Date du rapport
Auteur(s)Center for Prisoners’ rights / Pr Akaike (Univ. de Kyoto) / Mme Yasuda (Univ. de Kokugakuin)

Le quotidien

Il existe deux types de cellules : individuelles et collectives. Toutes les cellules standard sont équipées d'au moins une table, d'un petit bureau destiné à l'étude et d’ustensiles et de produits d’entretiens.

Les détenus se plaignent fréquemment de maladies provoquées par le froid. Les prisons japonaises sont rarement chauffées. Dans certains établissements, les vêtements et les couvertures fournis sont insuffisants.

Une journée type:   
  • La journée commence par un appel nominal à 6h45, suivi du petit-déjeuner.
  • Les prisonniers condamnés se mettent ensuite en tenue de travail et vont de leur cellule aux ateliers de la prison. Une fouille au corps est alors réalisée pour vérifier que les prisonniers ne transportent pas d'objets prohibés. Leur aptitude physique au travail est également vérifiée. Les prisonniers font une brève mise en condition physique et sont informés des consignes de travail pour la journée.
  • Une période de temps libre est prévue entre 18h et 21h au cours de laquelle les personnes détenues peuvent dormir, se détendre, regarder la télévision, écouter la radio, écrire, etc. Il n'est permis de parler qu'à certaines heures de la journée (en général quelques minutes avant l'extinction des feux ainsi que pendant les moments d'exercice et les pauses). Des panneaux affichés dans les ateliers et les douches rappellent aux prisonniers qu'il est interdit de parler en travaillant, en mangeant et en se lavant, pour maintenir la discipline. Parler en dehors des heures autorisées est puni, et les prisonniers doivent demander l'autorisation pour aller aux toilettes.

Les cigarettes sont interdites dans les établissements pénitentiaires japonais.

  • Japon : jours figés, jours dans fin

    Geoffrey est britannique. Il est incarcéré à la prison d'Osaka, au Japon. Il a 61 ans et y est emprisonné depuis 2010. Il raconte, pour Prison Insider, une journée en prison. Mais pas n'importe quel jour: les week-ends et jours fériés, lorsque le temps semble s'être arrêté.

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    09/01/2019
    / Témoignage

Les repas, servis trois fois par jour, sont strictement rationnés selon les normes caloriques établies par l’administration. Ces normes sont calculées en fonction du sexe, de l’état de santé, de la taille (le poids n'est pas pris en compte) et de la nature du travail assigné. Les repas sont habituellement jugés insuffisants. Il en résulte fréquemment une perte de poids. L'alimentation repose sur le riz et l'orge, quelques légumes et une petite quantité de poisson ou de viande. Les prisonniers étrangers peuvent demander à remplacer le riz par du pain. Les postes en cuisine sont occupés par des détenus. Seuls les prévenus sont autorisés à acheter de la nourriture à des fournisseurs extérieurs.

L'administration pénitentiaire étudie au cas par cas les régimes alimentaires spécifiques que l’état de santé de certain détenu réclame. L'avis du médecin est indispensable. Le cas échéant, le prisonnier demande à effectuer un test d'allergie. La plupart des établissements respectent les prescriptions alimentaires musulmanes et hindoues. Les détenus doivent informer l'administration de leur religion lors de leur admission. Ils ont accès à l'eau potable.

Les douches sont accessibles deux fois par semaine en hiver et trois fois en été. Des douches supplémentaires peuvent être autorisés, à la discrétion de chaque établissement. Le temps de douche autorisé est en moyenne de 15 mn pour les hommes et 20 mn pour les femmes. Les condamnés sont tenus de porter des uniformes. Ils peuvent disposer de leurs propres sous-vêtements. L’administration fournit les draps. Les prévenus sont autorisés à porter leurs propres vêtements et à utiliser leurs draps.

Chaque détenu contribue à l'entretien de sa cellule et des espaces communs ; les détenus âgés ou handicapés sont aidés par les autres. Ce sont également les détenus qui s'occupent de la blanchisserie de la prison.

