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France : femmes détenues et inégalités dans la population carcérale

Sous bien des aspects, pour les femmes détenues, c’est la double peine. Dedans-Dehors, la revue de l’OIP – l’Observatoire international des prisons / section française – publie un dossier sur la question. Marginales – 3,5% de la population carcérale – elles sont aussi marginalisées : seuls deux établissements sont entièrement réservés aux femmes en France et compte tenu de la réglementaire non-mixité dans tous les autres, elles subissent une forme de relégation dans la relégation qui a pour effet de limiter leur accès au travail, à la formation, aux activités sportives et culturelles, leurs mouvements devant s’intercaler entre ceux, plus fréquents, des hommes détenus. L’accès aux soins est également restreint, avec une difficulté supplémentaire : la pénurie de gynécologues exerçant en détention. Comme le montre l’enquête de Sarah Bosquet, “le manque de produits d’hygiène contraint de nombreuses femmes à enfreindre le règlement intérieur pour s’en procurer”.

Précarité menstruelle

Alors que le gouvernement a annoncé “une mobilisation inédite” autour de la précarité menstruelle, elles sont nombreuses à décrire des situations indignes, qui les contraignent à ne pas quitter leurs cellules.

“Des filles se font fournir discrètement par leur mère. Mais du coup elles prennent le risque d’une interdiction de parloir. Il s’agit pourtant de produits légaux, en vente libre. Et on n’a pas encore vu des jeunes s’évader avec des serviettes hygiéniques ni faire une overdose de tampons…” Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue, a enquêté auprès de mineures détenues.

Isolement

Leur dispersion géographique dans les établissements disposant de quartiers femmes les éloignent de leurs proches, ce qui accentue leur isolement et constitue un frein supplémentaire à la réinsertion. Un isolement aggravé par un effet de genre que rappelle la sociologue Corinne Rostaing.

Les maris qui maintiennent le lien avec leur épouse incarcérée, c’est très rare. Soit parce qu’ils sont eux-mêmes incarcérés, soit parce qu’ils préfèrent rompre, au contraire des épouses qui maintiennent longuement le lien avec des hommes incarcérés.

Même constat dans la dernière livraison de la revue Passe-Murailles, éditée par le Genepi, une association d’étudiants qui interviennent en prison.

Alors que les femmes ont plus tendance à être abandonnées par leurs proches et à ne pas avoir de visites durant leur détention, elles sont plus nombreuses à soutenir leur mari, frère ou fils incarcéré.

À noter que l’association a (momentanément, on l’espère) suspendu ses actions d’enseignement et d’information au sein des prisons du fait des contraintes imposées par l’Administration pénitentiaire.

Les stratégies de la fuite

Dans la stupéfiante enquête d’Alice Goffman, publiée au Seuil sous le titre L’art de fuir et consacrée aux effets conjoints de la misère, de la délinquance et de la politique d’incarcération massive dans un quartier noir de Philadelphie, les femmes “consacrent beaucoup de temps et d’argent au soutien affectif et matériel de leur fils ou compagnon recherché par la police”. Mais elles peuvent à l’occasion “se servir de la précarité judiciaire d’un homme contre lui”, comme outil de contrôle social en cas d’inconduite ou de violences à leur égard. Qu’ils soient recherchés pour non paiement de frais de justice, manquement à leurs obligations de contrôle judiciaire ou à une convocation au tribunal, ou encore sous le coup d’un mandat d’arrêt, les jeunes de ce quartier défavorisé ont rodé un art de la fuite dont la sociologue décrit les mille et un tours.

La menace de l’emprisonnement tisse de nouveaux rapports sociaux, caractérisés par le soupçon, la méfiance et les pratiques paranoïaques du secret, de l’évasion et de l’imprévisibilité.

La “politique de tolérance zéro” et l’usage des statistiques pour évaluer les performances policières, l’aggravation et la multiplication des peines, l’augmentation spectaculaire des effectifs des forces de l’ordre ont fait grimper les chiffres de la population carcérale, multipliés par cinq depuis les années 1970. L’écrasante majorité des détenus est pauvre et noire.

Aujourd’hui, 30% des hommes noirs non diplômés ont purgé une peine de prison avant l’âge de trente-cinq ans, et un enfant noir sur quatre né en 1990 a vu son père emprisonné vers l’âge de quatorze ans.

Les conséquences en chaîne bien connues de l’incarcération s’appliquent à plein régime : discriminations sur le marché du travail, accès bloqué à de nombreux avantages sociaux comme le logement, citoyenneté annulée et droit de vote supprimés…

Tant de Noirs ont été emprisonnés et condamnés que la prison est devenue l’une des principales fabriques d’inégalités dans la société américaine, faisant ainsi reculer les acquis en termes de citoyenneté et de position socio-économique que les Noirs avaient conquis grâce au mouvement des droits civiques.

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