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États-Unis : prisonniers en grève contre l'esclavage moderne

Refus de travailler et/ou de s’alimenter pour les personnes détenues, manifestations à l’extérieur : les prisonniers américains sont entrés, le 21 août 2018, en grève. Celle-ci doit durer jusqu’au 9 septembre.

La mobilisation s’engage dans 17 États à travers le pays afin de protester contre les mauvaises conditions de détention et le sort réservé aux 2,2 millions de détenus américains. La grève dans les ateliers vise à sensibiliser les citoyens. Ils financent, via leurs dépenses quotidiennes, le fonctionnement du système pénitentiaire.
Car les prisonniers fabriquent les plaques minéralogiques, labourent des sols, empaquettent les aliments, fabriquent les contenants des fast-food, travaillent dans des centres d’appels téléphoniques. Ils combattent à moindre coût les feux qui ont ravagé cet été la Californie.

De nombreuses entreprises ont bien saisi l’intérêt de faire confectionner leurs produits par de la main d’oeuvre peu chère : Starbucks, Victoria Secret, McDonald’s, AT&T, Nintendo, Pepsi, WholeFoods… Les salaires versés sont dérisoires, ils tournent autour de 20-50 cents de l’heure. La moyenne exacte pour les travaux fournis par les États se situe entre 14 et 63 cents. Dans certains États, les prisonniers ne sont pas rémunérés : c’est le cas au Texas, en Géorgie, en Arkansas.

Si le 13ème amendement de la Constitution abolit l’esclavage et la servitude involontaire, elle ne l’abolit pas en cas de punition pour un crime (voir l’excellent documentaire 13th à ce propos) Et comme 40% des personnes détenues sont noires, cela s’apparente, selon les revendications des grévistes, à de l’esclavage moderne.
La grève a ainsi pour objectif central de faire prendre conscience d’un système raciste. Les afro-américains et les latino-américains sont surreprésentés en détention.

Prison Insider est interrogé, le 22 août 2018, à propos de ce mouvement. Quelques points sont à retenir :

• Le visage de l’incarcération aux États-Unis est extrêmement morcelé. Le pays enregistre le taux d’incarcération record de 655 prisonniers pour 100 000 habitants. Certains États, pris à part, ont un taux d’incération qui excède 1 000 (Oklahoma, Louisiane…). On compte environ 6 000 structures de détention dans le pays, aux statuts très divers. On y incarcère à tour de bras.

Les revendications sont les mêmes que partout dans le monde. Ce sont les mêmes que celles formulées par les révoltés d’Attica en 1971 : de meilleures conditions de détention, être considéré comme un être humain, humaniser les conditions de détention, voir du ciel et des arbres, manger correctement, être soigné.

• Comme de nombreuses manifestations et soulèvements, la grève comporte d’immenses risques pour les prisonniers (mises à l’isolement, confinement généralisé “lockdown”, donc rupture des liens familiaux, modification du régime de détention, etc.), d’autant qu’ils protestent avec la seule chose dont ils disposent : leur corps.

• Le modèle répressif et les architectures carcérales se répandent dans le monde. Des supermax se construisent en Amérique latine. Le modèle tant décrié s’exporte.

Prison Insider suivra avec grande attention la suite de la mobilisation, car c’est une manifestation majeure en faveur du respect des droits humains, et une prouesse d’organisation entre le dedans et le dehors.


En savoir plus (en anglais)

Communiqué des porte-paroles du mouvement