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Turquía: les écrits de prison, un genre littéraire à part entière

Le coup d’Etat avorté du 15 juillet 2016, en Turquie, a conduit de nombreux intellectuels, journalistes, écrivains, artistes, derrière les barreaux. Ça n’était pas la première fois, ce dont témoigne une vive tradition de littérature carcérale.

Comme de nombreux opposants, Burhan Sönmez n’a pas échappé aux geôles du régime. Coucher son expérience sur papier est apparu salutaire. “Il faisait froid dans notre cellule, écrit le romancier turc d’origine kurde dans Maudit soit l’espoir (Gallimard, 2015). Tandis que je racontais l’histoire au Docteur, Kamo le Barbier était allongé sur le béton nu, recroquevillé sur lui-même. Nous n’avions pas de couverture ; et, tels de jeunes chiots, on se réchauffait en se serrant les uns contre les autres. Comme depuis des jours le temps tournait sur lui-même, nous étions incapables de discerner de quel côté s’écoulaient le jour et la nuit. Nous connaissions la souffrance et nous revivions tous les jours la terreur qui envahissait nos cœurs lorsqu’on nous conduisait à la torture. Dans ce bref intervalle de temps où l’on se préparait à souffrir, l’homme et l’animal, le sage et le fou, l’ange et le démon étaient des semblables.”

Avec plusieurs coups d’Etat militaires et de nombreuses périodes de tensions, l’histoire de la Turquie est émaillée de violences politiques. La réalité de la prison n’a jamais vraiment disparu, mais, avec la vague de répression et la multiplication des procès politiques qui ont suivi la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, elle a de nouveau envahi les esprits. Elle occupe une place à part dans la production littéraire et artistique, avec des récits qui tentent tour à tour de l’anticiper, de la saisir et d’en abolir les murs.

“J’ai grandi avec des récits de prison”

Le thème de l’univers carcéral a notamment surgi dans les littératures dites “du 12 mars” et “du 12 septembre”, en souvenir des coups d’Etat de 1971 et 1980. A l’instar d’auteurs classiques, comme le célèbre poète Nazim Hikmet (1902-1963) ou le romancier Orhan Kemal (1914-1970), l’écrivain Murat Özyasar, 41 ans, fait de la prison le cadre d’une de ses nouvelles. Dans Itiraf (“L’aveu”, extraite du recueil Ayna Çarpmasi, 2008, non traduit), il choisit de parler d’amour dans ce sinistre environnement de fer et de béton.

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