Portfolio

Entrez dans l’information par l’image avec cette série de photographies commentées.

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Seyi Rhodes

Journaliste d'investigation

Seyi Rhodes est un journaliste d’investigation britannique qui a travaillé pour la BBC, Five Television, Current TV. Il est, depuis 2008, le présentateur et journaliste de la série documentaire Unreported World sur Channel 4. Il a gracieusement donné à Prison Insider les photographies qu’il a prises lors du tournage du documentaire "Haiti : prisons from hell". Il a accepté de nous les commenter.
Une dizaine de photographies sont ainsi légendées au sein du portfolio. L'échange qui a suivi est retranscrit ci-dessous.

Galerie
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© Seyi Rhodes
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Les prisonniers en quête d'air frais — © Seyi Rhodes
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© Seyi Rhodes
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À court d'espace — © Seyi Rhodes
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© Seyi Rhodes
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"Ces personnes restent enfermées dans la cellule la plupart de la journée. C’est assez compliqué d’expliquer précisément comment tout cela fonctionne, mais je suis quasiment sûr qu’ils y restent cloîtrés entre 10 et 11 heures par jour. Ils doivent disposer d’une ou deux heures hors de la cellule." — © Seyi Rhodes
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À l'intérieur d'une cellule surpeuplée — © Seyi Rhodes
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Un homme réclame de l’aide. "Comme il est assez facile de l'imaginer, tout est assez chaotique. La plupart des personnes détenues crient toutes en même temps, essaient de nous dire quelque chose sur leurs conditions de détention ou sur leur affaire. Nous n’étions pas toujours en mesure de discuter, d’échanger avec les prisonniers." — © Seyi Rhodes
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"Nous nous sommes rendus dans deux sections de la prison. Il y a la zone principale et la zone hospitalière. La zone principale se découpe en quatre ou cinq quartiers où sont hébergés les prisonniers. Certains quartiers sont évidemment pires que d’autres. Cette photographie est assez représentative des conditions réelles de détention. Au fond, il y a un triple lit superposé. Le lit du bas est quasiment sur le sol. Il est difficile de dire entre combien de personnes chaque lit est partagé. Peut-être quatre ou cinq. Cela dépend de la taille du lit. Sans doute plus." — © Seyi Rhodes
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Prisonniers détenus à l’infirmerie. "Il y avait jusqu’à 500 personnes détenues à l’infirmerie, dans trois pièces qui communiquent. Elles étaient vraiment entassées. L’infirmerie se trouve à l’entrée de la prison. Il faut passer le portail principal avant de passer la sécurité. Cette zone est assez particulière car elle n’implique pas de règles claires de sécurité. N’importe quoi pourrait pénétrer, un couteau ou que sais-je, à partir du moment où c’est la "bonne" personne qui le fait." — © Seyi Rhodes
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"Des prisonniers dorment sous les lits, d’autres au-dessus. Ils sont véritablement entassés. Ils sont, pour moi, dans les pires conditions possibles, puisqu’ils ne sont pas censés pas sortir du tout." — © Seyi Rhodes
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Un homme au visage émacié, à l'infirmerie. "L’unité dédiée aux prisonniers porteurs de la tuberculose et l’infirmerie sont situées plus près de la cuisine. J’ai l’impression que cela rendait l’organisation plus simple. La plupart des visages décharnés vus à l’infirmerie sont ceux des prisonniers de la section principale de la prison qui deviennent comme ça au fil du temps. Dans le "quartier médical", je ne dirais pas qu’ils ont forcément accès à trois repas par jour, mais ils ont de la nourriture alors que dans le reste de la prison, beaucoup ne mangent pas, pour diverses raisons." — © Seyi Rhodes
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Un prisonnier dormant sous un lit. — © Seyi Rhodes
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L'heure du repas. "C’est le début de leur heure et demie de temps libre. Pendant ce laps de temps ils doivent se laver et manger. La cellule des hommes que l’on voit à l’image vient d’être ouverte et ils sortent tous dans un flot continu. Ils tiennent des petits bols dans leurs mains, ainsi que des fourchettes en plastique. Ils vont essayer d’attraper de la nourriture tant qu’ils peuvent, qu’ils mettront dans leur boîte en plastique. Ensuite, avec un peu de chance, ils pourront se laver et ramener la nourriture dans leur cellule. Leur temps est compté. Ils ont souvent eu leur tupperware à la suite d’une visite de leurs proches. La nourriture vient en partie de l’extérieur, certains ont des contacts qui leur permettent d’en obtenir. Les autres doivent s’assurer d’être là quand la marmite est sortie et placée dans une zone centrale de la prison. Ils ne disposent que d’un seul temps libre pour manger, donc un seul repas, même s’il devrait y en avoir trois. Tout le monde mange la même chose, les repas ne varient jamais. C’était toujours la même mixture et pour être honnête, je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Sûrement une sorte de poudre de maïs. J’ai déjà vu des légumes être coupés, peut-être des patates douces, mais je ne les ai pas revus dans la marmite. Peut-être ont-ils été bouillis avant de se désagréger dans la mixture. Apparemment tout le monde ne pouvait pas en avoir." — © Seyi Rhodes
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"Certains prisonniers ne portent presque pas de vêtements. C’est très inconfortable comme situation, surtout dans une telle promiscuité. La plupart d’entre eux portent encore les habits qu’ils portaient lors de leur arrestation. Ce n’est pas évident de conserver une seule tenue et de la garder propre. Ils sont souvent nus ou à moitié nus : ils lavent leurs habits et les font sécher au soleil. Pendant ces deux heures, ils attendent nus. Je reste assez vague sur les durées car cela dépend vraiment du type de prison où vous vous trouvez, de votre statut au sein de la prison. Certaines personnes avaient l’air de passer la plupart de leur temps hors de leur cellule. D’autres restent 22 heures enfermés." — © Seyi Rhodes
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Les prisonniers essaient de communiquer entre eux. — © Seyi Rhodes
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Les prisonniers jouent aux cartes. — © Seyi Rhodes
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© Seyi Rhodes
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© Seyi Rhodes
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© Seyi Rhodes
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© Seyi Rhodes
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La cellule B5 de la prison — © Seyi Rhodes
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Seyi Rhodes se tient devant la cellule dédiée aux prisonniers porteurs de la tuberculose. — © Seyi Rhodes
À retrouver dans
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Les gens se rendent bien compte que le système judiciaire ne marche pas et que les prisons sont dans un état catastrophique. C’est désormais une source d’inquiétude. Avant on enfermait puis on n'y pensait plus.

