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France: la galère des familles de détenus après la suppression d’un arrêt de bus desservant la prison de Fleury-Mérogis

“Je ne pouvais pas le voir pendant le confinement, maintenant il faut marcher.” Un arrêt de bus supprimé, des horaires modifiés et c’est la galère depuis la rentrée pour les familles qui veulent visiter leurs proches détenus à Fleury-Mérogis (Essonne), la plus importante prison d’Europe, comme pour les personnels qui y travaillent. Le cabas vide, une quinquagénaire repart de la maison d’arrêt et se prépare à un très long trajet après être allée apporter du linge propre à son fils incarcéré. Depuis le 31 août, le bus DM05 qu’elle emprunte toutes les semaines ne dessert plus les arrêts Maison-d’arrêt-hommes et Maison-d’arrêt-femmes, l’obligeant à marcher un kilomètre les bras chargés. “On ne comprend pas”, dit dans un soupir une dentiste rencontrée près de la prison par l’Agence France-presse, contrainte de marcher une demi-heure pour aller travailler à la maison d’arrêt des femmes.

“Le risque, c’est de malmener encore plus les liens avec les proches”, souligne Marion Ventura, de l’association Faresol, à l’origine d’une pétition , qui a déjà récolté plus de 1 500 signatures. “Moins de parloirs, c’est moins de soutien matériel et moral. Ça aura des conséquences psychologiques des deux côtés”, déplore-t-elle.

“A Fleury, comme dans énormément de maisons d’arrêt en France, les familles font du covoiturage et se substituent au service public. C’est un problème, car l’administration pénitentiaire est un service public”, qui devrait être “accessible”, déplore Sarah Bosquet, chargée d’enquêtes à l’Observatoire international des prisons. “Une des missions de l’administration pénitentiaire est la réinsertion. Il faudrait tout mettre en œuvre pour le maintien des liens avec les proches, ça passe par une desserte régulière”, ajoute-t-elle.

L’ONG alertait en 2015 sur le centre de détention de Muret (Haute-Garonne), non desservi le week-end quand les gens se rendent au parloir.

“Les 200 prisons du territoire [sont] très mal desservies [et] de plus en plus éloignées”, note Gwénola Ricordeau, professeure assistante en criminologie à la California State University.

Selon l’autrice de Les Détenus et leurs Proches (Ed. Autrement), cela touche « les pauvres, souvent des femmes issues de l’immigration ».« C’est très rare qu’il y ait une politique de transport en commun, car les municipalités ne veulent pas de visibilité des établissements pénitentiaires », explique l’universitaire, rappelant qu’en France, un demi-million de personnes ont un proche incarcéré.

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