Chaque établissement comprend un service médical, placé sous l'autorité du ministère de la Justice. Le transfert de responsabilité au ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales n'a pas encore eu lieu (voir à ce sujet la section MNP). Les services médicaux ne sont pas indépendants.    
La loi sur les établissements pénitentiaires et autres lieux de privation de liberté stipule que des examens médicaux doivent être réalisés deux fois par mois. Un détenu blessé ou malade est pris en charge aux frais de l'État.

Certains établissements n'ont pas de médecin à temps plein. Des assistants infirmiers (des surveillants ayant obtenu une qualification au département médical de la prison) évaluent alors l'urgence d'une prise en charge ou d'une simple consultation avec un médecin. Les exigences de sécurité prennent souvent le pas sur les besoins médicaux. Il peut en résulter une prise en charge trop tardive, une aggravation des symptômes et, dans le pire des cas, le décès.

Les soins dentaires sont souvent minimes. Les soins palliatifs sont inexistants. Le secret médical n'est pas garanti, les surveillants assistent aux consultations.

L'exercice en plein air est permis, une demi-heure par jour au plus, cinq jours par semaine. Chaque prison, accueillant des condamnés, organise une journée sportive en moyenne une fois par an. Chaque établissement dispose d’une bibliothèque.    
Un nombre limité de condamnés est autorisé à prendre part à des activités de groupes, la plupart du temps organisées par l'administration pénitentiaire. Dans certains établissements, des intervenants extérieurs, par exemple des conteurs ou des poètes, organisent des ateliers pour les condamnés.
   
L'administration pénitentiaire organise un accompagnement visant à la réhabilitation du prisonnier. Elle les encourage à endosser la responsabilité de leurs infractions et à « s’adapter à la vie en société ». Plusieurs programmes sont mis en place : désintoxication, sortie de groupes criminels organisés, prévention de la récidive chez les auteurs d’infractions sexuelles, aide à la recherche d'emploi et séances pédagogiques visant à considérer le point de vue de la victime.

Plus de 90 % de la population carcérale japonaise travaillent, soit en participant au fonctionnement de la prison, soit en tant que main-d’œuvre contractuelle pour des entreprises privées. Les compétences des prisonniers sont évaluées. On les assigne ensuite à un atelier, allant de la fabrication de produits en cuir à celle de jouets ou de composants électriques.

Les détenus travaillent habituellement 8 heures par jour, à partir de 8 h du matin, du lundi au vendredi, avec trois pauses par jour, dont la pause déjeuner. Les prisonniers reçoivent une rémunération à valeur incitative, très basse (la rémunération mensuelle moyenne est inférieure à 5 000 yens soit 32 euros). Des journées d'études sont régulièrement prévues. Les prisonniers sont alors dispensés de travail.

L'éligibilité à la scolarisation ou à la formation professionnelle est évaluée de manière stricte. L'administration pénitentiaire affirme imposer aux prisonniers de travailler pour acquérir connaissances, compétences, santé physique et mentale, volonté de travailler, en vue de leur réinsertion sociale.

L'administration pénitentiaire propose parfois des cours aux détenus, à un niveau d'école primaire, de collège, de lycée ou d'université. Certaines établissements pour mineurs mettent en place des cours avec l'aide de lycées avoisinants. La plupart des prisonniers n'a pas l'opportunité d'assister à ces cours.

Les condamnés ont un accès limité à la télévision et n'ont pas le choix de leur programme. Les condamnés à mort ont un accès limité à des programmes enregistrés.

Les prisonniers sont autorisés à lire le journal 15 minutes par jour. Certains établissements proposent des programmes radio spécialement conçus pour les prisonniers, ou éditent des publications rédigées par les détenus.

La loi autorise les pratiques religieuses, tant que ces dernières n'interfèrent pas avec la vie de l’établissement. Certains prisonniers rapportent qu'on leur interdit de pratiquer leur religion. Les établissements disposent, la plupart du temps, d’une ou plusieurs pièces dédiées aux cultes avec la participation d’aumôniers.