"Il est impossible de gérer un tel nombre de prisonniers avec les installations actuelles"

Publié le 1er juin 2017.

Seyi Rhodes. "Je suis venu à Haiti pour faire ce documentaire. J’ai obtenu les permissions par l’intermédiaire de Florence Elie ["protectrice des citoyens", défenseure des droits humains]. Nous lui avons suggéré de parler de l’état des prisons en Haiti, et elle nous a invités à venir. Elle arrivait à la fin de son mandat et souhaitait montrer ce qui se passait là-bas. Nous y sommes allés pour une durée de deux semaines, ce qui s’est transformé en presque trois car nous avons été bloqués par un ouragan.

Nous sommes allés au pénitencier national sept ou huit fois, puis dans l’ancienne prison pour femmes de Pétion-Ville. J’ai pu voir l’état de l’établissement et me faire une idée des conditions de détention lorsque la prison était encore en activité. Une ancienne prisonnière m’a accompagné lors de la visite et a pu vraiment rendre compte de ce qu’était la vie en détention alors.
Je dois dire que les vieilles prisons me semblent plus logiques. Certes, elles sont surpeuplées et plus petites. À l’intérieur, évidemment, c’est le chaos. Mais la manière dont s’organisent les choses est plus sensée. J’ai également pu visiter la nouvelle prison pour femmes, construite par les Américains. Les locaux sont bleus et blancs, ils brillent littéralement. On dirait un film ou une série, comme Orange in the New Black. Franchement, c’est la même chose. Ils ont installés des panneaux solaires sur le toit, et des entrepôts pleins de batteries pour stocker l’énergie. Ils filtrent l’eau, ils sont quasiment auto-suffisants.

C’est évident que la prison est construite de telle manière à empêcher toute évasion. La prison est conçue comme un espace ultra-sécurisé, ce qui n’est absolument pas le cas du reste de la société.

