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France : l’avenir du Genepi en suspens

Rompant avec son action depuis plus de quarante ans, l’association étudiante va annoncer sa décision de ne plus intervenir en prison. Un choix justifié par le durcissement des conditions imposées par l’administration pénitentiaire mais qui met sa légitimité en péril.

Est-ce la fin du Genepi ? Lors de sa dernière assemblée générale, mi-juin, l’association étudiante a voté l’arrêt de son action en détention, rompant avec son ADN depuis sa création en 1976 par Lionel Stoléru. “Les conditions imposées par l’administration pénitentiaire, dont la surveillance vidéo des prisonniers lors des ateliers, nous conduisent à devenir des acteurs de la peine, ce que nous refusons. C’est pourquoi nous renonçons à entrer dans les prisons”, explique Margaux Vessié, la secrétaire nationale du Genepi. L’association, qui doit officiellement annoncer sa décision ces prochains jours, va poursuivre son travail de sensibilisation et de formation à la question de l’enfermement, en mettant l’accent sur deux nouveaux axes : la solidarité avec les proches de prisonniers et la critique des centres de rétention administrative.

Un acteur incontournable de l’aide aux détenus

Ce coup de tonnerre provoque des tensions en interne. Dans un communiqué, le groupe local Genepi Atlantique s’oppose à un choix qui signe “la mort” de l’association. “Elle perd sa raison d’être et ce qui faisait sa spécificité par rapport aux autres acteurs travaillant sur les prisons », déplore Julia Breuer, membre du Genepi Atlantique.”
À l’origine centrée sur le soutien scolaire, l’action du Genepi s’est progressivement diversifiée, organisant par exemple des ateliers aux contenus plus larges permettant l’échange entre les détenus et des étudiants bénévoles, souvent futurs acteurs de la justice (conseillers d’insertion et de probation, avocats, magistrats). Au fil du temps, l’association est ainsi devenue l’un des acteurs incontournables de l’aide aux détenus, aux côtés des aumôniers et visiteurs de prison, de la Cimade, du Secours catholique et des réseaux de bibliothèques.

Nouvelle convention sans subvention

La crise actuelle est le résultat de difficultés accumulées ces dernières années. Elles ont éclaté au grand jour en septembre 2018 lors de l’annonce par le ministère de la justice du non-renouvellement de la convention lui permettant d’entrer en prison et de la subvention annuelle de 50 000 € allouée pour mener ses actions. Pour expliquer sa décision, le ministère met en avant la baisse de 80 % du nombre d’heures d’intervention en prison entre 2015 et 2018, le refus de l’association de centrer ses actions sur l’action éducative et ses “nombreuses prises de position frontales contre l’institution carcérale”.
S’il reconnaît la diminution d’activité, le Genepi l’attribue aux obstacles opposés par l’administration pénitentiaire à l’entrée de ses bénévoles en prison. Elle maintient également sa position de ne pas se cantonner au soutien scolaire et défend sa liberté de parole, notamment ses dernières campagnes chocs (en 2018, “L’État enferme, la prison assassine”).

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