Il est constaté une augmentation du nombre des intervenants extérieurs proposant des activités. Ce nombre demeure très limité. Voir Activités

Les condamnés qui travaillent reçoivent une « rémunération à valeur incitative » (inférieure à 5 000 yens, ou 32 euros par mois). Cette rémunération est remise aux prisonniers à leur libération ; ils peuvent en dépenser une partie pour acheter des produits cantinables proposés par des fournisseurs sélectionnés.

La rémunération peut être réduite, à titre de sanction. Si un prisonnier ne peut plus travailler en raison d'une maladie, de troubles ou de sanctions répétées, il ne reçoit plus de rémunération.

Trois dispositions permettent aux condamnés de formuler une plainte relative à leurs conditions de détention :   

  • La demande d'examen (shinsa no shinsei), permet, dans les 30 jours suivant l'incident, d'adresser une plainte au directeur du bureau régional de correction relative à l’application des règles de l’établissement.
  • Le signalement d'incident (jijitsu o shinkoku) permet, dans les 30 jours suivant l'incident, d’adresser une plainte au directeur du bureau régional de correction en cas d'agression ou de restriction abusive de la liberté. Si le prisonnier n'est pas satisfait de l'issue de l'une ou l'autre de ces procédures, il peut faire appel auprès du ministre de la Justice.   
  • Le dépôt de plainte (kujo no shinshutsu) se fait auprès du directeur de la prison, d'un inspecteur à l’occasion d'une visite de l'établissement ou du ministre de la Justice.   
    Quel que soit le moyen choisi, les détenus doivent demander le formulaire correspondant à un agent pénitentiaire. Les autorités permettent aux détenus de déposer une plainte et de demander l'examen de leurs conditions de détention sans exercer de censure ; cependant, les plaignants n'obtiennent en retour que la décision finale, sans qu’elle soit motivée.

Il n’est pas signalé de mouvement collectif pour l’année 2015. Le dernier a eu lieu en 2007 à la prison de Tokushima, quand des détenus ont déclenché une émeute pour protester contre des mauvais traitements infligés par un médecin de la prison.

Les prisons japonaises ont un système de sanctions et récompenses censé encourager les détenus à la réforme personnelle et à la réinsertion. Un niveau de restriction est assigné à chaque condamné, du niveau 1 (minimum de restrictions, maximum d’avantages) au niveau 4 (maximum de restrictions, minimum d’avantages). Il détermine la manière dont le prisonnier est traité. Un bon comportement, une bonne productivité et une ancienneté importante dans l’établissement permettent de passer à un niveau plus avantageux. Ce niveau détermine un certain nombre de privilèges, notamment le nombre de visites que le détenu peut recevoir.

Les sanctions prennent différentes formes : les plus courantes sont la perte de privilèges (temps de loisir, accès à la télévision, tâches plus attractives dans le cadre du travail). Parmi les sanctions plus sévères, les prisonniers sont contraints parfois à rester agenouillés sur le sol face à un mur, pendant plusieurs heures ou même plusieurs jours. Les prisonniers peuvent regagner leur cellule la nuit. La position agenouillée, douloureuse, et l’isolement sont insupportables. Les pauses pour aller aux toilettes, laissées à la discrétion des gardiens, sont peu nombreuses. L’administration pénitentiaire pratique largement le confinement solitaire. La période maximale est de trois mois. Elle peut être renouvellée si cela est jugé nécessaire. Certains condamnés à mort restent en confinement solitaire pendant des décennies. Les visites de la famille, des avocats et autres personnes autorisées demeurent permises.

Les décisions de sanction manquent de transparence et de légalité. Les prisonniers étrangers et les personnes atteintes de troubles mentaux ont des difficultés à saisir les procédures de plainte.

Les agents pénitentiaires, autorisés à utiliser des armes légères et de petit calibre, n’en portent généralement pas.