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France : à la prison de Rennes, être détenu et boursier, c'est possible !

Vezin-le-Coquet (France) (AFP) - Pour lutter contre la récidive, la région Bretagne finance depuis un an des bourses pour les détenus de la prison de Vezin-le-Coquet, près de Rennes, afin de les inciter à étudier et faciliter leur réinsertion.

A l’origine, un aumônier du culte musulman, intervenant dans ce centre pénitentiaire, a fait remonter que de nombreux détenus préféraient travailler en prison et gagner un peu d’argent plutôt que de suivre une formation alors qu’ils souffraient d’illettrisme.

D’où l’idée d’un système de bourses, lancé en avril dernier et financé par le conseil régional de Bretagne, “permettant aux personnes indigentes de venir à l’école et de ne pas être face à un choix cornélien: je vais travailler pour toucher un petit pécule et pouvoir cantiner mais je ne vais pas pouvoir étudier”, résume Daniel Menoud, proviseur de l’unité pédagogique interrégionale.

Ainsi, une soixantaine de détenus - le centre pénitentiaire peut en accueillir environ 700 - touchent désormais une bourse de 150 euros par mois, subordonnée à l’obligation d’assiduité en classe et de passage d’un examen.

“La bourse est destinée principalement aux détenus qui ont un faible niveau”, souligne Claude Loyer, 52 ans, qui enseigne depuis quatre ans dans cette prison. Quand on est dans ce cas là, “il est difficile de trouver du travail, de s’insérer dans la société”.

Quatre fois par semaine, pendant 1h30, les prisonniers apprennent les bases du français ou de l’écriture dans une des salles de classe de la prison. Avec en ligne de mire le Diplôme d’études en langue française (DELF) ou le Certificat de formation générale (CFG).

“C’est ponctuel sur quelques mois: le FLE pendant un mois et demi, trois ou quatre mois pour le DELF A2, ça peut-être un peu plus pour l’alphabétisation et le niveau CFG/remise à niveau….”, relève Pierre, 43 ans, qui intervient à Vezin depuis six ans.

Motivation et reconnaissance

Et l’entrain avec lequel les détenus se sont rendus sur une scène installée dans le gymnase de la prison lors d’une cérémonie de remise de diplômes mi-janvier, certains brandissant leur diplôme tel un trophée de rugby ou de football, témoignait de l’importance qu’ils y attachaient.

“La formation est un facteur essentiel de lutte contre la récidive, autant profiter du moment de l’incarcération pour leur permettre cette acquisition de compétences de premier niveau”, explique Laurence Duffaud conseillère régionale socialiste déléguée à la formation des personnes sous main de justice. D’autant que selon le ministère de la Justice, près de 44% des détenus sont sans diplôme, avec un taux d’illettrisme approchant les 11%.

Mais existe-t-il une différence entre les détenus boursiers et non boursiers en classe? “Cela a beaucoup changé notre travail au quotidien, les détenus sont plus présents et motivés. Ils sont reconnaissants”, explique M. Loyer, notant que ces 150 euros peuvent “représenter beaucoup pour un détenu”, avec la possibilité d’acheter du tabac ou mieux manger.

Pour les sélectionner, une commission se réunit une fois par mois, se basant notamment sur un travail de repérage fait en prison, par des surveillants ou des SPIP (Services pénitentiaires d’insertion et de probation). Certains peuvent-ils le faire par pur calcul, attiré par une remise de peine ? “Tous ceux qui viennent sont volontaires. Au départ, ça peut peut-être procéder par calcul, mais la personne va rester une semaine, s’ennuyer et quitter la formation”, et se voir ainsi retirer la bourse, explique M. Menoud.

Et preuve que la région croit en ce projet doté d’un budget d’un peu plus de 100.000 euros pour 2020, l’expérimentation pourrait être étendue prochainement à deux nouvelles prisons de la région.

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