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France : auteurs et victimes : en prison, les violences sont interchangeables

Le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) décrit tous les types de violences interpersonnelles qui sont exercées dans les lieux qu’il visite, et pour cela, il n’a eu qu’à se baisser pour ramasser dans ses propres rapports, avis et recommandations, dans ceux de divers autorités et comités, d’associations (comme l’Observatoire international des prisons, qui a publié un rapport en février), car la violence en prison est une antienne, la violence et la prison sont deux notions indissociables. Et les violences sont multiples : auteurs et victimes sont interchangeables.

Il y a la brutalité physique entre les personnes privées de liberté : la promiscuité est facteur de violence. Les personnes enfermées le savent. Ils s’y préparent : “Les armes artisanales sont destinées à se protéger “au cas où” comme le confirment les détenus qui évoquent le sujet […] le confinement”, dit le rapport.

Aucun lieu n’est épargné, ni les cellules, ni les espaces collectifs : “il est impossible de sortir en promenade sans se faire frapper ou racketter par des bandes des quartiers, sans qu’aucun surveillant n’intervienne”, rapporte un détenu.

Certaines violences participent de l’humiliation : “Lors de ses visites, le CGLPL recense des structures où la personne, dénudée, est visible par tous sur l’écran de report d’une caméra non floutée, comme cela a été constaté par exemple au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan”, est-il écrit. Celles-ci peuvent engendrer un stress, des angoisses et du ressentiment, et peuvent provoquer des situations de violence, tout comme les nuisances sonores et olfactives, très nombreuses, génèrent des anxiétés, du stress et des violences.

L’escalade étant l’évolution normale d’une interaction conflictuelle, l’enjeu pour les professionnels est l’apprentissage et la mise en œuvre des techniques visant à la désamorcer. “La mise en place de mesures de désescalade par les professionnels impose, outre leur formation, leur présence permanente auprès des personnes privées de liberté.”

Ces constats s’appliquent à tous les établissements : centres de détention, centres éducatifs fermés, de rétention administrative. Dans les établissements de santé mentale, la confrontation avec des personnes très instables met certaines personnes enfermées dans des situations délicates, mais c’est le lieu lui-même, dont, à lire certains témoignages, toute humanité semble avoir disparu, qui peut générer les violences constatées par le CGLPL. Un témoignage :

“Aucun repère temporel, ni urinoir ni seau ni autorisation d’aller aux toilettes. J’ai dû faire mes besoins dans le plateau qui avait servi pour le petit-déjeuner”, par exemple.

Or, le CGLPL constate que les professionnels sont insuffisamment présents dans les espaces de vie, individuels et collectifs, des personnes privées de liberté.

Il est patent que près de 30 % des détenus souffrent de troubles mentaux. Un détenu raconte : “À la sortie du quartier d’isolement, on m’a placé avec un détenu caractériel. Celui-ci exigeait en hurlant que je lave sa cellule. **Sans raison, il menaçait de me frapper avec sa béquille, une chaise et un couteau. Savez-vous ce que c’est que d’être menacé dans 7 m2 par un détenu fou et désespéré ?”**

Les violences sont parfois exercées par les surveillants. “Il y a environ trois semaines, le surveillant m’a traité de “pointeur”, sans raison. Heureusement mon codétenu n’a pas entendu”, témoigne un détenu. “Je suis homosexuel et je suis victime de gestes obscènes qui s’apparentent à du harcèlement de la part de policiers du centre”, rapporte un détenu.

Il arrive que des professionnels considèrent le respect des droits fondamentaux des personnes comme une injonction qui vient en contradiction avec le souci légitime de leur propre sécurité, voire avec la mission de sécurité qui leur est confiée par ailleurs. Pourtant, sans nier l’existence de violences dans les lieux de privation de liberté, la préservation de l’ordre public ou l’acceptation du soin ne se mettent en place que si la réponse à la violence est mesurée. C’est pourquoi, le CGLPL recommande que dans tous les lieux de privation de liberté, les actes de violences interpersonnelles soient analysés afin de conduire une politique de réduction des risques.

Le CGLPL constate également que la prise en charge des victimes et des auteurs est inefficiente. Par exemple :

“Je subis des menaces de mort, je ne peux plus sortir de ma cellule […] ils ont des lames et des couvercles de boîtes de thon. Ce n’est plus vivable […] Je veux pouvoir aller aux activités sans me faire agresser ou frapper. Moi je suis calme, je ne suis pas violent. J’ai écrit au chef de détention qui dit que ce n’est rien, que ça se passera un jour, il faut juste le temps, le temps de quoi ?”, explique un détenu.

Ainsi, le CGLPL recommande que toutes les personnes hébergées ou travaillant dans un lieu de privation de liberté doivent connaître précisément les modalités de signalement d’un acte de violence. Celles-ci doivent inclure des modes de communication simples, accessibles et confidentielles, si besoin hors la voie hiérarchique.

Pour appliquer les recommandations du CGLPL visant à réduire ces violences, un obstacle se dresse : la surpopulation carcérale. Celle-ci empêche l’accès à de nombreux détenus aux activités proposées en prison. Elle accapare les surveillants dans des activités de maintien de l’ordre, et les empêche de prendre le temps de nouer un dialogue et une relation de confiance. Elle empêche la mise à l’abri des personnes menacées et agressées, de séparer les protagonistes de l’acte violent.

En réalité, la surpopulation est à l’origine de la majorité des violences interpersonnelles dans les établissements privatifs de liberté, particulièrement dans les prisons, et la surpopulation, comme les violences (dit le CGLPL), n’ont jamais été aussi importantes.

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