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Auteur(s)Pavel Sapelko / Centre des droits humain Viasna / Prison Insider

Le quotidien

Les cellules doivent être équipées d’une ventilation, de toilettes et de lits, selon le Code pénal. Elles doivent avoir une surface d’au moins 2m² par personne et 4m² pour les femmes avec des enfants 1. Cette disposition du code pénal n’est jamais respectée.

Les cellules individuelles n’existent pas. Il arrive que douze personnes vivent dans 8m² ou trois personnes dans 3.5m². Dans le quartier des femmes, huit personnes vivent dans une cellule de 8m par 6m. Six à dix personnes vivent, à Brest-Litovsk, dans 6m².

Dans certaines cellules il n’y a pas de lits. Les prisonniers dorment à même le sol.

Certaines cellules ne sont pas équipées de radiateur, malgré les faibles températures enregistrées en hiver. Le système de ventilation peut être inefficient pendant l’été dans certaines cellules.

Les détenus peuvent fumer dans les cellules. Fumeurs et non-fumeurs sont mélangés : même les personnes malades ou asthmatiques partagent leur espace avec les fumeurs.

Les fenêtres sont très petites et sont souvent recouvertes d’un métal ou d’un plastique pour que la lumière du soleil ne puisse pas entrer. Une lampe est allumée 24 heures sur 24 dans certains établissements.

Lorsque les personnes prévenues arrivent dans un établissement, elles sont placées dans une cellule dite « de transition ». Jusqu’à vingt personnes vivent dans ces cellules qui sont conçues pour quatre ou cinq personnes. Les personnes détenues reçoivent la nourriture dans un plat commun. Toutes les personnes sont mélangées, y compris celles qui sont gravement malades.


  1. Selon la Cour européenne des droits de l’homme il doit y avoir au moins 4m² par personne dans une cellule partagée, pour le respect de la dignité humaine.

Les repas sont servis entre deux et trois fois par jours selon les établissements. Du porridge et du thé sont servis pour le petit déjeuner. Le repas de midi est composé de soupe, de porridge, de pâté de viande, de pain et de thé. La quantité de nourriture n’est pas suffisante. Les détenus en isolement reçoivent moins de nourriture.

Les personnes détenues ont souvent des problèmes intestinaux, voire des ulcères, à cause de la qualité de la nourriture. Un cas d’empoisonnement grave des personnes détenues a eu lieu à Akrestina, un établissement pour les détentions de courte durée. Les victimes ont dû être amenées d’urgence à l’hôpital.

Les prisonniers peuvent recevoir des colis de nourriture venant de la famille ou des amis. Ils peuvent acheter de la nourriture dans l’établissement s’ils ont de l’argent sur leur compte. Une liste détermine les aliments que les personnes détenues ont le droit d’acheter. L’argent qu’ils peuvent dépenser par mois est limité.

Les prisonniers ont droit à une douche par semaine. Certaines prisons n’en proposent qu’une toutes les deux semaines. Il existe des uniformes différents pour chaque type de détenu : condamné, prévenu, condamné à mort, condamné à perpétuité, condamné pour trafic de drogues.

Les toilettes sont parfois au milieu de la cellule, sans aucune séparation. Si séparation il y a, il s’agit souvent d’un mur très petit, de moins d’un mètre de hauteur. Les toilettes sont fréquemment placées à côté de la table à manger. Si la cellule ne dispose pas de toilettes, les personnes détenues peuvent aller aux toilettes extérieures deux fois par jour, à des horaires fixes. Dans l’établissement de Grodno, les détenus sont escortés par les surveillants pour aller aux toilettes, à 6h et à 18h.

Des espèces nuisibles prolifèrent dans certains établissements. La présence de rats est signalée à la prison d’Akrestina.

La loi ne prévoit aucune obligation de fournir des soins médicaux pour les personnes prévenues. Des informations sur leur santé leur sont simplement demandées lors de leur arrivée à la prison par un officier.

Les personnes condamnées font l’objet d’un examen médical lorsqu’elles arrivent en prison. Les personnes malades sont placées dans les mêmes cellules que les personnes en bonne santé.

Dans les établissements pour personnes condamnées, il existe des quartiers avec du personnel médical, notamment des dentistes et des psychologues. Les soins médicaux sont dispensés gratuitement.

Les unités médicales font partie de l’administration pénitentiaire. Il n’y a donc pas d’indépendance du corps médical. Lorsque les prisonniers sont torturés ou battus, les médecins refusent de faire des rapports. Il peut arriver que certains détenus soient forcés à prendre des médicaments.

Les personnes détenues peuvent avoir la visite d’un médecin indépendant si le chef de l’établissement l’autorise. Cela n’arrive presque jamais. Les frais sont à la charge du prisonnier.

Les détenus contractent beaucoup de maladies comme le VIH/Sida, la tuberculose, la pneumonie. Un rapport médical de 2014 estime que le pourcentage de tuberculose est quatre fois plus important en prison qu’à l’extérieur.

Les personnes détenues ont droit à une promenade d’une heure par jour. Dans certains établissements la promenade ne dure que 30 ou 40 minutes. Le droit à la promenade est souvent refusé aux personnes en détention administrative et aux prisonniers d’opinion.

Les proches sont autorisés à apporter des jeux comme par exemple des jeux d’échecs. Ils peuvent aussi leur faire parvenir une télévision.

Les détenus peuvent avoir accès aux livres de la bibliothèque de l’établissement.

Les personnes condamnées à mort ne peuvent pas travailler. Les prévenus peuvent avoir une permission pour travailler.

