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France : en prison, des femmes fabriquent des cups avec des bouteilles en plastique

En théorie, l’administration pénitentiaire s’engage à ne laisser aucune femme dans la précarité menstruelle. En pratique, les serviettes de mauvaise qualité et les prix prohibitifs contraignent les femmes à faire preuve d’ingéniosité… parfois au péril de leur santé.

Depuis 1985, lorsqu’une femme entre en prison, quelles que soient ses ressources financières, elle reçoit un “kit arrivante” contenant un nécessaire d’hygiène. Sa composition varie d’un établissement à l’autre.

Au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes (Ille-et-Vilaine), la plus grande prison pour femmes en France, il comprend notamment une brosse à dents, une savonnette, une brosse à cheveux et un paquet de serviettes hygiéniques. “18 protections” selon Melinda M., surveillante affectée aux cantines et “magasin aux vivres”. Mais d’après Anna*, ancienne détenue à Rennes, le fameux kit ne contenait plus que “deux rouleaux de papier toilette et du produit vaisselle” lorsqu’elle est sortie de prison en 2016. Elle regrette que les quantités aient “drastiquement diminué” depuis sa première incarcération 28 ans plus tôt, ce que dément Melinda M.

À la maison d’arrêt pour femmes de Versailles (Yvelines), Sophie*, autrefois incarcérée à Versailles, avait reçu “deux rouleaux de papier toilette, un paquet de mouchoirs et quatre serviettes hygiéniques”. La qualité des produits, elle aussi, varie. Selon Naïm, détenue à Sequedin, les serviettes hygiéniques qu’elle a reçues étaient “épaisses comme des couches et ne collaient pas”.

“Le renouvellement du kit hygiène pose problème”

En France, les femmes ne représentent que 3.6% de la population carcérale, soit 2.534 détenues. Une fois le “kit arrivante” utilisé, deux options s’offrent à elles :

  • Celles qui en ont les moyens sont en mesure de “cantiner”, c’est-à-dire d’acheter des produits proposés à la cantine de la prison avec leur propre argent, des dons de leur famille ou le salaire d’un travail au sein même de la prison.
  • Les autres, dites “indigentes”, dépendent de l’administration. Dans chaque établissement pénitentiaire, une commission pluridisciplinaire siège tous les mois pour décider de leur attribuer un pécule (une vingtaine d’euros). À Lille-Sequedin, le “kit arrivante” était autrefois renouvelé tous les mois pour toutes les détenues. Aujourd’hui, il ne l’est plus que pour les femmes indigentes.

La direction de l’administration pénitentiaire, affirme que tout est mis en œuvre pour assurer aux détenues une hygiène décente pendant leurs menstruations. Mais plusieurs sources font état de retards dans le renouvellement du kit. En 2015, à Fleury-Mérogis, le kit n’était renouvelé que tous les deux mois selon un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) page 29 du rapport.

Claude Auger, chargée de l’équipe Prison au Secours Catholique de Rennes, fréquemment en contact avec les détenues, fait le même constat : “C’est le renouvellement du kit hygiène qui pose problème.” Or, les détenues indigentes en dépendent entièrement.

Des prix 60% plus chers que dans le commerce

À Rennes, la cantine s’approvisionne auprès de deux fournisseurs officiels, selon Melinda M. : une centrale d’achat nationale qui propose “des produits des plus basiques, à petit prix” et le Super-U local où les surveillants approvisionnent la cantine en « meilleures marques telles que Nett ou Vania ». Pour ces produits de grande distribution, le centre pénitentiaire déclare les revendre au prix d’achat : “Nous n’avons tout simplement pas le droit de faire une marge”. Même discours à Lille-Sequedin où toute la cantine est gérée par une société privée, GEPSA. La direction de l’administration pénitentiaire ajoute que les prisons “ne se font aucune marge sur les protections hygiéniques, c’est parfois même moins cher qu’en commerce”.

Nous avons pu consulter les prix pratiqués dans plusieurs prisons, grâce à des fiches de cantine et aux témoignages de détenues. A Lille-Sequedin et à Rennes, ils étaient effectivement identiques à ceux du commerce. Ce qui “reste trop cher pour nous, qui ne gagnons pas beaucoup d’argent”, déplore Inès, incarcérée à Lille.

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