Les installations sont de bonne qualité : les femmes sont nombreuses, mais elles ne sont pas trop serrées. Elles peuvent circuler. Il y a de nombreuses pièces dédiées aux différentes activités. C’était frappant à voir, d’autant que les anciennes prisons ne disposent pas d’un tel espace libre.
Les personnes incarcérées là sont les mêmes que celles des anciennes prisons, elles ont simplement été déplacées. Les installations et les conditions de détention sont meilleures. Il y a visiblement moins de risques d’y mourir.

L’accès

Il fallait être vigilant à qui l’on posait les questions et à quel moment, ce n’était pas facile de filmer. Tout avait à voir avec nos autorisations, et nous ne pouvions pas nous permettre de montrer quelqu’un sous un trop mauvais jour. Nous pouvions discuter avec les prisonniers à partir du moment où nous en avions la permission. C’est une des raisons qui explique le peu d’intérêt accordé aux prisonniers. C’est tellement compliqué de se mouvoir là-bas. Même les surveillants ne circulent pas tant que ça. Nous étions accompagnés par un ou deux gardiens. Ils étaient dans les parages, mais pas vraiment à nos côtés. Nous ne nous sommes pas toujours sentis en sécurité. Les surveillants s’entendent avec les prisonniers pour faire fonctionner la prison. Il y a certains coins de la prison dans lesquels les surveillants ne doivent pas beaucoup s’aventurer.

Et maintenant…

Je suis toujours en contact avec les membres du Bureau de défense des droits humains en Haïti (BDHH). Ils m’ont dit que le nombre de malades avait explosé, notamment les cas de choléra et de tuberculose. Il y a eu une véritable épidémie en début d’année, beaucoup de morts chaque semaine1. Je pense que le documentaire que nous avons tourné à permis de sensibiliser les gens à ces questions, et de mettre un peu plus de pression sur les responsables.

La situation est mieux connue. Je crois qu’auparavant, les gens n’en parlaient pas vraiment, ne s’en préoccupaient pas ou n’y pensaient même pas. À présent, il est plus courant d’entendre des discours sur la prison.

Les gens se rendent bien compte que le système judiciaire ne marche pas et que les prisons sont dans un état catastrophique. Donc ça progresse. C’est désormais une source d’inquiétude alors qu’avant, il était juste question d’enfermer des personnes et ne plus y penser.

Selon moi, la prison pour hommes est complètement archaïque, elle n’est pas du tout adaptée à la situation. Il est nécessaire de débloquer des fonds pour en construire une nouvelle. C’est très difficile pour Haïti de l’envisager, mais c’est primordial. Il est impossible de gérer un tel nombre de prisonniers avec les installations actuelles. Ils disposent de suffisamment de terrain, la place est là, mais il faut sérieusement s’y pencher.

Les prisonniers doivent être déplacés. Je pense que, fondamentalement, la question de la nourriture est une préoccupation majeure. Là aussi, il est difficile pour Haïti de penser à assurer la santé de ses prisonniers, à les nourrir au moins deux fois par jour. La plupart des maladies découlent de la promiscuité et la malnutrition. Le cholera se répand, la tuberculose aussi, les problèmes de peau se multiplient. Changer ne serait-ce que les conditions matérielles, attribuer à chaque prisonnier un lit, résoudrait la majorité des problèmes.

Alors bien sûr, il y a toujours les dysfonctionnements de la justice et le problème de la détention provisoire. De ce point de vue-là, il n’y aurait pas de changement mais au moins les personnes ne mourraient pas en attendant d’être jugées.

Il faudrait absolument remettre en ordre leurs dossiers, passer à des fichiers numérisés. Le système entier doit être informatisé. Fonctionner avec des documents papier n’a plus aucun sens, si l’on pense aux personnes qui n’arrivent pas à lire, ou pas en français, les tremblements de terre, les ouragans… Les occasions de perdre à jamais un dossier sont innombrables. À la fin, on se retrouve dans la situation d’Haïti, qui est propice à la corruption. Tellement de choses peuvent mal tourner. Le tremblement de terre [du 12 janvier 2010] a détruit le palais de Justice et une grande quantité de dossiers.

Des personnes sont toujours détenues depuis le séisme car leur dossier n’existe plus. Quelqu’un doit s’emparer de ces dossiers pour les reprendre, et certainement qu’une structure dédiée devrait être créée."


  1. Prison Insider, sur les informations du BDHH, a envoyé deux alertes à ses lecteurs, à consulter ici et


Propos recueillis par Clara Grisot

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