Le travail est obligatoire pour les personnes condamnées. Celles qui s’y opposent sont placées en isolement pendant 15 jours. Elles peuvent être condamnées à une peine supplémentaire de deux ans de prison lorsque leur refus s’étend pendant une longue période. La seule manière d’être dispensé de travailler est de présenter un certificat médical.

Les personnes détenues travaillent huit heures par jour, avec une pause pour manger. Des brigades constituées de plusieurs prisonniers travaillent sur différents ateliers : la métallurgie, le bois, la couture, le caoutchouc industriel et la fabrication d’emblèmes et d’insignes. Ils ne peuvent pas choisir leur activité.

Le travail s’effectue, le plus souvent, à l’intérieur de l’établissement. L’administration pénitentiaire est le principal employeur. Les prisonniers qui entretiennent des rapports pacifiques avec l’administration peuvent travailler à l’extérieur, dans une entreprise privée.

La loi interdit d’engager les personnes détenues plus de deux heures par jour sans les payer. Elles peuvent toutefois être obligées de faire des travaux de maintenance, dix heures par semaine, sans salaire.

Les prisonniers travaillent six jours par semaine. L’Etat retient une partie importante du salaire pour couvrir les coûts de l’incarcération et pour rembourser des éventuelles dettes. Le directeur du département de l’exécution des peines annonce, le 14 août 2016, que le pourcentage maximal de salaire retenu passerait de 75 % à 90 %.

Ils ne reçoivent souvent pas de fiches de paye. Les heures travaillées ou la rémunération ne sont pas renseignées sur celles qui sont distribuées.

Le département de l’exécution des peines ne met pas à disposition du matériel de sécurité. Des accidents de travail surviennent, en moyenne, une fois par semaine. Les accidents donnant lieu à un handicap permanent sont réguliers. D’autres se coupent les doigts ou les bras avec les machines à bois.

L’administration pénitentiaire n’est jamais mise en cause pour les accidents de travail. La direction de l’établissement peut forcer les personnes détenues à signer un document attestant s’être blessées volontairement.

Plusieurs personnes détenues sont arrivées, à l’hôpital national de Minsk, avec des problèmes aux yeux. Certaines ont perdu la vue. Ces blessures résultent d’une absence de protection, notamment des lunettes pour se prémunir des éclats des métaux.

Les conditions de travail sont particulièrement dures dans les centres de traitement pour alcooliques et toxicomanes (LTP pour son nom en anglais). Celles-ci doivent répondre, en théorie, aux exigences du Code du travail. Le salaire correspond à huit heures de travail par jour. Ce taux horaire est très souvent dépassé. Les personnes détenues sont obligées de travailler même en étant malades.

Découvrir le quotidien dans les LTP avec le portfolio d’Irina Popova.

Les personnes détenues dans les LTP sont, le plus souvent, assignées à des chantiers de construction. Aucun cours sur la sécurité n’est dispensé. Elles doivent signer un document affirmant le contraire. L’administration ne fournit pas de vêtements de travail ou du matériel de sécurité. Des accidents surviennent régulièrement.

Détenus travaillant

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Tous les établissements ont une bibliothèque avec des livres en biélorusse et en russe. Les personnes détenues ne peuvent pas avoir plus de cinq livres ou magazines à la fois, à l’exception des livres scolaires. Elles ont accès à des formations professionnelles ou des formations pour obtenir le baccalauréat.

Les personnes condamnées à mort et à perpétuité n’ont pas accès à l’éducation.

La colonie pénitentiaire numéro 4 de Gomel met en place, le 13 octobre 2015, une expérience consistant à dispenser un enseignement à distance aux personnes condamnées. Quatorze prisonniers participent à cette expérience. Elle s’inscrit dans le cadre du projet international “L’éducation ouvre des portes”, financé par l’Union européenne et l’association “Deutscher Volkshochschul-Verband e.V”. Le département d’exécution des peines s’est engagé à modifier la législation en matière d’exécution des peines si l’expérience est concluante. Le projet avance aujourd’hui favorablement.

Les personnes détenues ont le droit de pratiquer librement leur religion.

Les églises orthodoxes sont au nombre de quatorze et les chapelles catholiques au nombre de cinq. Les personnes condamnées peuvent, sur requête, s’entretenir avec des ecclésiastiques. Les autorités refusent souvent de célébrer des cérémonies religieuses qui seraient contraires au cadre pénitentiaire. Les autorités refusent de faire un enterrement avec une cérémonie religieuse lors des exécutions des condamnés à mort.

Les associations ont besoin d’une permission spéciale du département de l’exécution des peines pour entrer dans les prisons.

L’argent liquide est interdit en prison.

Un compte est ouvert au nom de chaque nouvel arrivant. L’argent qu’ils possèdent en arrivant et leur salaire y sont déposés. Les familles sont autorisées à transférer une quantité plafonnée de fonds par mois.

Les articles de première nécessité sont fournis par le département de l’exécution des peines aux indigents.

Les surveillants sont chargés de transmettre les requêtes des personnes détenues. En réalité, ils refusent souvent de transmettre les requêtes ou les réponses.

Les autorités refusent fréquemment d’ouvrir une enquête lorsqu’elles reçoivent des plaintes pour violation des droits.

Les personnes détenues, même celles en détention provisoire, n’ont pas le droit de vote.

Des fouilles corporelles et des fouilles de cellule sont faites régulièrement et arbitrairement. Les cellules sont fouillées une fois par semaine en moyenne dans les centres de détention provisoire.

Une personne assignée au régime d’isolement peut y rester jusqu’à dix jours. La mesure peut être prolongée sous l’autorisation du chef de l’établissement.