la drogue et de l’alcool. Ils ont prétexté une fouille de cellules pour s’en prendre à eux suite au meurtre de leur collègue.

Pour le ministère de la Justice, le manque d’argent est à l’origine des mauvaises conditions de travail et de détention à l’intérieur des colonies. D’après le bureau du procureur, c’est un manque de suivi des règles de sécurité. Aux yeux de notre correspondant, le problème est plus vaste que cela. Le rôle de gardien est largement assuré par des femmes, même dans les prisons pour hommes, car c’est un travail mal payé que seuls les hommes peuvent se permettre de refuser.

Les personnels ne sont formés ni au respect des droits humains, ni au respect des règles élémentaires de sécurité.

Le prisonnier accusé du meurtre de l’inspectrice du Service pénitentiaire d’Etat avait ainsi accès, dans le cadre de son travail, à plusieurs outils dont une hache. Ukraine Without Torture souligne la nécessité de réformer en profondeur ce système pénitentiaire obsolète hérité de l’époque soviétique : ce que vient de connaître Odessa peut se produire dans n’importe quelle autre colonie du pays.

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