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Belgique : "Jamais je n'ai vécu pire situation", témoigne un détenu

Emeutes, bagarres, incendies, agressions de gardiens de prison, la tension monte dans nos prisons belges. Toutes les prisons du Royaume sont désormais comme des cocottes-minute, prêtes à exploser.

Emeutes, bagarres, incendies, agressions de gardiens de prison, la tension monte dans nos prisons belges. Elle a atteint un cran supplémentaire, ce week-end, avec une tentative d’évasion très violente à la prison de Lantin, et un début d’incendie à la prison de Jamioulx. Toutes les prisons du Royaume sont désormais comme des cocottes-minute, prêtes à exploser.

C’est que la crise du coronavirus prend une dimension supplémentaire dans le milieu carcéral. Confinés dans leurs cellules ou dans leur préau à certaines heures, les prisonniers se sentent comme des lions en cage. Ils ne peuvent plus recevoir de visites de leur famille depuis deux semaines. Ils vivent dans des conditions d’hygiène déjà d’ordinaire très limite et qui se sont aggravées ces derniers jours.

Des détenus parfois sans savon

Fred, nous l’appellerons sous ce nom d’emprunt, a été condamné à huit ans de prison. Il purge sa peine à la prison d’Andenne. Mais, il le reconnaît le premier, jamais, il n’a connu de conditions carcérales aussi terribles qu’aujourd’hui.

“Hier, les détenus ont crié jusqu’à trois heures du matin. Certains pètent les plombs parce qu’ils n’ont plus de joints, ni de drogue. Ils sont complètement en manque. Des détenus se sont mis à brûler leurs vêtements dans leur cellule.”

La cause de cette tension extrême, c’est qu’ils ont appris que l’un de leurs gardiens avait été testé positif au Covid-19 cette semaine. Depuis lors, c’est la paranoïa ambiante et Fred n’y déroge pas.

“Je ne mange plus depuis six jours. Ils nous distribuent les tartines à la main, sans plastique, sans cellophane. La semaine dernière, aucun gardien ne portait de masque mais depuis une semaine, ils en portent tous. Je ne fais plus confiance à personne et je reste cloîtré dans ma cellule. Je ne veux même plus me rendre au préau.”

Selon Grégory Wallez, délégué CGSP des gardiens de prison, s’il est vrai que les tartines sont toujours distribuées à la main, tous les gardiens sont désormais munis de gants jetables. Par ailleurs, le repas chaud quotidien respecte parfaitement l’hygiène correspondant aux normes de l’Afsca (l’Agence fédérale de sécurité de la chaîne alimentaire). La plupart sont préparés par des chaînes de restaurants dont les cuisiniers sont gantés. Les barquettes de nourriture sont ensuite réchauffées au bain-marie.

Fred, dans son malheur, dispose encore de savon pour se laver les mains. Mais ce n’est pas le cas pour tous. “Certains, témoigne-t-il, n’ont pas d’argent et ne peuvent pas s’acheter de savon“.

Avec la fin des visites, c’est aussi la fin des cantines externes c’est-à-dire la capacité pour un prisonnier de s’acheter des produits que la prison ne lui fournit pas. C’est le cas des savons. Ils en reçoivent lorsqu’ils commencent à purger leur peine. Après, tout dépend du stock de produits d’hygiène de la prison. Si la prison est en rupture de stock, témoigne un gardien, les prisonniers ne reçoivent rien.

Fred souligne aussi les contradictions des mesures qui sont prises actuellement dans les prisons : “Ils interdisent les visites mais autorisent le préau. Or, il y a quotidiennement des bagarres très violentes et une promiscuité maximale dans le préau. Par ailleurs, les gardiens viennent encore tous les soirs dans notre cellule pour vérifier nos barreaux.”

Fred n’espère qu’une chose, pouvoir obtenir un congé pénitentiaire. Un de ses codétenus résume ainsi la situation qu’ils vivent : ’nous payons notre dette à la société, mais nous ne voulons pas la payer de notre vie’.

Des détenus en moins bonne santé que la moyenne de la population

Ce témoignage ne surprend pas Delphine Paci, avocate et membre de l’Observatoire des prisons : “Les détenus sont inquiets pour de bonnes raisons. Les conditions sanitaires ne sont pas idéales dans un milieu carcéral. Les prisonniers ont droit à deux douches par semaine seulement. Et leurs vêtements ne sont pas lavés très souvent. Par ailleurs, ce n’est un secret pour personne, c’est dans un milieu confiné comme une prison qu’une épidémie se répand plus facilement. Officiellement, quatre prisons ont, actuellement, des prisonniers testés Covid 19.” Que se passe-t-il lorsqu’un prisonnier est contaminé ?

“Les prisonniers sont écartés, nous explique Delphine Paci, c’est-à-dire qu’ils sont amenés à l’hôpital lorsque leur cas est grave. Parfois, s’ils ont seulement de la fièvre, on les écarte des autres mais ils sont la plupart du temps confinés dans des cellules insalubres”.

D’une manière générale, Delphine Paci s’inquiète pour l’état général des prisonniers. Les détenus sont en moins bonne santé qu’un citoyen lambda. L’hépatite C, et la tuberculose circulent dans les prisons. Beaucoup de prisonniers se droguent. Les médecins sont débordés et les consultations qui durent sept minutes en temps normal sont encore plus courtes quand elles se tiennent encore. Les demandes de visites médicales ont tellement explosé que les médecins ne peuvent plus y répondre.

Asthmatique, Fred a plusieurs fois demandé la visite d’un médecin. Personne, jusqu’à présent, n’a accédé à sa demande.

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