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France : en prison, une canicule encore plus difficile à supporter

Des portes qui ne s’ouvrent pas. Des fenêtres sans volets. Des cours sans ombre. Et pas de pommeau de douche à portée de main. La chape de chaleur qui enveloppe presque toute la France pèse encore plus lourd sur les détenus. "Cela dépend des établissements, on ne jette pas la pierre à l’administration, mais la situation est vraiment très dure à vivre", commente François Bès, coordinateur du pôle enquêtes de la section française de l’Observatoire international des prisons.

Si les vieux bâtiments ne sont pas nécessairement les plus problématiques, l’architecture de certains contribue à faire grimper le thermomètre avec des verrières surmontant des coursives. L’OIP dénonce aussi l’installation de fenêtres anti-bruit dans le quartier des femmes des Baumettes, à Marseille, qui limite la ventilation. Quant aux parloirs refroidis par des climatiseurs ou les cours équipées de brumisateurs, ils sont rares.

La surpopulation carcérale accentue le problème

L’administration pénitentiaire a néanmoins son propre « plan canicule », avec des préconisations comme la distribution de bouteilles d’eau et l’augmentation du nombre de passage sous la douche, qui est normalement de trois par semaine, quand les cellules n’en sont pas équipées. "Les directives nous demandent aussi une vigilance accrue vis-à-vis des personnes âgées ou malades", ajoute Damien Pellen, premier secrétaire du Syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP).

Le règlement sur les tenues vestimentaires est également assoupli, avec l’autorisation de porter un short et un bob en promenade. Il est aussi conseillé d’arroser les façades les plus exposées au soleil.

"Mais la grande difficulté reste l’absence de ventilation et la promiscuité", poursuit le responsable syndical.

Avec la canicule, la surpopulation carcérale – le taux d’occupation dans certains établissements peut atteindre les 200 % – peut en effet devenir encore plus insupportable quand trois détenus sont confinés dans 9 m2.

Risque d’incidents

Par ricochet, cette suroccupation rend extrêmement difficile de transférer les détenus vers des parties plus fraîches d’une maison d’arrêt, comme le recommande l’administration. Elle gêne aussi les sorties de cellules pour se doucher, une opération qui suppose la mobilisation des surveillants pour former une escorte. "Le personnel n’en a pas toujours le temps", explique François Bès."Cela multiplie les mouvements et c’est assez compliqué à gérer", confirme Damien Pellen.

Comme à l’extérieur, la chaleur peut finir par mettre les nerfs à vif. "Je n’ai pas de remontée sur des incidents récents, mais on sait que, forcément, la canicule génère des tensions supplémentaires", rappelle Christopher Dorangeville, secrétaire général de la CGT pénitentiaire. "C’est une difficulté récurrente. Il est plus difficile de supporter l’enfermement et plus compliqué d’exercer son métier dans ces conditions." Reste le système D, comme le fait de « cantiner » pour s’offrir un ventilateur ou de tendre un linge mouillé devant les barreaux de sa fenêtre.

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Source — La Croix

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