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France : un rapport pointe les difficiles conditions de vie des détenus la nuit

Dans un rapport publié mercredi 3 juillet, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) estime que les droits fondamentaux des détenus sont "quotidiennement" mis à l’épreuve le soir venu.

Chez les défenseurs des droits fondamentaux, les rapports se succèdent pour dénoncer les conditions de vie des détenus dans les prisons françaises. La faute principalement à un manque de moyens - qu’ils soient matériels ou humains - et à une surpopulation carcérale persistante dans les maisons d’arrêt. Mais ces enquêtes se concentrent la plupart du temps sur le quotidien des prisonniers pendant la journée. Or, depuis quatre ans, les agents du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) parcourent les différents établissements du pays. Leur objectif: comprendre ce qu’il se passe la nuit en milieu carcéral. Intimité quasi-nulle, dignité mise à mal, enfermement exacerbé... Dans un rapport publié mercredi 3 juillet, l’autorité administrative indépendante fait état de ces nombreuses difficultés et préconise une meilleure prise en charge des détenus le soir venu.

La nuit, un «second enfermement»

Pour le CGLPL, dirigé par Adeline Hazan, la nuit ne correspond pas seulement à la période entre le coucher et le lever du soleil. Il s’agit plutôt du moment à partir duquel les surveillants de nuit, moins nombreux, commencent leur travail. "Les agents de jour sont généralement relevés entre 19h et 21h et les équipes de nuit quittent leur service entre 7h et 8h. Durant ce laps de temps, voire sur une période plus longue encore, les personnes privées de liberté doivent demeurer dans leur chambre ou leur cellule. C’est un second enfermement dans des lieux déjà fermés, qui limite les possibilités d’aller et venir plus encore que pendant le jour", déplore-t-on. En établissement pénitentiaire, la dernière ouverture des portes correspond à la période du dîner, servi "le plus souvent entre 17h et 18h en maison d’arrêt". "Il faut ensuite attendre le lendemain matin, vers 7h, pour avoir un contact physique avec un agent", indique-t-on.

Matériel non-adapté

De nombreux détenus sont contraints de dormir à même le sol. Les conditions de vie des détenus la nuit sont d’autant plus difficiles qu’ils ne bénéficient pas toujours du matériel adapté, notamment pour dormir. "Les personnes incarcérées ou placées en rétention administrative sont systématiquement installées sur des lits métalliques, souvent superposés et au mobilier incomplet", décrit le rapport. "Fréquemment, le nombre de lits ne correspond pas au nombre de personnes détenues en maison d’arrêt et une part importante de celles-ci est donc amenée à dormir sur un matelas posé à même le sol", souligne-t-on. Et d’ajouter: "En prison comme en centre de rétention administrative, les personnes conservent parfois durant toute la durée de leur séjour le matelas qui leur est distribué à leur arrivée, souvent de simples rectangles de mousse, parfois anciens, dégradés et sales. Certaines personnes contractent des maladies de peau ou des démangeaisons."

Températures inadaptées

En plus d’une cohabitation difficile avec les nuisibles - rongeurs, punaises de lit, cafards, qui se manifestent souvent la nuit - les prisonniers doivent régulièrement subir des températures difficiles. Ainsi, « en été, des températures caniculaires sont parfois relevées. (...) À l’inverse, en hiver, les personnes privées de liberté peinent souvent à dormir à cause du froid. » « Tous les lieux d’hébergement doivent être dotés d’un système de chauffage ou de refroidissement de l’air en bon état de fonctionnement. L’isolation thermique doit être satisfaisante, notamment au niveau des portes et des fenêtres. Des couvertures doivent être remises en quantité suffisante pour se prémunir du froid», réclament les auteurs. Aussi, d’autres détails prennent leur importance et impactent sérieusement la qualité de vie des personnes. Par exemple l’éclairage, qui ne peut pas toujours être géré par les détenus eux-mêmes ou l’impossibilité d’obstruer la lumière naturelle venue d’une fenêtre. La gestion du bruit est également «problématique», écrivent les agents du CGLPL.

Non-respect de l’intimité

Le rapport fait état d’un non-respect de l’intimité et de la dignité des personnes. "En hébergement collectif ou individuel, le repos et la récupération sont mis à mal lorsque l’intimité se sent menacée. Il faut continuer sa vie quotidienne y compris les actes les plus intimes (aller aux WC, se déshabiller, se laver) à proximité d’inconnus. Le moment de la nuit est également celui où peuvent surgir les angoisses et la détresse, que certains souhaiteraient dompter par des gestes de réconfort (pleurer ou se masturber est difficilement concevable sans alerter des personnes à proximité)", évoque-t-on.

S’ajoutent à cette promiscuité les rondes des surveillants. Essentielles pour la sécurité, elles ont toutefois "pour caractéristique commune de souvent perturber le sommeil des personnes" par un contrôle à l’œilleton bruyant, l’allumage des lumières ou l’exigence que la personne manifeste sa vitalité par la voix ou le geste.

Ennui et tensions

Cet isolement pendant parfois près de 14 heures peut engendrer des tensions dans les cellules.

Le rapport recommande ainsi la vente de «téléphones portables basiques» et la facilitation de l’accès internet, en soirée. Pendant la nuit, les prisonniers sont bien souvent confrontés à l’inactivité et à l’ennui. "Des activités de groupe attractives (soirées débat, initiations à une expression artistique, etc.) doivent être organisées après le dîner", propose le CGLPL.

"Une réflexion doit être engagée afin de mieux concilier les impératifs de sécurité et le droit de disposer de son temps libre." Ce manque d’activité coïncide avec un "manque d’accès aux soins", et à une "sécurité juridique affaiblie". Ainsi, le contrôleur regrette que dans les commissariats de région parisienne, l’ensemble des procédures soient gelées entre 19h et 9h. Des durées de privation de liberté "*bien supérieures à celles nécessitées par des enquêtes qui seraient susceptibles, pour certaines affaires simples, d’être conduites en soirée".

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Source — Le Figaro

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