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Afghanistan : selon l’ONU, les tortures continuent dans les prisons

Selon un rapport onusien, plus d’un tiers des personnes détenues pour des infractions liées à la sécurité sont soumises à des traitements dégradants.

La mission politique des Nations unies en Afghanistan (Unama) et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, basé à Genève, ont publié, mercredi 3 février, leur rapport bi-annuel sur la torture selon lequel “plus d’un tiers des personnes détenues pour des infractions liées à la sécurité ou au terrorisme en Afghanistan ont été soumises à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements”. En dépit d’une très faible baisse par rapport à la période 2017-2018, ce chiffre reste “alarmant”, selon l’ONU.

La torture est interdite par la loi afghane et le droit international. Cette enquête ne concerne que les établissements gérés par le gouvernement. Les conditions de détention du côté des insurgés talibans ne sont pas connues avec précision.

Les enquêteurs de l’ONU ne parlent jamais à la légère sur ces sujets. Chaque cas est documenté. Une procédure qui prend du temps, ce qui explique, en partie, que la période étudiée dans ce rapport débute le 1er janvier 2019 et se termine le 31 mars 2020, date à laquelle les experts n’ont plus été autorisés à visiter les lieux de détentions à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus.

Ce travail est construit sur la base de 656 entretiens : 565 hommes, six femmes et des enfants, 82 garçons et trois filles , soupçonnés, accusés ou condamnés pour “des infractions liées à la sécurité ou au terrorisme”, détenus dans 63 centres répartis dans 24 provinces à travers le pays. L’ensemble des accusations de torture a fait l’objet de vérifications. On relève des cas de personnes battues à coups de tuyau en plastique, menacées d’agression sexuelle ou ayant subi des chocs électriques pour livrer des aveux.

Selon l’ONU, le taux le plus élevé de cas de torture avérés a été relevé au sein des forces armées afghanes. Estimé à 30,3 % pour la période étudiée, il était de 31,9 % pour 2017-2018. Par ailleurs, l’ONU s’inquiète d’informations “persistantes faisant état de disparitions forcées liées à la police nationale afghane à Kandahar”. Le rapport ajoute qu’elles “doivent faire l’objet d’enquêtes appropriées et les responsables doivent être tenus de rendre des comptes”. Près de 60 % des plaintes enregistrées pour torture dans cette grande ville du sud du pays ont été étayées par les enquêteurs de l’ONU.

Pour l’ensemble des cas examinés, les garanties procédurales pour les détenus “sont rarement respectées”. Ils ne sont quasiment jamais informés de leurs droits, pas plus qu’ils n’ont accès à un avocat avant leur interrogatoire. De plus, “peu d’entre eux ont subi un examen médical ou ont pu contacter leur famille dans les premiers jours de leur détention”, soit 27 % des personnes entre les mains de la police afghane et 16 % de celles passées dans les geôles des services secrets afghans (NDS). Selon les Nations unies, le NDS a pratiqué plus que les autres forces de sécurité “la détention à l’isolement et au secret”. Enfin, l’ONU “s’alarme” que près de la moitié des détenus ont signé ou apposé leur empreinte de pouce sur des documents sans en connaître le contenu.

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